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Chris Ayers: un daily zoo aux animaux espiègles et « thérapeutiques »

Interview de Chris Ayers/ Propos recueillis par Julie Cadilhacbscnews.fr/ credit-photo: Thasja Hoffmann/  Chris Ayers naît en juillet 1975 dans le Minnesota. Très vite, une attraction vive pour le dessin s’impose et l’envie de conquérir les sphères de l’industrie cinématographique. Pour ce faire, après ses études d’Art, il part s’installer à Los Angeles et ses voeux se réalisent.

propos recueillis par

Amené à travailler sur la conception de Men in Black II, des Quatre fantastique ou encore de The Santa Claus II, il rencontre de nombreux professionnels expérimentés et se forme à leur côté. Au printemps 2005, cet amoureux de Disney, des dinosaures, de Rue Sésame, de Robin des Bois, de Star Wars etc. doit faire face à une leucémie et son long et éprouvant traitement thérapeutique. Aujourd’hui, il essaie de profiter des jours les uns après les autres et de considérer cette expérience du cancer comme une étape qui a stimulé son énergie créative. Un an après le diagnostic, il a commencé The Daily Zoo qu’il n’a jamais depuis lors arrêté. Le concept? créer un dessin d’animal chaque jour. Nous vous livrons ici quelques unes de ses illustrations délicieusement espiègles… des bébêtes croquignolesques qui éclairent d’une note d’humour chaque nouvelle journée. Un vrai coup de coeur que nous avions envie de partager. Les plus chanceux d’entre vous, flânant dans la capitale entre le 18/01 et le 4/02, pourront passer le seuil de la galerie Daniel Maghen ( Paris) pour toucher de plus près le talent de ce jeune américain et rencontrer en griffes ou en ailes les protagonistes de cette aventure animalière ….

Vous exercez trois activités différentes dont les formulations américaines sont les suivantes- character design, visual development et illustration: en quoi consiste chacune d’elle? Pourriez-vous l’expliquer à nos lecteurs?
La conception de personnages (character design), le développement visuel et l’illustration sont semblables sur beaucoup de points et parfois même ces métiers se mêlent inextricablement. La différence est surtout dans le support pour lequel l’image va être utilisée. Le « character design », c’est lorsque je contribue à donner une forme visuelle à un personnage ou à une créature à partir de la description d’un scénario ou des notes d’une équipe de production. Cet exercice a lieu dans de nombreux domaines de l’industrie du film ou de la télévision, les jeux vidéos et même pour la création de logos lorsqu’une société veut développer un caractère particulier pour en faire sa mascotte. Quoiqu’il varie sur chaque projet, le design de caractères peut couvrir l’ensemble du processus de conception: des croquis libres de départ , puis tout le chemin à faire  en collaboration avec une équipe de modeleurs de CG, des peintres et des animateurs jusqu’aux formes, couleurs, textures, expressions et poses finales d’un caractère.
Le développement visuel fait référence en général à la période de pré-production d’un projet dans l’industrie du divertissement. Le but principal d’un artiste de développement visuel est d’explorer toutes les possibilités visuelles des caractères, des environnements, des véhicules etc…bref tout ce que l’on verra dans un film ou un jeu. Il aide à se faire une idée de l’apparence générale d’un monde et de ses habitants. Avoir un style spécifique est souvent moins important dans cette phase que le fait de réussir à  provoquer un bouillonnement d’idées intéressantes. Les idées produites dans cette étape pourront alors plus tard être affinées et détaillées pour le film ou le jeu achevé.
L’illustration fait référence d’habitude à une image unique, ou à une série d’images utilisées pour un but spécifique. Une illustration est en général le produit fini là où les images produites par un designer de personnages ou un développeur visuel sont justes un tremplin pour parvenir à la production finale,  à savoir un film ou un jeu.

