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Pierre Mérot : une histoire qui sent le soufre

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ Photo: Philippe Matsas/ Pierre Mérot, révélé au grand public avec Mammifères (Prix de Flore, 2003), auteur de huit romans, est revenu en ce mois de septembre 2013, avec ce roman sulfureux et contesté, Toute la noirceur du monde : on connaît l’histoire de sa houleuse publication.

Accepté puis refusé chez Gallimard, programmé dans la rentrée Stock par Jean-Marc Roberts avant le décès de celui-ci en mars dernier, puis déprogrammé par son successeur, Manuel Carcassonne, qui l’avait déjà refusé chez Grasset. « l’affaire Mérot”, telle qu’on l’a appelé est devenue depuis août un prétexte idéal pour certains pour crier au scandale, à la censure, à la “bien-pensance”. Précédé d’une odeur de soufre, et donc, recueilli chez Flammarion où était paru le roman de Mérot, Mammifères, Toute la noirceur du monde ne brille pas franchement par son optimisme mais qu’importe : il raconte les tribulations d’un prof de banlieue dégoûté de tout, et surtout des “étrangers”, qui vire fasciste et s’inscrit dans un parti d’extrême-droite, et finira par passer à l’acte. De livre en livre, l’auteur ausculte des tranches de vie irrégulières, consumées de médiocrité et de pulsions plutôt sombres. Ce livre-ci traite d’un sujet difficile, qu’il fallait sans doute oser écrire …(l’auteur certifie dans sa préface, comme s’il en était besoin, qu’il s’agit bel et bien d’une fiction)
Jean Valmore, donc, enseignant désabusé, solitaire, alcoolique, écrivain non publié et dépité, bascule. Il prend sa carte au Front national et côtoie un groupuscule originel. Il raconte ses dernières semaines, sa plongée effrayante, cynique et comique dans la folie meurtrière. Une mise en scène de la noirceur qui habite les sociétés tentées par l’extrémisme et gagnées par la haine. Le mépris de la différence. Au lieu de célébrer la diversité, Valmore commence à établir des quotas de gens. Quelques amitiés de bar influençables à Pigalle et les ratonnades se succèdent. Le voilà décidé à « endosser toute la noirceur du monde » et à exorciser finalement tout le mal qui le ronge en se vengeant des autres.
Pierre Mérot démonte complètement notre part sombre et la vicieuse petite mécanique intérieure souvent tarie par la lâcheté et la fragilité. Ce sont ses fêlures qui poussent un homme d’aujourd’hui à rejoindre ce parti : bien entendu, il n’y a rien de construit, cette personne minable n’a aucune vision sociétale à long terme, elle n’écoute que son besoin frontal d’en découdre, sa violence physique : elle est plutôt amère. Inconsistante. Sa petite ambition ? détester, haîr..
Toute la noirceur du monde décrit avec un certain grotesque la platitude politicarde des réunions de la « Présidente ». Les personnes qui y officient, quelques caricatures, la bêtise, l’obsession…Libre à chacun de se faire son opinion mais toujours est-il que l’écriture est fluide et impeccable, et, en dépit d’une fin assez attendue, le basculement dans la folie est assez saisissant, le propos des ratonneurs apparaît sans équivoques, tout comme l’obsession ethnique du héros dont le comportement relève réellement du psychiatre. La tragique vérité et réalité de notre monde explose dans ces pages glauques : n’est-ce tout simplement pas une peinture de la France d’aujourd’hui, pays relativement écartelé, délétère, et radicalisé, qui croit que l’individualisme conservateur est, entre autres, le remède aux problèmes ambiants ?. Il semble qu’il faut lire ce livre : ce bon roman qui accumule les signes de l’époque, les symboles d’une certaine fange de la population en quête de questionnements, et surtout, en mal de réponses.

Toute la noirceur du monde
Pierre Mérot
Editions Flammarion
236 pages
Prix : 18,00 €

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