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Les romancières sortent au printemps

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Par Emmanuelle de  Boysson – bscnews.fr / Elles osent, elles innovent. Naissance, fusion mère fille, amitié, univers féminins, homosexualité, secrets de famille, blessures d’enfance, petits meurtres entre amis : elles sondent les petits et les grands maux avec humour, imagination et fantaisie. Elles s’ouvrent au monde, aux pays de l’Est, au Moyen-Orient… à l’actualité. Les romancières feront mouche au printemps. Le jury du Prix de la Closerie des Lilas a commencé à lire ces romans en vue de la présélection qui sera établie début février. Le prix de La Closerie des Lilas couronnera une de ces romancières en avril.

Brigitte Kernel prend le risque de raconter une histoire d’amour entre femmes. Un sujet peu traité dans la littérature. La narratrice avoue à Léa, sa compagne depuis trois ans, qu’elle embrassé l’envoûtante Marie. Léa ne le supporte pas. Tour à tour violente, jalouse, chagrine. Malgré les efforts, la volonté, un voyage en Antarctique n’arrange pas les choses. Marie est le révélateur d’un désir d’indépendance, d’un mal être, d’un manque. Le cœur du roman est l’autopsie d’un couple. Comment faire durer le désir ? Comment surmonter les déceptions, la lassitude ? Au plus près des émotions, Brigitte Kernel sonde les étapes d’une vie à deux : passion, fusion, désenchantement, tentative de reconstruction, séparation. Un roman fiévreux, sensuel, universel. « A cause d’un baiser » (éd. Flammarion). Brigitte Kernel est membre du jury du Prix Lilas et ne peut donc concourir.
Cypora Petitjean-Cerf raconte l’enfance solitaire de Tracey, onze ans, la naissance de sa petite sœur, son amitié avec Rabah, un garçon qu’elle détestait jusque-là. Un beau roman d’apprentissage. « La belle année » (Stock). Chez le même éditeur, Stéphanie Polack se glisse dans la peau d’une jeune femme à la recherche de son histoire familiale. De son oncle, jeune condamné à mort à la suite d’un braquage dans les années 1950. Hantée par cet homme qu’elle n’a jamais connu, elle va tenter de comprendre son parcours et faire ressurgir des chagrins enfouis. « Comme un frère ». Avec « Enjoy » (Stock), premier roman de Solange Bied-Charenton vous plongerez dans l’univers des réseaux sociaux. Un jeune homme accro tombe amoureux d’une fille qui n’est pas sur show show (face book).
Chez Actes Sud, Carole Zalberg imagine deux jeunes filles, Suzan, en Amérique, Fleur, en France. A leur insu, Adèle, la polonaise, les dote d’un cœur unique qui fait battre leurs vies au rythme d’un passé qui les transcende. « A défaut d’Amérique ». Nicole Roland publie « Les Veilleurs de chagrin ». Eva et Manuel emménagent à la frontière belge avec leurs trois enfants. Eva trouve un poste d’aide-soignante. Elle fait la connaissance de Gabriel, un jeune homme tétraplégique d’une grande beauté. Virginie Lou-Nony nous entraîne à l’Institut de sciences naturelles où une anthropologue examine des stigmates osseux. En mission dans les Balkans pour étudier les squelettes de victimes de la guerre, elle creuse une terre meurtrie pour exhumer les corps des défunts : « Décharges ». Dans « Aral », Cécile Ladjali fait un magnifique récit d’une enfance sauvage au bord de la mer d’Aral.
« Le chef est une femme », de Valérie Gans (Flammarion) : portait d’une chef dans un monde d’hommes. Un scénario croustillant, relevé et savoureux. Dans « Mes Petites Mères », Sandrine Roudeix nous invite au festin de Babeth. Sa fille Rose doit lui présenter, ainsi qu’à sa mère et sa grand-mère, Martin, son compagnon depuis trois ans. Rose appréhende d’introduire son amoureux dans ce cercle de femmes marqué par des hommes violents ou absents
Chez Albin michel, Christine Orban réédite « Virginia et Vita », une belle évocation de la complicité qui unit Virginia Wooff et Vita, aristocrate excentrique qui inspira à Virginia « Orlando ». Sylvie Germain publie « Rendez-vous nomades ». Stéphanie Des Horts, nous entraîne dans une saga anglaise dont elle a le secret. Humour british garanti. « Le diable de Radcliffe ». Marie Rouanet évoque un monde rural en voie de disparition à travers un archéologue, géographe et ethnologue. « L’Arpenteur ». Dominique Eddé vous séduira avec « Kamal Jann ». La réussite d’un avocat d’affaire syrien à Manhattan recouvre un drame : son oncle, chef des services de renseignements syriens, a fait tuer ses parents lorsqu’il avait 12 ans afin de financer ses études. Quand la CIA le prévient que son frère djihadiste prépare un attentat en France, Jann s’engage auprès des services secrets occidentaux pour faire tomber le pouvoir syrien. Un vrai scénario.
