fbpx

Le banquet d’Auteuil ou du badinage entre jeunes et grands hommes

par

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Pour son adieu au Théâtre des 13 Vents, Jean-Marie Besset a demandé à Gilbert Désveaux de mettre en scène une pièce originale qu’il avait écrite en 2011: Le banquet d’Auteuil. L’action se déroule en 1670, au Printemps, et Molière, désespéré des infidélités d’Armande Béjart, explique à son fidèle confident Chapelle qu’il s’en console avec le retour du jeune et beau Michel Boyron dit Baron.

Le soir-même, débarquent dans sa maison de campagne à Auteuil plusieurs de ses amis dont Lully et Dassoucy ; lors du repas, la bagatelle va bon train…et, de surcroît, lorsque surgit le spectre de Cyrano, venu festoyer quelques heures avec ses amis avant de retrouver Charon sur les eaux du Styx…
Commençons par souligner que le texte de Jean-Marie Besset est de grande qualité : respectant les unités classiques, le verbe est élégant et véloce, moderne tout en restant fidèle à l’esprit du XVII ème. Truffé de références littéraires et historiques, il adresse à Molière et son époque des clins d’œil passionnants. Le dernier acte, où l’on découvre un Molière qui réinvente – à partir d’un texte de Bergerac – une scène de farce, avec Baron et Chapelle, pour en faire surgir les prémisses des Fourberies de Scapin est certainement le meilleur moment de la pièce ! Les autres actes se complaisent dans un libertinage philosophique et amoureux qui ne manque pas de charme ; il faut cependant rappeler qu’en abusant de la réprésentation des déréglements de cette joyeuse troupe, on finit par égratigner toute l’excitation de cette débauche enthousiasmante. La mise en scène, en effet, insiste trop lourdement sur cette licence masculine et si les spectateurs jouissent de concert avec les personnages de la fermeté du fessier d’un danseur, d’un comédien et d’un bretteur, lorsque la demi-lune s’expose trop longtemps, ils finissent par s’en lasser! Même remarque pour les langoureux baisers de Baron avec les convives : ils sont redondants avec l’attitude langoureuse et câline à laquelle se consacre pleinement le comédien concerné. En outre, l’insertion d’un épisode dansé aux rythmiques anachroniques, durant lequel certains jouent avec des cordes suspendues, ne laisse aux spectateurs qu’une impression brouillonne et dénuée d’intérêt. On déplore donc que la mise en scène se complaise ( trop) dans les excès homosexuels et festifs alors qu’elle dirige, par ailleurs, brillamment ses comédiens qui jouent avec beaucoup de justesse et d’espiéglerie revigorante.
Revenons à notre hôte : Molière homosexuel? L’idée est fort amusante et plutôt bien argumentée par un habile détournement de ses lignes dramatiques. Est-ce vrai? Peu importe !  » Je ne me divertirai pas à aller chercher si tout est vrai dans cette fiction nocturne, puisque tout y est vraisemblable, et que la fiction théâtrale a autant de libertés que Corneille et Racine en prenaient alors avec l’Histoire. » écrit Jean-Marie Besset et ce n’est d’ailleurs pas du tout l’interêt de la pièce. Le libertinage amoureux va de pair avec le libertinage philosophique et les mœurs des grands hommes sont souvent entourés d’un halo de mystère sur lequel il est délicieux de composer. Ici, toutefois, en contrepoint de ses accolytes, l’on montre un Molière moins libertin que profondément sentimental dont les actions obéissent aux désirs de ses amant(e)s. Être en proie à des souffrances amoureuses renouvelées , il puise paradoxalement dans son malheur le génie de ses pièces…Dommage donc que la pièce s’attarde trop longtemps sur les causes de son génie plutôt que sur son génie lui-même : cette incroyable capacité à créer des farces et des comédies universelles, si riches qu’on puisse en faire même un manifeste homosexuel presque 350 ans plus tard!

Le banquet d’Auteuil
De Jean- Marie Besset
Un spectacle de Gilbert Désveaux et Régis de Martrin-Donos
Avec Jean-Baptiste Marcenac, Hervé Lassïnce, Félix Beaupérin, Dominique Ratonnat, Antoine Baillet, Frédéric Quiring, Quentin Moriot, Roman Girelli, Grégory Cartelier et Alain Marcel.

Crédit-photo: Marc Ginot

Dates des représentions:

– Du 15 janvier au 18 janvier 2014 au Théâtre des 13 Vents ( Montpellier)

– Au THEATRE 14 ( Paris) du 10 mars au 25 avril 2015

A lire aussi:

Résumons-nous : les chroniques loufoques d’Alexandre Vialatte servies sur un plateau

The Notes : l’Ecossaise aux ratés jubilatoires

L’attentat : l’adaptation théâtrale de la Cie Humani Théâtre

Denis Lavant incarne les errances de Céline: une performance complexe mais remarquable

Inconnu à cette adresse : quand l’amitié se consume sur les planches

Lettres d’amour d’Edith à Tony : l’interprétation touchante de Clotilde Courau

Laissez votre commentaire

Il vous reste

0 article à lire

M'abonner à