fbpx

Le Collectif Ivan Mosjoukine et son CIRCUS MAXIMUS

par

Par Carine Roy –bscnews.fr/ Vimala fait tenir sur sa tête un lourd tronçon de bois ou une hache ou une table et son gâteau d’anniversaire… et finit toujours son numéro … à poil ! Erwan et Tsirihaka revisitent le mythe de Sisyphe avec un escabeau aux marches démontables et un mat chinois ; Maroussia joue les équilibristes en écoutant les conseils d’un spécialiste de France Culture… Bref, voici du cirque comme vous n’en avez jamais vu !

Avec le collectif Ivan Mosjoukine, le spectacle commence dès l’ouverture des portes avec la distribution du programme par les artistes eux-mêmes. Ils ont pensé à tout, même au format « giant » pour ceux qui ont une mauvaise vue, ce que répète une voix-off pendant que le public s’installe. « De nos jours – Notes on the circus », c’est du cirque sous forme de notes. 80 notes s’affichent sur un écran lumineux comme à la Sécu ou Pôle emploi. Un plateau sans coulisses avec du strip tease, des lanceurs de couteaux, une danseuse de corde, des acrobates, des nappes qui s’envolent, une femme à barbe… Et comme sur un ring, à chaque changement de notes et au coup de sonnette, les numéros s’enchainent.
Tsirihaka, Erwan, Vimala et Maroussia se sont rencontrés au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne (CNAC). L’un est né à Madagascar, l’autre en Corée, la troisième en Inde et la quatrième à Bourg-en-Bresse. Avec une moyenne d’âge qui se situe entre 22 et 30 ans, ils ont la fougue et la passion des débuts, et le goût de l’expérimentation. Ils mélangent ainsi tous les genres et toutes les disciplines : le cirque de foire, le nouveau cirque, le traditionnel, le music hall, la danse, le théâtre… Pour eux, le cirque réunit toutes ses formes d’expression. « J’ai toujours adoré le cirque. Je regardais le cirque à la télé quand j’étais petite tous les mardis soirs. Je suis rentrée au Conservatoire National d’Art Dramatique de la Ville de Paris et là il y avait une possibilité d’un échange pour venir au Centre National des Arts du Cirque. J’y ai participé et c’est un des meilleurs trucs que j’ai fait dans ma vie. C’est là que j’ai rencontré mes partenaires d’aujourd’hui et on a commencé à travailler ensemble », nous confie Vimala Mons.

L’EFFET KOULECHOV
Comédiens, acrobates, techniciens, manipulateurs, éclairagistes, ces quatre artistes font tout sur scène. Ils se sont rassemblés autour d’une identité commune empruntée au célèbre acteur russe des années 20 : Ivan Mosjoukine. Le réalisateur Lev Koulechov avait filmé son regard impassible. Celui-ci, s’il était précédé d’images tragiques ou comiques, semblait changer d’expression. Le cinéaste soviétique voulait prouver ainsi la force du montage. C’est ça l’effet Koulechov ! Tsirihaka Harrivel nous confirme : « On voulait monter les séquences comme au cinéma, les coller, et c’était impossible. Au final, la scène c’est pour nous comme une salle de montage : on nous voit tout faire : monter et démonter les agrès, enchainer les numéros. La sonnette nous permet aussi d’être dans deux états différents : le moment où on fait la mise en place et le moment où on arrive pour faire une séquence. » Et l’effet Koulechov version Mosjoukine 2014 c’est aussi un télescopage d’images. En cinq minutes chrono, on passe de la naissance au trépas : Erwan remonte le plateau en se faisant habiller et déshabiller par ces trois autres partenaires, et là, c’est une vie toute entière qui défile sous nos yeux et tous son cortège d’émotions.

HOMMAGE A JONAS MEKAS
Autre source d’inspiration, Jonas Mekas. Né en Lituanie et vivant à New-York, Jonas Mekas recherche l’essence du cinéma à la manière des frères Lumière. Il a été l’un des premiers à filmer le cirque traditionnel : le Ringling Bros en 1966 avec « Notes on the circus ». Avec ce court métrage devenu culte aujourd’hui, il tente de transmettre la magie mystérieuse et fragile que suscite le cirque en enchainant des numéros de façon quasi subliminale. « C’est vrai qu’il est assez expérimental sur le montage. Et c’est dingue, ça va très vite. On a repris aussi quelques-unes de ses musiques. Mais ce n’était pas forcément une inspiration. C’est quelque chose qu’on a beaucoup regardé et qu’on aime beaucoup. C’est peut-être comme un hommage » déclare Tsirihaka Harrivel.
Le collectif se moque également des décrets de 1806 et 1807, promulgués par Napoléon III, qui interdisaient la parole au cirque. Il devait se résumer à du divertissement et ne pas être un lieu de contestation. Avec les Ivan Mosjoukine, le cirque prend la parole et se dote même d’une bande sonore finement choisie qui rythme elle aussi le spectacle. Elle se compose d’extraits de films et d’émissions de radio (« Vivre sa vie » de Jean-Luc Godard, le discours de l’entrée à l’Académie Française de Cocteau, des extraits d’émissions sur l’art du cirque qui ont été diffusées sur France Culture…). Standing ovation à toutes les représentations !! Leur tournée triomphale se termine, c’est leur tout premier spectacle mais c’est déjà le dernier. Le quatuor n’aime pas se répéter et ils ont décidé d’aller expérimenter ailleurs chacun de leur côté. Heureusement, vous avez encore droit à quelques séances de rattrapage…

« De nos jours, Notes on the cicus » par le Cirque Ivan Mosjoukine

Dates des représentations:
MULHOUSE, La Filature : du 19 au 22 mars
MARSEILLE, Théâtre National de Marseille, La Criée : du 27 au 30 mars
SUISSE, LAUSANNE, Théâtre Vidy-Lasanne : du 3 au 11 avril
GRENOBLE, MC2 / MEYLAN, L’Hexagone, scène nationale : du 16 au 19 avril

Les interviews sont extraites du reportage réalisé pour Tracks, diffusé le 8 mars sur Arte.

A lire aussi:

Azimut : une maïeutique circassienne aussi délicate que spectaculaire

Le dialogue musical insolite entre un jongleur et un percussionniste

Suisse : le carré infernal d’Hans Was Heiri

Timber! : La puissance circassienne des bûcherons québécois au son du banjo

Symphonik : Sous le chapiteau, le cirque d’Arlette Gruss et son univers enchanteur

Laissez votre commentaire