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Rimbaud, Flaubert, Apollinaire, Balzac, Régnier, Fitzgerald : cet été, lisez bio

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr /Que cachent les géants ou les petits maîtres de la littérature ? Il se trouve périodiquement des défricheurs, des fureteurs, des dilettantes ou des bénédictins pour vouloir lever un coin du voile. Parfois des contrefacteurs, tant il est vrai que, comme la langue d’Esope, la biographie est susceptible du plus grand écart.

Fitzgerald. « On le voit. On l’exhibe. Il existe. Il est en vitrine ». Fitzgerald a vingt-quatre ans, déjà un passé qui compte et un avenir qui ne peut être que radieux. Il a gagné vingt mille dollars dans l’année et avec Zelda ils sortent, reçoivent et boivent beaucoup, se querellent mais sont solidement rivés l’un à l’autre. Puis Scott découvre avec horreur qu’il n’a plus le sou. Ecrire dit-il, malgré l’extravagante présence de Zelda, la ronde des plaisirs, la folie qui guette le couple. Quelqu’un pensait de lui « il est un poète qui n’apprit jamais les règles de la prose ». Simplement, il a ses propres règles, édictées depuis le succès foudroyant de son premier roman. Dandy, superbe, se ruinant la santé pour entretenir sa cour, il est un Radiguet que la mort aurait prié de faire antichambre. Déjà biographe de Tennessee Williams, Liliane Kerjan raconte le parcours éminemment romanesque de celui qui brûlait la plume par les deux bouts et d’un couple monstrueusement sacré, dont on aurait aimé qu’il rencontrât le duo Sartre-Beauvoir. Rien que pour assister à la confrontation des ego et au chassé-croisé de séduction.
« Fitzgerald – Le désenchanté », Liliane Kerjan, Albin Michel, 20,90 euros
Pour mémoire, les œuvres complètes de Fitzgerald ont paru récemment en Pléiade/Gallimard.

Balzac. On pourrait croire que tout a été écrit sur Balzac et qu’il se dégage du lot l’une ou l’autre somme appelée à décourager toute tentative supplémentaire. De nouveaux téméraires s’empressent pourtant de verser leur obole au tronc des illusions perdues, tel ce professeur émérite qui a déjà commis « Napoléon, l’Empereur immortel » et ne résiste pas à la tentation de voir en Balzac « le Napoléon des lettres par l’observation, l’invention et l’analyse ». Le professeur est à ce point en harmonie avec l’objet de son éblouissement qu’il le raconte dans une langue du dix-neuvième siècle. Pourquoi vous en parler ? Parce que ce Balzac-là possède une dimension de panier percé que l’on retrouvera chez Fitzgerald. « Cherchant à gagner par tous les moyens cet argent qui lui file entre les doigts », Balzac vend à un bonnetier en mal de notoriété une compilation de maximes et pensées de Napoléon. L’Empereur encore. Dieu, que le monde est petit ! Parlant de compilation, l’auteur s’avance en terrain connu. On serait bien en peine de trouver quelque mérite au professeur émérite.
« Balzac – Le forçat des lettres », Gérard Gengembre, Perrin, 24 euros

Rimbaud. Jeune gay mal dans sa peau, suffoquant d’ennui et de frustration sexuelle, paralysé par la haine de soi, Edmund White découvre Rimbaud, à seize ans, en 1956. Une rencontre fondatrice, pour ce futur grand romancier et essayiste américain, qui a longtemps vécu à Paris. Il donne du poète un portrait intimiste et inspiré, documenté sans verser dans l’anecdote superflue ou de bas étage. White a lu sur Rimbaud tout ce qui importait. Il n’a pas son pareil pour remettre les pendules à l’heure, sans avoir l’air d’y toucher. Si vous ne connaissez de Rimbaud que l’écume enseignée à l’école, abordez-le avec White. Son ouvrage, tout d’intelligence, de brio, d’admiration et de porosité, ne fait pas seulement office d’embarquement idéal pour la Rimbaldie ; il en est la modeste incarnation, par sa lucidité à en ausculter les vertiges et son habileté à les confronter à l’époque.
« Rimbaud – La double vie d’un rebelle », Edmund White, Rivages, 8,65 euros