 

Vous avez travaillé sur le film Men in Black,: vous avez été un de ceux qui ont imaginé les Aliens du film?
Oui, j’ai eu la chance d’avoir l’occasion d’être un des artistes impliqués dans la création des aliens du film Men in Black II. C’était en 2002 et je travaillais pour les Studios Cinovation de Rick Baker’s à l’époque où il était responsable de la création des maquillages et des robots -automates des aliens de ce film. MIB2 a été une grande source d’amusement parce que j’aidais à faire le design d’aliens complètement dingues pour le grand écran. C’était un de mes premiers projets après mon arrivée dans l’industrie du film de Los Angeles, moi qui arrivais du Minnesota. Il y avait beaucoup de gens très talentueux qui bossaient sur la création de ces aliens et j’ai appris beaucoup à leur contact. Au départ, j’ai été impliqué dans le processus de design, produisant beaucoup beaucoup de croquis et peintures. Après cela, j’ai aidé en peignant quelques costumes des aliens et des marionnettes qui sont allés au tournage.

Où résidez-vous aujourd’hui? Plutôt près de la nature et des animaux ou en ville mais près d’un zoo?Ayers christmas
J’ai grandi à Minneapolis dans le Minnesota mais j’ai toujours rêvé de travailler un jour pour le cinéma. Il y a quelques années, après avoir étudié l’art à l’université, j’ai empaqueté toutes mes petites affaires et rempli ma voiture jusqu’au toit et je suis allé à Los Angeles, un des coeurs de l’industrie américaine du film. J’ai vécu dans la ville de Los Angeles pendant presque 12 ans et oui, heureusement il y avait un immense zoo génial juste à côté. J’essaye d’y aller le plus souvent possible pour dessiner, photographier et étudier mes amis les animaux. Nous vivons aussi de temps en temps près de San Diego où il y a un zoo super et un Safari Park aussi.

Avec quelles matières et sur quels supports imaginez-vous vos illustrations?
J’aime utiliser des matières variées. Cela rend les choses plus motivantes dans mon travail d’artiste. Les outils que j’utilise le plus fréquemment sont les stylos, les crayons, les crayons de couleur, les feutres design  » design markers », l’aquarelle et la gouache. Je travaille sur des types de papier et de tablettes graphiques variés également.

Votre attirance pour les extra-terrestres provient d’un goût prononcé pour l’étrange et la science-fiction? Quels sont vos dadas en science-fiction?
J’ai toujours été un fan inconditionnel de science-fiction, de mythologie, d’aliens, d’animaux, de vaisseaux spatiaux, d’animation, de livres d’images pour les enfants. Pour résumer, de tout ce qui développe une histoire géniale avec de l’aventure et des monstres! Dans mon développement artistique, les premières influences ont été celles des livres pour enfants du Dr Seuss, Bill Peet et Maurice Sendak. Les « stop-motion » animations de Ray Harryhausen m’ont beaucoup inspiré comme beaucoup de vieux films de monstres. La plus grande influence, en matière de science-fiction, dans mon enfance, a été forcément Star Wars: ça a donné du carburant de fusée à mon imagination!

Les Extra-Terrestres et leur singularité ont quelque chose de drôle qui vous plaît?
J’aime penser que j’ai été doté d’un bon sens de l’humour et que je ne prends pas les choses trop sérieusement  dans la vie . La vie est trop courte pour ça! Cela dépend, bien sûr, du ton désiré pour le projet mais, quand c’est possible, j’aime essayer d’apporter un certain degré d’humour ou d’étrangeté dans les caractères que je conçois. Cela ne peut pas être un type d’humour trop L.O.L mais par dessus tout, j’essaie au moins de donner à mes caractères une nuance de subtilité  comique. C’est plus évident d’en faire le constat dans mes travaux personnels. Vous devez faire attention quand vous travaillez en freelance sur le projet de quelqu’un d’autre parce qu’en essayant d’introduire de l’humour ou de la stupidité dans un endroit ou un style qui ne s’y adapte pas, il peut y avoir des pots cassés.
daily zooo Vous vous alimentez aussi de mythologie grecque pour dessiner: le monstre est un thème qui vous séduit davantage que la normalité?
Oui, la mythologie a été une autre grande influence de mon enfance. Je me rappelle avoir adoré les mythes de Thésée, Hercule, Persée, Icare et de tous les dieux et monstres qui les entouraient. Après avoir lu les histoires, j’appréciais de dessiner mes versions de ces caractères mythologiques.

