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Twin Paradox : une vision expérimentale des amants qui laisse perplexe

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Par Julie Cadilhacbscnews.fr / Crédit-photo: Marc Coudrais / « Danser malgré tout, danser après tout » : Mathilde Monnier s’est inspirée des marathons de danse apparus dans les années 20 aux Etats-Unis pour Twin Paradox. Elle souhaitait ainsi traiter la notion de « durée dans la danse » et la folie que cette dilatation du temps peut entraîner, en créant son propre univers. La question du duo était son deuxième axe de travail ; la danse à deux est donc une « figure récurrente » dans cette pièce afin de « réinventer les amants ». Notre avis? Côté durée, le but est atteint car le public ne manque pas d’en éprouver tout le poids et les effets de répétition et de reprise finissent par lasser même les plus assidus. Ajoutez à cela la musique qui accompagne ce ballet singulier , très contemporaine et expérimentale , pot-pourri de bruits du quotidien, de rythmes lents ou agressifs, d’extraits de morceaux classiques et autres influences musicales qui fait vriller les nerfs tant elle oscille en intermèdes entêtants , lancinants, hallucinogènes.

Mathilde Monnier a imaginé une métaphore du couple qui s’etreint, s’accroche l’un à l’autre, partage tout, se déchire puis tombe dans l’incompréhension et la dépression. On pense évidemment au duel amoureux qu’orchestre le tango argentin – mais on distingue peu le clin d’oeil aux danses folkloriques qui est annoncé comme axe de travail. L’enjeu de la pièce est pourtant pertinent et n’aurait pas manqué d’être atteint si un certain snobisme n’avait pas pris le dessus sur le désir d’exprimer des émotions. En effet, voilà un spectacle élitiste qui exclue le public néophyte : celui qui ne saura pas dénicher derrière chaque mouvement de bras, là un pas ancien , là un symbole, et se contentera de se laisser porter…sera confronté à une pièce illisible. Dès l’ouverture, l’espace scénographique, les tenues des danseurs (fuseaux aux imprimés singuliers), la réalisation sonore plongent dans la perplexité. Est-ce un préambule destiné à déstabiliser? Va -t-il se passer quelque chose qui nous transportera ensuite? Des couples fusionnent par des enlacements sans fin puis des luttes électriques et puis…on ne sait plus tant c’est long: on trépigne et le supplice est de taille : 1h40 ! Même si la performance physique est manifeste, on déplore que , sur le plateau, les interprètes ne dansent pas vraiment, qu’ils sautent, cabriolent, laissent simplement leur corps vagir… Confronté à un atelier d’expérimentation sur une théorie dramaturgique et chorégraphique, l’omnisprésence du concept ne laisse que peu de place à l’émotion que produit le corps. La réflexion étouffe la spontanéité et le coeur généreux dont est dotée la danse. La séquence « japonaise » reste le seul moment que nous retiendrons : le ballet des corps qui se manipulent comme des marionnettes est esthétique et,un instant, on est admiratif du génie chorégraphique qui a dirigé ces cinq couples de danseurs. Lors des séquences en suspension sous la pluie de flocons oranges, on regrette aussi que l’ensemble n’ait pas su préserver cette légereté et cette grâce. On ne vous conseille donc pas ce Twin Paradox et on imagine mal qu’il laisse trop sa trace dans l’histoire du cinquième art…

Titre: Twin Paradox

Chorégraphie : Mathilde Monnier

Musique : Luc Ferrari

Lumière : Eric Wurtz

Réalisation sonore: Olivier Renouf

Costumes : Laurence Alquier

Avec Cédric Andrieux, Marion Ballester, Julia Cima, Sonia Darbois, Sylvain Cassou, Jung-ae-Kim, Thibault Lac, I-Fang Lin, Félix Ott, Jonathan Pranlas

Dates des représentations:

Les 23,24 et 25 juin 2012 au Théâtre de Grammont, MontpellierMathilde Monnier

Du 20 au 22 septembre 2012 à la Triennale de la Ruhr 2012-2014 à Gladbeck ( Allemagne)

Le 12 novembre 2012 , Automne en Normandie à l’Opéra de Rouen

Le 13 mars 2013 aux Ecuries de Charleroi Danses, Charleroi

Le 13 avril 2013 au Théâtre de la Ville ( Paris)

Le 23 avril 2013 à la Biennale de la Danse en Gironde, « Danse toujours », le carré des Jalles, Saint-Médard en Jalles

Le 8 juin 2013 au Festival Latitudes Contemporaines , le Phénix, Scène nationale de Valenciennes

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