Régnier. Quiriny n’a pas versé dans la facilité, en mettant ses pas dans ceux d’Henri de Régnier (1864-1936), poète, romancier, critique, personnage perdu de vue alors qu’il fut un protagoniste considérable de la vie littéraire de son époque. Certes, tout ou presque était à en dire, mais tout ou presque était à brasser. L’auteur préfère annoncer des « notes » sur Régnier, plutôt qu’une entreprise biographique. Et pourtant … Le personnage est passionnant, qui rappelle vaguement le Montespan de Jean Teulé, puisqu’époux notoirement cocu de Marie de Heredia – fille de José Maria – qui lui donna un fils « signé » Pierre Louÿs. Il faut consacrer un moment privilégié de votre été à cette incursion passionnante dans un monde dont l’art de vivre rend encore moins supportable l’hystérie contemporaine. Quiriny en est le guide éclairé. En remerciement de son pourboire, il vous offrira un Dictionnaire des maniaques, herbier des personnages romanesques de ce « second couteau magnifique » si habile à hisser l’indécision au rang de vertu cardinale.
« Monsieur Spleen – Notes sur Henri de Régnier », Bernard Quiriny, Seuil, 21 euros

Flaubert. « Quos vult perdere Flaubert dementat ». Comment se mesurer à l’inévitable ermite de Croisset sans perdre pied et prendre une claque mémorable ? Certes sa « monumentalité » agace, son côté grande pyramide donne de l’urticaire à quiconque ne partage pas son esthétique stylistique, mais tous ne l’écrivent pas avec la cruauté froide de Léautaud. Le camp adverse se rallie à Rémy de Gourmont et la démonstration de son « Elle est solide, la gloire de Flaubert ». Souvent, les réserves que l’on émet à son propos déclenchent la même stupéfaction que si l’on assure à quel point La Chartreuse de Parme vous est tombée des mains après tant d’ efforts pour n’en rien faire. Dans pareil concert de voix divergentes, pourquoi ne pas recourir à un arbitrage autoritaire ? Voyez Winock. Il ne s’engage jamais à la légère. Médicis de l’essai pour « Le Siècle des intellectuels », Goncourt de la biographie pour « Madame de Staël », il repart à la conquête d’autres lauriers – les vôtres, à n’en pas douter – en compagnie d’un homme aux amours tumultueuses, aux amitiés ferventes, au scepticisme revendiqué, au mysticisme arqué par le dieu écriture. En l’occurrence, l’honnête homme doit prendre parti, choisir son camp. S’agissant de Flaubert, il n’existe pas de no man’s land. Flaubert, on l’aime ou on le quitte. Winock on l’ouvre et on ne le quitte plus. On le lit. D’une traite. Quitte à en oublier l’heure du bain de soleil, de l’apéritif, du nouveau rendez-vous galant. Big Winock is waiting for you.
« Flaubert », Michel Winock, Gallimard, 25 euros

Apollinaire. Plus de 600 pages sont nécessaires à Laurence Campa pour baliser la vie et l’œuvre d’un poète dont trop d’entre nous appréhendent encore mal l’importance. Nul verbiage, pas de pillage d’autrui mais au contraire l’exploitation de quantité de documents inédits, le souci constant d’ébarber le superflu, l’analyse panoramique d’une œuvre qui ne l’est pas moins, puisque protéiforme par les talents de son auteur : conteur, journaliste, critique d’art, critique littéraire, éditeur, directeur de revue. Apollinaire et le poème auquel il ouvre des voies nouvelles, Apollinaire et ses amis peintres dont il veut propulser les travaux modernes, Apollinaire et les femmes. Apollinaire, l’histoire d’une ubiquité fabuleuse. Mais d’abord Guillaume avant Apollinaire, tel cet épisode belge dont les chroniqueurs ne retiennent le plus souvent que l’épilogue à la cloche de bois. « A Stavelot, le jeune homme sentit germer ses intuitions poétiques les plus fécondes et les plus pérennes/…/ Il viendrait un temps où les sources populaires irrigueraient de leurs forces premières, nues et brutales, les arts du présent ». L’auteure n’est pas un quelconque enseignant supplétif ; un compagnonnage fructueux la lie de longue date à l’inventeur du calligramme. Ce livre qu’éclaire le soleil tutélaire du magnifique Michel Décaudin n’est pas mené par les démons du hasard ; c’est un hommage vif-argent, que tisonne une émotion raisonnée.
« Apollinaire », Laurence Campa, Gallimard , 30 euros – avec un index et deux cahiers illustrés
Les éditions Calliopées publient « Apollinaire », revue semestrielle vouée à l’étude et à la renommée du roi Guillaume. Dernier paru, le numéro 12 évoque, entre autres, Celan , lecteur et traducteur d’Apollinaire et les mythes et les faits relatifs à la polonité du poète. Au catalogue du même éditeur, notons « Apollinaire illustré » par Martine Ravary , avec une préface de Claude Debon. www.calliopees.fr

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