Jean-Jacques Cros, média la grande illusion

Jean-Jacques Cros : « L’information est désormais un produit qui doit rapporter à des actionnaires »

Par Nicolas Vidal – Nous poursuivons notre cycle d’interview sur les médias et l’avenir de la presse. Jean-Jacques Cros, grand reporter, qui a travaillé de nombreuses années à France 3 et a enseigné également à Sciences politiques vient de faire paraître un ouvrage décapant sur le monde de la presse.

Aujourd’hui, directeur de la rédaction de Web Infos, Jean-Jacques Cros pose les enjeux d’un journalisme confronté à des problèmes structurels, ses rapports avec l’argent et ses actionnaires, son divorce avec son lectorat ainsi que sur le contenu d’une presse soumise à des diktats d’ordre économiques et publicitaires. Un livre qui a le mérite de s’extraire des idées reçues et qui met l’accent sur les dérives d’une presse au service de la communication.

L’objectivité de la presse se trouve-t-elle dans sa diversité ?
Je ne crois pas au concept d’objectivité. D’ailleurs bien peu de gens utilisent cette notion dans le journalisme ou dans les médias. Je préfère le concept de neutralité (d’autres préfèrent dire honnête subjectivité). Car le journalisme c’est d’abord le choix : Libération n’a pas plus vocation à être objectif que le Figaro. Et c’est pour leur ligne éditoriale et leurs partis pris que les lecteurs les achètent. Chacun met en avant ses choix qui se traduisent par des titres, des angles et un traitement spécifique de l’information.
L’objectivité, c’est une démarche du lecteur qui, pour se faire une idée objective, doit mettre en confrontation des subjectivités différentes. C’est en croisant ce qui dit sur un sujet Libération, le Figaro et bien d’autres que le « consommateur de médias » pourra se faire une idée objective. Et dans cette optique, la valeur la plus importante, c’est le pluralisme qui n’a rien à voir avec le nombre de médias, mais avec leur diversité. Et ce qui doit être dénoncé, c’est le conformisme.

Vous évoquez le fait que l’Europe pourrait signer la mort de nombreux journaux si la notion d’exception culturelle était abrogée. Cette perspective vous semble-t-elle plausible ?
L’Union Européenne refuse que les États nationaux subventionnent quelque secteur économique que ce soit même s’il est en difficulté. Cette règle est …

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