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Michael Summers : l’étoile montante du pop-surréalisme

Par Candice Nicolas – Correspondante à Los Angeles – bscnews.fr / Michael Summers est un artiste californien en pleine ascension. Adepte du pop-surréalisme, ses œuvres dépeignent un monde clair et coloré, vivant de nostalgie, de splendeur, d’espièglerie et de fantaisie. En choisissant des objets et des imageries de notre vie quotidienne et en les replaçant dans un nouveau contexte, il encourage les gens à porter un autre regard sur le monde autour d’eux. Après tout, notre vie quotidienne est remplie d’émerveillement, de beauté et de magie, le tout étant de laisser nos yeux s’en apercevoir.

propos recueillis par

Le BSC News a rencontré l’artiste à San Diego à la EC Gallery du quartier historique de la ville, The Gaslamp Quarter, grâce à Jill Kralovenec, leur consultante artistique.

Michael, tout d’abord, pourquoi la peinture ?

Pour moi, peindre est à propos du plaisir, la joie du processus de création ainsi que le plaisir de voir une peinture bien conçue. C’est un moyen qui me permet d’exprimer ma propre vision intérieure : créer l’impossible et, plus encore, rendre l’impossible plausible. Chaque peinture fait référence à une histoire d’autoréalisation, et se moque gentiment de nos idées préconçues sur la réalité et l’extraordinaire. En fait, je peins parce que cela me rend heureux et que je veux faire partager cette joie. Quand je vois quelqu’un sourire en regardant mon travail, je sais que nous partageons une expérience commune, et il n’y a pas de mots pour décrire ce sentiment. Il s’agit d’un mode de communication que les mots ne sont pas en mesure de transmettre. Je peux créer de l’art pour moi, mais il est tout simplement incomplet jusqu’à ce que je puisse rendre quelqu’un d’autre heureux dans le processus.

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre relation avec l’art ?

Je suis né à Hollywood, et mes parents, genre hippie, ont déménagé dans le désert de Mojave, à Joshua Tree, avant que je ne sache marcher. J’ai donc grandi dans une communauté plutôt bohème au milieu des rêveurs, des idéalistes et des excentriques. J’ai cohabité avec les marginaux et les libres penseurs dès un très jeune âge. J’ai toujours été très soutenu par mon entourage, famille et amis à poursuivre mon rêve. Les Noëls, les anniversaires, je recevais toujours un cadeau qui était en relation avec la peinture. Puis, j’ai obtenu une licence d’art à San Diego State University. J’ai commencé avec une spécialisation en infographie, je pensais que faire de l’art utile me permettrait d’allier ma passion à un travail plus stable. En parallèle à mes études, j’ai travaillé en tant que graphiste, et je me suis rendu compte de l’horreur de la besogne très rapidement. Après un projet titanesque de logos et cartes de visite, j’ai changé de spécialisation pour faire ce que j’aimais vraiment, quitte à ne jamais payer mes factures, la peinture.

Et à part la peinture ?

J’adore les films et les livres de science-fiction ainsi que les films d’horreur. Je lis beaucoup de bandes dessinées et de romans pulp fiction. Je m’intéresse à l’histoire et à la philosophie, à la musique américaine, le jazz et le blues en particulier. Je collectionne les jouets, je construis des robots et je travaille dans ma maison à Oceanside.

Pouvez-vous partager avec nous vos secrets de style et de technique ?

J’appartiens au mouvement du pop-surréalisme, tout en essayant de m’en détacher. Je joue sur le processus d’imagination et j’espère transporter mon public dans une sorte de voyage fantastique. Je crée des visions, des scènes imaginaires avec des jouets, des robots, des animaux, que je juxtapose sur des arrière-plans oniriques. J’utilise principalement des peintures acryliques sur des supports en bois, ainsi, les textures se mélangent et les grains du bois offrent alors un autre élément au tableau. J’ai également parfois recours à la photographie et à Photoshop, et j’inclus les photos au projet pictural.

Et quelles sont vos premières sources d’inspiration ?

M. Summers : Je suis fondamentalement inspiré par l’art de la fin de la Renaissance et du Baroque. J’ai une profonde admiration pour l’esthétique des peintres français sous Louis XIV, Rigaud par exemple, et leur souci de la formalité et de la perfection. J’ai également un grand respect pour les maîtres hollandais, comme Van Ruisdael, et bien sûr Le Caravage. Mais j’ai une palette de sources très éclectique, qui comprend la fascination de la fusion entre laiton et vapeur de la révolution industrielle, et les antiquités, mais encore, les jouets et les dessins animés des années 70 et 80. Et surtout, la sècheresse, la terre poussiéreuse du désert de Mojave.

Et pourquoi, malgré vos inspirations classiques, cette représentation d’animaux et de robots plutôt que de paysages et de portraits ?

Parce que je trouve que c’est plus facile de générer de l’empathie de cette manière. J’aime que mon tableau communique quelque chose, à un niveau personnel, mais d’une façon détournée, plus profonde parce que plus distincte, avec humour et espièglerie.

