Manchu

Manchu : un illustrateur incontournable de science-fiction

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Tout petit, Manchu rêvait de devenir pilote de chasse ou astronaute….puis il s’est lancé dans le dessin d’animation. Après avoir participé à la réalisation des vaisseaux et décors des dessins animés de « Il était une fois….l’Espace » et « Ulysse 31 », il illustre un grand nombre de volumes de « La Grande Anthologie de la science-fiction » puis travaille pour plusieurs éditeurs ( Atalante, Delcourt, Bragelonne), devenant un illustrateur français incontournable de la science-fiction. En 2001, on lui décerne quatre prix : Le Prix coup de coeur Bobo Morane , le Grand Prix de l’Imaginaire, le Prix Ozone du meilleur illustrateur et le Grand Prix Visions du Futur. En 2002, il publie « Science(Fiction) », puis en 2010 « Starship(s) », deux artbooks. Du 6 au 22 juin 2013, la galerie Daniel Maghen (Paris) propose une exposition rétrospective de ses oeuvres. Embarquement immédiat pour un voyage coloré dans le ciel ou sur la terre ! Pas de doute que vous croirez entendre vrombir les moteurs, pschittttttter les fusées et frémir les étoiles lors de votre balade au milieu de ses toiles…Manchu a l’art de faire apparaître sous vos yeux des scènes fantastiques qui semblent appartenir à l’Histoire et nous donnent l’impression enthousiasmante d’être le témoin privilégié d’une heure exceptionnelle à mi-chemin entre un passé fantasmé, le rêve et le futur.

propos recueillis par

Vous êtes un des acteurs majeurs du mouvement de « hard science-fiction » : pourriez-vous nous définir les spécificités de ce mouvement? Quelles différences doit-on faire avec la science-fiction?
La « hard » science est la branche/le mouvement de la SF où l’histoire exploite la technologie, les dernières avancées/connaissances scientifiques. La science a une part importante dans le récit. La SF regroupe tous les genres d’histoire psychologiques, humanistes, politiques, scientifiques, etc.

Avant de vous lancer dans le dessin d’animation, vous rêviez de devenir pilote de chasse ou astronaute…qu’est-ce qui vous a fait dévier de votre premier souhait de carrière?
Clairement les maths, j’étais bon en maths, mais pour devenir pilote ou astronaute, il faut être excellent.

Vous avez à votre actif plus de 500 couvertures de livres : êtes-vous totalement libre pour dessiner une couverture? les éditeurs ou les auteurs imposent-ils des éléments?
Les éditeurs ne m’imposent pas en général d’éléments, par contre, je fais souvent plusieurs rough pour la couverture. C’est l’éditeur et moi qui discutons du visuel définitif. Pour les couvertures d’albums BD chez Série B, j’apporte ma touche personnelle mais c’est Fred Blanchard *qui apporte l’idée de départ et la composition.

Dans vos couvertures, choisissez-vous plutôt de représenter un moment de la narration ou vos couvertures sont-elles un synthèse d’éléments que l’on trouve dans le récit?
Les deux options sont valables et c’est en fonction du récit.

Votre pseudonyme s’inspire d’un personnage : le docteur Fu-Manchu, pourquoi ce choix? Pouvez-vous nous parler un peu de ce personnage?
C’est un surnom qu’on m’avait donné à l’école de dessin où j’ai étudié 4 ans, l’école Brassart car j’étais fan de la série de films sur le Docteur Fu-Manchu avec Boris Karloff, tirée des romans de Sax Rohmer.

Quelles sont vos mentors en matière de science-fiction? et en illustration?
Pour la Science-Fiction : Arthur C. Clarcke, Asimov, G. Benford, Ian Banks, Gérard Klein, Jack mcDevitt, Larry Niven, David Brin. Et en illustration : R. MrCall, C. Foss, J. Harris, J. Berkey, W. Hartmann… et je vais en oublier.

Sur quels supports, avec quels outils et matières travaillez-vous?
Traditionnel : papier, huile, acrylique, pinceau, brosse…

Chacune de vos illustrations nécessite un travail documentaire préalable? Pourriez-vous nous parler d’un des derniers dessins qui vous a demandé un travail spécifique de recherche?
Toutes les couvertures demandent un travail de recherche. S’il s’agit d’un roman décrivant l’exploration humaine de Mars, il faut tenir compte des designs créés par les agences spatiales et en augmenter légèrement le coté SF. Si le roman est beaucoup plus éloigné dans le futur, l’imagination prend le dessus mais je regarde toujours toutes sortes de designs technologiques. Il y a aussi les paysages extraterrestres où je pars souvent de paysages terriens. Pour les extra-terrestres eux-mêmes, là c’est plus compliqué ( sourire). Il y a la description de l’auteur. D’une manière générale c’est très difficile de sortir de la représentation anthropomorphique…

Qu’est-ce qui vous passionne dans la science-fiction? la possibilité d’imaginer l’inconnu ? les potentialités de la science?….?
La description de nouvelles sociétés (Ian Banks avec la Culture), nouvelles technologies, description de planètes extra-terrestres, les futurs possibles d’une manière générale…

Vous travaillez souvent pour des revues scientifiques : quel sujet , dernièrement, a particulièrement éveillé votre curiosité?
Je ne travaille pratiquement plus avec les revues scientifiques pour une question de temps, les délais sont trop courts. Les sujets pour lesquels je suis curieux : l’astronomie, l’astrophysique, la physique, l’astronautique, j’essaie de me tenir informé des dernières avancées dans ces domaines (pour la physique, ça devient très compliqué (rires) ).

Enfin, pourriez-vous nous raconter la genèse de l’illustration que nous avions choisie pour couverture et celle du château de Lord Valentin?
Pour « Le chateau de Lord Valentin », c’est le processus classique, lecture du roman, roughs de différentes choses qui m’ont inspiré pendant la lecture. Là, la montagne gigantesque qui se trouve sur cette planète et le personnage du jongleur. Pour « Jour J #10 », il faudrait poser la question à Fred Blanchard* (sourire). Fred me propose une esquisse noir et blanc, on discute de la mise en couleurs (ambiance à donner) et je passe à l’exécution, toujours sous sa supervision car au départ, c’est son idée. C’est plutôt un travail d’exécution et ce n’était pas désagréable.

*Fred Blanchard : éditeur externe aux éditions Delcourt, à l’origine et toujours en charge du label Série B
Manchu
Exposition à la Galerie Daniel Maghen
47 quai des Grands Augustins
75006 Paris
www.danielmaghen.com

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