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Angelo Rinaldi : Le coupeur de têtes de gondole

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Du temps où Angelo Rinaldi signait les chroniques rassemblées dans ce volume, la faune germanopratine redoutait la parution du Figaro littéraire. Allait-on faire les frais de sa prose cruelle ou désopilante et devoir éviter, pour quelques semaines, le Café de Flore ? Trouvant grâce à ses yeux, résisterait-on à la tentation de se la jouer mirliflore ? Absent à l’appel et donc épargné, oserait-on pousser un soupir de soulagement face à son éditeur proclamant qu’un bon éreintement valait mieux qu’une mauvaise indifférence ?

Le critique est dans l’usage qu’il fait de sa lecture. Tel arbitre se drape dans une désinvolture monarchique. Tel autre, dont la prose sent tellement la sueur, accorde à ses gouttelettes une importance océanique. Le suivant est pris à ce point par les renvois d’ascenseur qu’il ne sait plus à quel étage il se trouve : cul-de-basse-fosse ou trente-sixième dessous. M. Rinaldi se contente d’introduire en littérature le commentaire par la grande porte du style, de l’intelligence et de ce savoir qui passe à tort pour de l’arrogance.
Parce qu’il signe aussi des romans, d’aucuns lui reprochent  d’être à la fois juge et partie. Il considère que cela ressortit  à la politesse intellectuelle.
Les chroniques réunies dans cet ouvrage ont été publiées entre 2003 et 2005 et revues en prévision de la présente édition. On ne manquera pas de s’en étonner, voire de se perdre en conjectures. Pourquoi ce lifting ? (pardon, Maître, pour ce terme si peu académique. Un accès de  coquetterie ? L’imperceptible effleurement du regret ?  On prête à Ôé Kenzaburô le tourment de savoir comment survivre à la vérité. M. Rinaldi nous étonnerait s’il dormait mal à la pensée que ses obligés accusent la douleur dévastatrice du vrai. Prenons l’exemple de Christine Angot, chroniquée avec force citations « parce que, certaines choses, il faut les avoir lues de ses propres yeux pour y croire ». Il arrive que citer soit accabler autant que rendre justice. Ce qui ne dispense pas de conclure plaisamment par « Madame Angot c’est Bécassine sur le divan, qui n’a pas perdu son baragouin d’origine, un savoir de sous-prolétariat intellectuel qui balbutie plus qu’il ne parle et dévide des clichés. ». Pour beaucoup, la cause serait entendue. On sait hélas que la bénéficiaire a récidivé avec acharnement .
Que l’on ne se méprenne pas : l’ouvrage ne relève pas d’un tempérament atrabilaire. Ces pages admirent avec plus de talent encore qu’elles  flagellent. Elles ouvrent l’appétit de lire, un peu comme ces liqueurs tisonnant l’impatience de rencontrer une jolie femme, dans la douceur émoustillante des fins d’après-midi d’été. Angelo de cinq à sept …
« Le roman sans peine, chroniques littéraires », Angelo Rinaldi, La Découverte/ Les Empêcheurs de penser en rond, 20 euros

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