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Marie Nimier : un hymne à la voix

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Marie Nimier publie des romans depuis 1985. On a su très vite qu’elle allait durer, progresser, s’imposer. Il a fallu dix-neuf ans pour qu’un prix Médicis légitime les augures. Pour certains c’est le début de la décrue. Pas pour elle, qui a secoué de ses épaules le poids de l’écume médiatique et avance désormais au seul gré de ses envies, l’air de proclamer « et s’il me plaît à moi d’être inattendue ? ».

Je est un autre que Marie N. : Alexis Leriche, passablement honteux d’être fils de boucher, mais récupéré par un narcissisme qui fera sa force machiste, en même temps qu’il sera le défaut de sa cuirasse. « J’étais beau, tout le monde s’accordait à la dire ». Alexis s’émerveille de la faculté des femmes à jouir plusieurs fois, alors que lui s’endort sur le métier, incapable d’y remettre son ouvrage. Frappé d’hyperacousie, il va se diriger vers le commerce des voix, en compagnie de son meilleur ami et de deux jeunes femmes : la superbe Delphine et la disgracieuse Zoé. Leur idée : proposer à des firmes une publicité sonore, à la place des sempiternels boniments et autres prospectus éculés. Ça fonctionne au bagout, au bluff, aux relations. L’argent afflue. Alors, heureux Alexis ? Pas trop, car il est amoureux de l’une, inaccessible, et résigné à l’autre, par défaut. Malgré son menton fuyant qui détruit toute tentation romantique, Zoé va révéler des capacités insoupçonnables et même assurer à Alexis un très acceptable repos du guerrier. Tout l’édifice romanesque est bâti sur les hésitations, les saccades intimes, les oscillations d’Alexis. Le dérangement mental n’est jamais loin et l’art de Marie Nimier se déploie dans la justesse et l’équilibre entre farce et questionnement, dans sa manière de démontrer la réversibilité de la formule « les femmes sont des hommes comme les autres ». Alexis devient presque pathétique le jour où il viole le journal intime de Zoé et se livre, nolens volens, à sa propre analyse. Marie Nimier atteint sa cible en plein coeur : l’homme nouveau, peu assis et mal debout entre sexe et désir, taraudé par un genre égarant et capricieux.
Pour l’anecdote, la petite entreprise finit par battre de l’aile. L’un des associés songe à réaliser un magazine érotique parlant, arrière-petit-neveu de l’inoubliable téléphone rose. L’œuf de Colomb ? Peut-être. Dommage que l’histoire s’arrête là. On rêvait déjà d’un aparté entre Zahia et Lionel Jospin, Christine Boutin et Dodo la Saumure, Amélie Nothomb et Joey Starr.

> « Je suis un homme », Marie Nimier, Gallimard, 17,90 euros


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( photo Marie Nimier – C Hélie Gallimard)

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