Chez Fayard, Florence Chapiro sonde quatre femmes, « Les favorites », quatre rivales qui ont aimé le même homme… Claire Castillon publie « Les merveilles » (Grasset). Cynique et moqueuse, Evelyne, une adolescente de treize ans, méprise ses parents, tyrannise son frère, chérit son chien Lulu. Un jour, son père mutile Lulu sous ses yeux : sa vie bascule dans la violence. Emilie de Turckheim a choisi une histoire d’amour. Héloïse aime Lawrence depuis qu’elle est enfant. Peu lui importe que trois générations de femmes de sa famille aient couché avec ce même homme : Héloïse demeure, jusqu’à son mariage, à cinquante ans, une éternelle amoureuse. Chez le même éditeur, Viviane Chocas traite avec humour un sujet délicat : la maison de retraite. Blanche y anime un atelier d’écriture. Au fil des séances, les pensionnaires affrontent leurs souvenirs. Blanche est contrainte de se confronter au passé lorsque ils lui apprennent que son père, disparu au cours de son enfance, vit dans un hospice voisin. « Je vais beaucoup mieux que mes copains morts ».
Trois romans de femmes chez Léo Scheer : « L’orchestre vide » de Claire Berest. Lors d’un festival de musique, Alma rencontre John, leader d’un groupe de rock canadien en vogue. John lui propose de venir sur scène avec lui. Elle passe de l’autre côté du miroir. « Mon deuxième est un garçon », de Delphine Vallette est l’histoire d’Anna : dans un environnement féminin, elle est bouleversée par la naissance de son premier fils. Dans « La conquête du monde », Sybille Grimbert fait le portrait de Ludovic Haguenau. Historien prometteur, avocat en vue, redouté et admiré, il perd ses repères. Egaré, gaffeur et lunaire, il part en voyage d’affaires à New Delhi, s’interroge, recherche le moment où la machine s’est grippée. La dégringolade a commencé, rien ne peut l’arrêter…  Nathalie Léger évoque plusieurs destins autour d’un film, « Wanda », réalisé en 1970 par B. Loden : l’errance de Wanda, embarquée dans un hold-up, la recherche de B. Loden, cinéaste inspirée, la quête de la narratrice. Trois destins entremêlés pour affronter la réalité. « Supplément à la vie de Barbara Loden » (POL). Julie de la Patellière publie un premier roman, « Notre nuit tombée » (Denoël). En rentrant chez lui un soir, Marc Chalgrin trouve son appartement désert. Liv, sa femme, a disparu. Au fil des semaines, l’évidence s’installe : Liv ne reparaîtra pas. Marc quitte son travail, renonce à un amour de passage, s’isole, l’absence le hante. Pour se convaincre qu’il n’a pas rêvé sa femme, il ressuscite ses souvenirs mais le personnage de Liv s’y dilue peu à peu. Barbara Constantine tissent les vies de cinq personnes de 67 à 95 ans qui cohabitent dans une ferme. Ils recrutent une élève infirmière contre le gîte et le couvert, Kim entretient le jardin potager. Muriel met au monde une petite fille… Le club des cinq prend bébé Paulette sous son aile. « Et puis, Paulette ». Calmann-Lévy. Chez Robert Laffont/ Julliard, Annie Saumont, publie des nouvelles avec son art habituel : « Le tapis du salon ». Sophie Audouin-Mamikonian raconte comment Jeremy, 23 ans, assassiné, devient un ange, enquête sur sa mort et tombe amoureux d’Allison, une vivante de 20 ans, témoin de son meurtre. « La Couleur de l’âme des Anges ». Alexandra Julhiet imagine l’histoire de Randy Welcome, 34 ans. Elle retrouve un ancien amour de lycée, se réveille avec une gueule de bois, deux cadavres inconnus dans son coffre. Pourquoi ce qui s’est passé 20 ans auparavant, vient aujourd’hui ruiner sa vie ? « Randy Welcome ». Pour Sonia David, « Les Petits succès sont un désastre ». Rose décide de prendre une année sabbatique pour écrire sur ses amis et ses voisins, surnommés la « Pap’Team », qu’elle retrouve au Papillon, leur bistrot de Montmartre. Le livre, censé faire l’éloge de cette amitié, la détruira-t-elle ?