Pourquoi un oiseau pour le premier jour du Daily Zoo?
Le Daily Zoo a été créé comme une sorte de réponse après avoir été diagnostiqué et traité pour une leucémie aiguë, un type de cancer du sang. On m’a diagnostiqué cette maladie en avril 2005 et j’ai subi de nombreux mois de traitements avec de la chimiothérapie et de la radiothérapie sur tout le corps . Ce n’était pas fun! Mais heureusement j’ai été suivi par de bons médecins et entouré d’une famille, d’amis et d’une petite amie ( qui est maintenant mon épouse!) qui m’ont soutenu, jour après jour. Un an après ce diagnostic, j’ai commencé The Daily Zoo. Mon but était de dessiner un animal chaque jour pendant un an. Un an après, mon rétablissement physique d’un cancer était presque fait mais je savais que le rétablissement émotionnel et mental avait besoin d’être poursuivi. J’ai décidé que la meilleure façon de m’aider dans ce rétablissement était de faire quelque chose que j’avais toujours adoré ( dessiner des animaux!)
Le premier animal que j’ai dessiné pour le Daily Zoo était un oiseau nommé  » fou à pattes bleues ». Je ne suis plus exactement sûr  de ce qui m’a fait choisir cet animal mais je  trouve que ces oiseaux sont des créatures curieuses et non dénuées d’humour! Comment ne pourrait-on pas aimer un animal qui a les pieds bleus?!!

Ce Daily Zoo nest pas uniquement constitué d’animaux bien réels: Chacun représente-t-il votre humeur du jour? ou le choix du sujet est parfaitement arbitraire?
Vous ne trouverez pas certains animaux du Daily Zoo dans un autre zoo car ils sont des créations complètes de mon imagination. Depuis que je suis petit, j’ai toujours apprécié d’imaginer mes propres créatures et monstres. Alors certains jours, je dessine pour le Daily Zoo en utilisant simplement mon imagination mais même lorsque j’invente un animal dans ma tête, j’essaie de lui donner des caractéristiques d’animaux que nous connaissons tous. La plupart du temps, je ne sais pas ce que je vais dessiner pour le Daily zoo jusqu’à que je m’asseois pour le faire. Certains jours,l’animal ou le thème reflète quelque chose qui m’est arrivé ce jour-là en particulier. Souvent ils reflètent mon état d’esprit du moment, même si c’est seulement au niveau du subconscient. Et certains jours,oui, le choix de l’animal est complètement arbitraire.

Vous dîtes:  » j’ai embrassé l’humour qui peut être un arme puissante. J’ai essayé de trouver les aspects absurdes, fous, drôles dans une situation si pleine de tensions ». Cette expérience vous a donc fait peindre autrement?
Je pense que mon travail d’artiste et les caractères ( et les situations dans lesquelles je les place) ont toujours tendance à aller du côté de l’humour. Comme je l’ai dit, j’ai essayé de ne pas prendre certaines choses dans la vie avec trop de gravité. Le rire est définitivement une des meilleures médecines.

Deux livres du Daily Zoo ont été édités dont le titre est: Keeping the Doctor at Bay with a Drawing a Day. Votre credo d’optimisme?daily zoo
Oui, je crois que , pour moi du moins, produire de l’art est un moyen de maintenir un style de vie sain. Mon expérience du cancer a simplement renforcé cette idée de à quel point la vie est imprévisible. C’est très important de poursuivre ses passions. Pas forcément le dessin; ça peut être le chant, la sculpture, le théâtre, l’écriture, la cuisine, le jardin, la résolution de problèmes mathématiques, l’invention de moyens pour protéger et conserver l’environnement, etc…Je pense que plus nous exerçons et défions notre créativité et notre imagination, le mieux nous serons non seulement dans votre individualité mais aussi en tant que membre d’une société. Dessiner chaque jour n’éloigne pas le médecin tout le temps mais il permet de rester dans un meilleur état d’esprit pour affronter de nombreux défis de la vie avec force, courage, humour et créativité.

