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Christian Laborde : la sensibilité au beau sexe

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Par Marc-Emile Baronheid – bscnews.fr / Christian Laborde a publié plusieurs de ses premiers livres à l’enseigne sulfureuse de Régine Deforges, tel son retentissant « Os de Dionysos », dont la déflagration allait s’entendre dans toutes les institutions religieuses et les pensionnats pour jeunes filles vertueuses de France et de Navarre. On murmurait dans les chaumières « Cachez vos rouges tabliers, enfants, voici Laborde qui passe ». Le diable ne se fait jamais ermite. Il est de retour, ni repenti, ni repentant.

Dans l’intervalle, il a beaucoup publié. Des romans labordiens, une biographie de Renaud, le pamphlet « Corrida, basta !», le récit de l’amitié qui le lia à Nougaro – son frère en poésie et en insoumission – ainsi que plusieurs ouvrages sur le cyclisme, en particulier le Tour de France. Le revoici avec un livre de saison, recueil de dix-sept histoires amoureuses dont les héroïnes portent chacune le short. On a lu plus triste, en matière de dénominateur commun. La sensibilité au beau sexe c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas. Les qualités de Laborde sont intactes. Son tranchant subversif jaillit à l’une ou l’autre occasion, mais la prose a gagné en nuance, en élégance, riche désormais de cette sérénité née de la conviction d’avoir vu juste. Christian Laborde décrit moins qu’il ne suggère ; sa phrase est plus caressante, qui charrie concupiscence et volupté avec les fulgurances du poète qu’il n’a jamais cessé d’être, depuis ses premiers recueils de la fin des années quatre-vingt. Soucieux de séduire et non d’émoustiller, il passerait presque, ô paradoxe, pour un romantique perdu dans un monde de mufles. Les histoires sont courtes, of course et menées tambour battant. Trop souvent, ce genre de récit donne le sentiment que son auteur n’avait pas le souffle nécessaire pour mener à bien un roman, surtout si la fin est définitive. Rien de tel chez l’amoureux de Rebecca, Florence, Mathilde, Hélène, Laetitia et les autres. Il les quitte dans des circonstances qui laissent la porte ouverte à différentes interprétations de la suite, selon la sensibilité de l’amateur. Comme Hitchcock, l’auteur aimerait-il faire une petite apparition ? On croit l’apercevoir dans le personnage rêveur de Sylvain Nocet, cancre de qualité supérieure et futur libertin de garde. Laborde ne serait pas Laborde, sans ces métaphores crépitantes qui nous réjouissent. « On est allés chez moi : que de la douceur. Ses doigts si fins, la pointe de sa langue comme un minuscule marteau-piqueur sur ma peau, sur mon cœur, dans mon oreille ».
Ici, le désir n’est pas dans le pré ; il commence au rayon biscuits à Auchan et finit sur une chanson de Gainsbourg. Un verre de Laborde 2012 : mieux qu’une goutte de Chanel n° 5.

« Diane et autres stories en short », Christian Laborde, Robert Laffont, 16, 50 euros


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