Y a-t-il une explication particulière à la prédominance de ce bleu indescriptible ?

Oui, tout à fait, c’est le bleu du ciel du désert de Joshua Tree. Je n’ai jamais vu un ciel aussi pur que dans le désert, parfois, il est presque turquoise. C’est magique.

Et d’où est née cette obsession du disque chromatique omniprésent?

À l’école on m’a souvent reproché de ne pas avoir suffisamment recours à la couleur. Maintenant, c’est en quelque sorte un clin d’œil à cette palette multicolore, je l’insère dans des paysages en noir et blanc, comme dans Birds of Feather (2011) et Right as Rain (2012).

Est-ce que vous travaillez sur plusieurs projets à la fois ? Les idées fusent-elles ou avez-vous besoin de vous concentrer sur une seule œuvre ?

Je travaille dans l’élan, mais je n’ai jamais plus de deux œuvres en cours en même temps.

Comment choisissez-vous le titre de vos œuvres ?

Je ne donne jamais de titre avant que le projet soit fini. Le titre, comme le tableau, évolue, il faut attendre.

BSC News a choisi quelques œuvres et a demandé à Michael Summers de partager leur histoire pour ses lecteurs.

Seeking Balance (2011) Seeking Wisdom (2011)

À la recherche de l’équilibre À la recherche de la Sagesse

M. Summers : Au moment où ma carrière a commencé à prendre de l’ampleur, je me suis senti un peu dépassé par les évènements. Et puis, je me suis rendu compte que malgré la pression, je parvenais à m’en sortir. Alors entre « équilibre » et « sagesse », voilà, c’est moi, je jongle avec mes dates limites, j’accumule les projets, le stress, mais c’est possible, j’ai des amis qui me soutiennent, des gens qui m’aiment et m’encouragent. J’y arrive, j’assure ! Et pour me moquer des incrédules, j’ai ajouté des cochons qui volent.

(* Dans la culture anglo-saxonne, on préfère aux poules à longues dents les cochons qui volent, d’où les cochonnets ailés )


Hallelujah Anyway (2011) ~ Alléluia quand même

M. Summers : J’ai un attachement particulier à ce tableau. À chaque fois que je reviens dans cette galerie, je rajoute un petit élément à mon arche de Noé, un pingouin, un canard. Cela m’amuse, et le dessin s’y prête. L’art est toujours en mouvement !

(*Notez le petit robot sur la gauche, qui ne veut pas manquer le grand départ)

Living in Technicolor (2011) ~ La vie en technicolor


Quel a été votre plus gros challenge artistique ?

Mon plus gros challenge ? Et bien, ces éléphants en technicolor, qui quittent un endroit trop triste, un baraquement en bois, copie du Joshua Tree pub de mon adolescence. J’ai voulu conserver l’équilibre entre les ombres et les lumières tout en jouant sur le décalage avec l’intrusion du disque chromatique encore une fois.

Cette palette arc-en-ciel est en effet un trait particulier à l’art de Summers. On la retrouve dans son portrait de flamands, pas seulement roses, et son vol de papillons. Deux tableaux originaux et poignants, de par leur sobriété et la tristesse qu’elle évoque, mais aussi par cette irruption de couleurs inattendues et la pointe d’espoir qu’elle véhicule.

Birds of a Feather (2012) ~ Les oiseaux d’une plume

Flight of Fantasy – Vol de Fantaisie

Right as Rain (2012) ~ Droit comme la pluie

Je dois vous avouer que cette peinture est ma préférée. A-t-elle une signification particulière ? Vous y êtes fidèle à l’utilisation du disque chromatique, mais le fait que le tableau soit davantage chargé de couleurs par rapport à ses prédécesseurs, lui donne une autre dimension.

M. Summers : En réalité c’est une sorte de clin d’œil à la paresse de nombre d’artistes américains contemporains. Certains se contentent de laisser tomber de la peinture sur la toile et appellent ça de l’art, honnêtement cela me dérange.

Mais, est-ce que vous vous moqueriez de Pollock ?

Oui ! Je me moque complètement de Pollock ! Mais gentiment, je respecte les grands innovateurs comme lui, et comme Picasso. Dans leur délire, il y a du génie et de la création. Je me moque plutôt de leurs imitateurs, ces « artistes » qui n’ont aucune imagination, et donc aucun talent en fait. Ils ont trouvé leur créneau en copiant les maîtres. C’est navrant.

Ce tableau n’est plus dans la galerie aujourd’hui, il a été vendu. C’est très bien pour vous, mais cela veut dire que nous ne le reverrons pas ?

En fait, si, il va revenir sous forme de lithographie en édition limitée. J’accepte ce procédé à la condition sine qua non de reprendre les copies et de les embellir à la main, une par une.

Michael Summers est un artiste impressionnant, de par son talent, mais aussi de par sa personnalité, ouverte et tellement avenante. Nous lui souhaitons tout le succès et la reconnaissance qu’il mérite.

Voir les oeuvre de Michael Summers sur Le site d’EC GALLERY

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