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Jean-Marc Reiser : l’auteur et dessinateur dissident qui possédait un sens de l’humour détonant

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Les éditions Glénat rendent un très bel hommage à Jean-Marc Reiser, décédé prématurément il y a 30 ans avec cet album, livre d’art à part entière.

Jean-Marc Reiser, auteur et dessinateur mythique et dissident possédait un sens de l’humour détonant. C’était un petit génie du dessin d’humour, un enfant prodige et acteur prodigue du non moins mensuel culte, bête et méchant, Hara-Kiri, pilier du légendaire Charlie Hebdo, collaborateur assidu de Pilote, le Monde, le Nouvel Observateur qui a laissé à ses lecteurs et admirateurs des personnages mémorables : Mon papa, Gros dégueulasse, Jeanine, le gamin des Oreilles rouges… Personne n’a oublié. C’était avant ou après 1978. Je l’ai découvert au début des années 80 : j’avais offert Jeanine à toutes mes amies.
Jean-Marc Parisis, son biographe, signe au début de l’album un beau portrait vivant de l’artiste sur vingt-trois longues pages : c’est un portrait grand format où chaque texte est annoté et soigné avec des têtes de chapitres (« A la recherche de la couleur », « Les femmes pour le meilleur et pour le pire », « Le tunnel du sexe »….).. Jean-Marc Parisis revient longuement sur l’enfance, les débuts, les rencontres, les visions, les trouvailles du Maître, « un ange qui avait la nausée » qu’il compare, dans ses travaux d’anticipation à « Léonard de Vinci », sa passion pour l’architecture médiévale américaine, l’athéisme, le corps social et cette façon irréductible, immédiate et violente qu’avait Reiser de capter « l’image ». Relayé ponctuellement et de façon éparse à partir des trois quarts de l’album par les témoignages d’Enki Bilal, de Mario Botta, de Gérard Feldzer, de Bruno Gaccio, d’Alice Schwarzer, les mots de Wolinski et de Cavanna, Jean-Marc Reiser, au détour de ses dessins d’actualité, sa comédie sociale et sexuelle, son bestiaire, ses esquisses, ses carnets, sa passion pour les énergies libres et l’architecture, ses inventions en tous genres, son trait caractéristique et reconnaissable entre mille, « jailli d’une nuit biographique » comme l’écrit Parisis, les fantômes et les démons de sa personnalité touche à tout, apparaît ici comme un inventeur protéiforme, un artiste éblouissant, inclassable, avant-gardiste lumineux et illuminé, fou génial et absolument libre, comme il y en a un par siècle. 
Au cœur de l’album, et en grand format, sont présentés dans cet itinéraire joyeux à travers toute son œuvre, aussi bien les sursauts poétiques que les dessins, les plans, les maquettes, qui trahissent ce regard acéré sur les sujets forts et tabous de notre société. On trouve aussi de nombreuses photos tirées de ses répertoires picturaux et de ses collections particulières qui le montrent au travail. C’est un album jubilatoire et joyeux : tout y passe : du sexe au racisme, de la haute à la France d’en bas, l’époque épique est balayée et chacun en prend insolemment pour son grade. Par ces temps de morosité et de convulsion collective, ce gros œuvre artistique est un bonheur sans nom.

Jean-Marc Reiser, un ange qui avait la nausée
Scénario: Jean-Marc Parisis
Dessins : Reiser
Album/Livre d’art – 158 pages
Editions Glénat

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