Les couvertures des deux premiers tomes représentent un flamand rose et un éléphant alités: pouvez-vous nous en dire davantage sur ce que nous pouvons trouver à l’intérieur?
Les deux livres du Daily Zoo, Année 1 et Année 2, contiennent chacun la valeur d’une année de croquis quotidiens avec des commentaires à propos de mon processus artistique et de mon expérience du cancer. J’explique comment certaines idées me sont venues et j’utilise beaucoup d’entre elles comme des métaphores visuelles des challenges que j’ai du endurer pendant ma maladie. Au printemps 2011 MY Daily Zoo a été publié. C’est un cahier d’activités de dessins, approprié pour les artistes de tous âges, basé sur le Daily Zoo et qui permet aux lecteurs de participer à l’amusement en dessinant lui aussi.

Et pour dessiner un être humain, par quoi commencez-vous? Sa silhouette? son nez? ses yeux?
Il est très rare que j’ai un image claire comme le cristal dans ma tête quand je commence à dessiner un personnage. La plupart du temps, j’ai une vague idée, assez floue…plus de l’ordre d’un sentiment que d’une image précise. J’essaie de me concentrer sur la présence générale du personnage sur le papier, ses poses, sa silhouette, son attitude. Une fois que j’ai obtenu un résultat qui me satisfait, je commence à ajouter des détails: caractéristiques faciales, doigts, griffes….

Qu’est-ce qui fait l’originalité d’un personnage selon vous?
J’essaie de dessiner des caractères qui intriguent. Dans l’idéal, je souhaite que les gens regardent ce personnage et qu’ils aient envie d’en savoir plus sur lui. Je veux que ce personnage fasse impression dans leur esprit. Quelquefois, une conception visuelle pas terrible peut réussir cela mais je sens bien que les meilleurs personnages ont – en plus d’un attrait visuel génial- une sorte de magie qui électrise jusque dans les oreilles des auditeurs. C’est ainsi et ça se propage après jusque dans leurs cerveaux. Pour qu’un caractère saute vraiment hors de la page et jusque dans nos imaginations, nous avons besoin d’être capables de nous connecter à lui d’une certaine façon… avec de l’amour, de l’humour, de la peur. J’essaie de donner à mes personnages une personnalité avec les expressions faciales et le langage du corps.

Quels sont les secrets d’une illustration réussie pour un personnage d’animation? Facilité à être reproduit et cependant singularité?
Les règles techniques et les directives pour concevoir un personnage dépendent beaucoup de comment le personnage sera,au final, amené à exister. Avec l’animation traditionnelle dessinée à la main, il est très important de se souvenir que ce personnage sera dessiné 24 fois à chaque seconde de film, donc le design, les détails auront besoin d’être simplifiés pour rendre le travail possible et gérable. Si un personnage est amené à être créé via une animation générée par un ordinateur ( CG), il y a aussi des choses en prendre en considération ( du genre que beaucoup de fourrures ou de tissus élégants peuvent vite être très coûteux en termes d’animation et de temps de rendement) mais en général cela ouvre de nombreuses autres options. Indépendamment du moyen qui est utilisé pour animer un caractère, pour que ce soit un personnage à succès, il faut avant tout qu’il soit supporté par une histoire de qualité, une bonne conception visuelle et qu’il soit capable d’être en complicité avec l’audience.

Quels travaux exposerez-vous à la galerie Daniel Maghen? Est-ce votre première exposition en France?
La plupart des pièces qui seront exposées à la galerie Daniel Maghen sont des dessins originaux du Daily Zoo. Après l’achèvement de la première année du Daily Zoo, cela s’est avéré être une activité si amusante et thérapeutique que j’ai continué à dessiner un animal chaque jour. J’en suis maintenant à la sixième année ( plus de 2000 dessins!). Les pièces exposées sont la plupart des dernières années du Daily Zoo. Ce sera la seconde fois que je viens à Paris et ma première exposition en France.

➤ Chris Ayer

Exposition Galerie Daniel Maghen ( Paris) du 18 janvier au 4 février

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