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Beaux Livres : L’appel à l’intelligence et au raffinement

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Ils ne sont pas seulement beaux ; ils en appellent à l’intelligence, au raffinement, au plaisir. Assurés de durer, ils dispensent des achats dits de circonstance ou de tradition. Le livre est une fête. Nous en faisons une grosse kermesse ou un éclat de temps suspendu, un surplace panurgien ou un élan du cœur et de l’esprit.

Phrases visuelles
Maître de conférences en histoire de l’art et culture visuelle à l’université de Californie à Santa Cruz, E.L. Cameron offre de découvrir l’art des Lega de la République démocratique du Congo. A travers une grande variété d’objets, dans une large gamme de style, les œuvres montrées et commentées deviennent des phrases visuelles. Les lega associent beauté et vertu morales. Où les trouver, à travers chapeaux en coquilles de moules, colliers en dents de léopard, cuillères d’ivoire, ceintures de cauris, masques et personnages sculptés en bois ou ivoire ? Cet album est un guide idéal. Il constitue également le catalogue de l’exposition qui se tient jusqu’au 26 janvier 2014 au musée du quai Branly à Paris. A coup sûr une découverte quasiment initiatique.
« Secrets d’ivoire – L’art des Lega d’Afrique centrale », s.d. Elisabeth L. Cameron, Actes Sud/ Musée du quai Branly, 35 euros

Pratiques artistiques, témoignages humains
Les cinquante dernières années ont été marquées, en Amérique Latine aussi, par une forte instabilité politique, économique et sociale. Contrairement à la presse écrite ou audiovisuelle, la photographie impose et conserve une liberté qui souffre peu les muselières. D’où son retentissement dont l’écho se prolonge, voire s’amplifie. Certains artistes ont voulu en témoigner et communiquer par la photographie directe ou via une large gamme de médiums (sérigraphie, collage, performance, installation …). Voici une plongée dans l’histoire récente d’un continent malmené et un vaste panorama de la production artistique contemporaine. Outre cet album, on pourra voir l’exposition dont il est le catalogue, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris, jusqu’au 6 avril 2014. Ensuite, les retardataires et les indécis n’auront qu’à mettre le cap sur Puebla au Mexique, où fleuriront, du 15 mai au 17 septembre 2014, quelque 500 œuvres révélant une particularité d’approche, autant qu’une détermination profonde.
« America Latina, 1960-2013 – Photographies », Fondation Cartier pour l’art contemporain/ Museo Amparo, 38,50 euros

E.L.T., un singulier pluriel
Lorsqu’il rencontre André Breton à Paris, en 1926, le jeune Edouard Léon Théodore Mesens baigne dans le monde artistique depuis longtemps déjà. Il a à peine 15 ans lorsque sa première composition pour piano est publiée. Il a rencontré Satie 3 ans plus tard, puis multiplié les contacts avisés et fructueux. Il devient l’ « agent » belge du groupe surréaliste de Breton et un maillon essentiel de la chaîne artistique Paris-Bruxelles. Avec Magritte, il crée à Bruxelles un groupe surréaliste qui publiera un pamphlet atomisant la pièce « Mariés de la Tour Eiffel » de Cocteau. Marchand d’art, Mesens soutient son ami Magritte. Lors de la faillite d’une galerie bruxelloise dont il est partie prenante, Mesens rachète, pour les sauver d’une vente à vil prix, 150 toiles de Magritte, à un prix défiant toute concurrence. D’abord reconnaissant, Magritte se sentira bientôt frustré et floué. Mise en quarantaine d’une amitié. La vie et le parcours de Mesens sont semblablement foisonnants et passionnants. L’album qui les retrace est LE cadeau par excellence. Passionné de poésie, de photographie et de collage, protagoniste omnidirectionnel de la vie intellectuelle de l’époque à Bruxelles, Paris et Londres, Mesens (1903-1971) est un des acteurs inévitables de la scène artistique européenne de son siècle.
« L’Alphabet d’étoiles d’E.L.T. Mesens – Dada et surréalisme à Bruxelles, Paris & Londres », Mu.ZEE Ostende, 65 euros (www.muzee.be)

Objets métaphoriques avez-vous donc une âme ?
«Le Surréalisme et l’objet», première exposition d’ampleur consacrée aux pratiques sculpturales du surréalisme, invite le visiteur à renouveler son approche d’un mouvement majeur des avant-gardes du XXe siècle, au moment où son importance historique ne cesse d’être réévaluée tandis que s’affirme son influence sur la création actuelle.
Dix ans avant la fondation du surréalisme, en 1914, Giorgio De Chirico et Marcel Duchamp inventent deux objets appelés à connaître une fortune durable dans l’imaginaire plastique du mouvement. Chirico peint son premier mannequin ; au rayon bricolage du Bazar de l’hôtel de ville, Duchamp fait l’acquisition d’un porte-bouteilles qui deviendra son premier «ready-made ». Le Manifeste de 1924 présentera le mannequin comme un des objets les plus propices à provoquer le «merveilleux » surréaliste. De La Poupée (1933-1934) de Hans Bellmer aux mannequins qui borderont la « rue » de l’«Exposition internationale du surréalisme » de 1938, les figures de cire ou de plastique ponctueront les manifestations du surréalisme. Le Dictionnaire abrégé du Surréalisme, de 1938, reconnaîtra, lui, la place fondatrice qui revient aux ready-made de Duchamp dans l’invention de l’objet surréaliste..
S’ils relèvent du ready-made en ce qu’ils «recyclent » les objets du quotidien, les premiers objets surréalistes procèdent aussi du collage, du jeu du cadavre exquis pratiqué par les surréalistes depuis 1925. Toutes les péripéties du processus sont visibles à l’exposition, mais aussi répertoriées et montrées dans un livre objet, élaboré comme un dictionnaire. L’ensemble est superbe.
« Dictionnaire de l’objet surréaliste »Didier Ottinger, Centre Pompidou/Gallimard, 39,90 euros
Exposition ouverte jusqu’au 3 mars 2014

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