Au Mercure de France, Alma Brami poursuit son exploration de la fusion : « C’est pour ton bien ». Lili, bannie de sa famille lorsqu’elle a accouché à 18 ans, vit dans un cocon d’amour et de tendresse avec sa fille Charlotte. La situation est confortable pour l’adolescente mais risque de ne plus la satisfaire pour longtemps… Cécile Coulon s’interroge sur la manière d’échapper à sa destinée tragique. « Le Roi n’a pas sommeil » (Viviane Hamy). Anne-Constance Vigier  a choisi de traiter l’homosexualité. Gabriel, un quadragénaire, vit en couple avec Vincent, dont la légèreté et les infidélités le font souffrir. En entreprise, son homosexualité est mal acceptée. Seule Muriel, une secrétaire aux prises avec son fils violent, lui inspire de l’amitié. Gabriel ne sait que faire pour aider cette femme persécutée, jusqu’au soir où il tue accidentellement Joris. « Héritage ». Joëlle Losfeld. Chez Sabine Wespieser, Kéthévane Davarichewy, fait le récit d’une amitié entre deux filles qui se perdent de vue : « Les séparées » et Léonor de Récondo nous plonge dans le quotidien d’une famille d’exilés. « Rêves oubliés ». Au Dilettante, Isabelle Rival raconte les déboires et les joies d’Adèle, une « Grosse ». Gallimard publie plusieurs romans de femmes : un premier roman de Leonor Baldaque : « Vita. La Vie Légère ». Trois cousins sans famille se retrouvent dans un autre monde. S’ils ont l’air de ne rien faire, ils s’attellent à mille tâches et traversent la même mer qu’Ulysse. Dans « Le palais des autres jours » Yasmine Char raconte comment Fadi et Lila, deux jumeaux, quittent le Liban pour Paris à leur majorité, dans les années 1990, en pleine vague d’attentats terroristes. Loin du soleil de Beyrouth, ils tentent de trouver leur place dans un monde qui les rejette. Fadi part à la dérive, Lila demeure déterminée à ne pas céder à la peur, et à faire valoir son droit au bonheur. Marie Ferranti reprend la relation de haine qui opposa, Pozzo di Borgo à Bonaparte. « Une haine de Corse ». Maja Brick nous offre un « Opéra anatomique ». A la fin du XVIIe siècle, Pierre le Grand entreprend un voyage en Occident. A Amsterdam, il acquiert une collection de cadavres appartenant à l’anatomiste Frederic Ruysch. Il parcourt l’Europe à travers ses capitales, Londres, Vienne, Venise, et ses opéras. Le secrétaire du tsar est l’historiographe de ce voyage baroque, qui mêle au théâtre la machinerie politique et sociale du siècle. Caroline Lamarche prend appui sur un conte issu de la tradition orale des Triqui, au Mexique, mettant en scène le premier homme et la première femme. Les morts, l’amour, l’absence, le souvenir se mêlent au récit d’un voyage intérieur. « La chienne de Naha ». Danièle Sallenave a eu la bonne idée de recréer Sibir, un petit royaume mongol défait par les Russes après la victoire d’Ivan le Terrible en 1552. Située en Asie, ce territoire fait partie de l’Europe. Récit d’un voyage à bord du Transsibérien à travers les paysages et les traces enfouies des anciens goulags. « Sibir. Moscou-Vladivostok ». Nathalie Kupermann explique « Les raisons de mon crime ». Marianne, la narratrice, renoue avec sa cousine Martine avec laquelle elle a eu une relation passionnée. Devenue alcoolique, Martine vit maintenant à Fontainebleau avec son mari Lucien, également alcoolique. Elle vote pour le Front national, déteste sa fille. Marianne, décidée d’écrire un livre sur Martine, commence à lui rendre visite pour recevoir ses confidences. Laura Alcoba évoque « Les passagers de l’Anna». Dans les années 1960, des jeunes révolutionnaires quittent l’Argentine pour rejoindre le Che Guevara. Leur périple les conduit à parcourir l’Europe avant d’arriver dans un camp d’entraînement cubain. Durant plusieurs mois, des doutes s’installent, des amitiés se nouent. Ils repartent dans l’espoir de répandre la révolution en Amérique du Sud. Inspiré de l’histoire des parents de l’auteure. Alexandra Shwartzbrod évoque « Le songe d’Ariel ». En plein désert, dans un ranch, des hommes armés veillent sur un mort-vivant. Véritable incarnation de la force armée et de la puissance, l’ex-Premier ministre d’Israël, Ariel Meron, n’est qu’un corps sans chair. Alors que les médecins affirment que son cerveau est mort, un matin, il se réveille, se lève de son lit. Convaincu d’être le Messie, il décide de ramener la paix.
Noémi Lefebvre aborde « L’état des sentiments à l’âge adulte » (Verticales). Après un conflit violent avec son compagnon, la narratrice, diplômée en sciences sociales, accepte un emploi d’aide à domicile auprès d’un vieillard de 93 ans : Victor Hugo ! Le vieux tyran, ancien résistant et misanthrope, a décidé de transmettre l’essentiel de lui-même. Aux Presses de la cité, Anne Bragance, parle des « Solitudes » : une femme et un homme, chacun dans sa bulle. Chez Rivages, Elsa Fotorino, raconte « Une disparition ».
De quoi se réjouir !

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