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Le livre n’est rien sans la lecture

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Par Nicolas Vidal – bscnews.fr/ « La fabrique des illusions » possède la force tranquille d’un grand roman avec ses variations, ses envolées et cette puissance qui se diffuse en deçà même des soubassements du texte. Jonathan Dee s’est attaqué au monde de la publicité avec une certaine finesse. Il nous maintient en équilibre instable entre les destins de deux personnages que tout semble opposer. Son talent d’écrivain est de polariser notre attention sur l’univers de la publicité tout en tissant une satire sociale qui émerge au fil de la lecture et qui vient nous cueillir, ébahis. C’est un formidable roman sur l’illusion qui nous pousse à réfléchir sur sa place dans notre existence et notre propension à y succomber.

Il y a une telle corrélation avec ce que croit vivre le monde du livre et de l’édition aujourd’hui que cela en devient troublant. Pour se remettre en perspective du chaos annoncé comme inéluctable, certains ayatollahs littéraires prédisent la fin du livre papier pour celui du numérique en agitant toute une liasse de chiffres, de sondages et d’études sur le sujet auxquels ils confèrent l’éloquence des oracles. Là-dessus, ils établissent une myriade d’analyses et de diagnostics qui n’ont l’honnêteté que de ceux qui en tirent une contenance.
Je lisais hier un article concernant le profil social des lecteurs susceptibles de préférer le format numérique au format papier que nous connaissons tous. Ils seraient tellement peu nombreux qu’ils seraient alors quantifiables et identifiables. C’est un exemple parmi tant d’autres. Il y a en vérité une grande confusion intellectuelle face à ce maelström de chiffres et de prévisions. La seule information fiable devrait être le rapport entre le nombre de tablettes achetées et le nombre de titres de littérature générale téléchargés en rapport avec le nombre de livres papier vendus. Le reste, c’est de la littérature.
Mais une grande illusion cache habilement le fond du problème. Car, au-delà du format, c’est l’avenir de la lecture qui est fondamentalement remis en cause et menacé. La survie du livre n’appartient pas à l’arsenal numérique et technologique que l’on nous vend de force et que l’on tente de nous présenter comme un nouveau monde en construction. Les éditeurs de littérature ne vendront pas plus de romans parce que ceux-ci seront dématérialisés. Ils les vendront moins chers à un public déjà acquis soucieux d’alléger leurs bibliothèques. Voilà tout.
Prédire que le numérique fidélisera de nouveaux lecteurs est une incantation. Le livre appartient aux lecteurs et à ceux qui croient viscéralement que l’imagination, le rêve et la sensibilité font partie de l’humain. Dans la lettre de Christian Bobin que nous publions dans ce numéro, il écrit ceci : « Les livres en papier et les lettres manuscrites ne sont pas du passé : ils sont l’avenir. Par eux, la lumière concrète reviendra dans un monde que les écrans enténèbrent en douceur.  » Cela doit nous inciter à continuer de défendre ardemment la lecture pendant que d’autres se perdent en conjectures numériques et cathodiques.

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