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Catherine Frot, Samuel Beckett, Marc Paquien: Ô quel heureux trio!

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Par Julie Cadilhacbscnews.fr/ Crédit-photo: T.Grabherr/ Ô les Beaux jours est une pièce remarquable tant elle marie avec génie : l’optimisme chevillé au corps – « Ô quel beau jour ça aura été quand même! » – et la réalité terrible du vieillissement inexorable et du délabrement qui l’accompagne, l’absurdité de la vie et toute sa poésie intrinsèque, l’ennui qui creuse les jours et la tendresse avec laquelle on est attaché à chaque seconde qui passe, les gestes concrets du quotidien et les élucubrations délirantes de la pensée….

C’est un texte qui s’apprivoise, respiration avec respiration, petit bonheur après petit bonheur, et l’on se rappelle cette phrase d’Anouilh prononcée par le vieux roi Créon usé d’essayer de convaincre de vivre son entêtée de nièce , trop jeune pour être capable de faire des concessions:  » Le bonheur est une petite chose que l’on grignote,assis par terre, au soleil « . Oui, cette pièce se grignote, là, avec un plaisir authentique: en compagnie de cette petite dame attachante, on sourit en connivence parce que la pudeur – il semble- assourdit les trop grands excès de rire, on écoute de toutes nos oreilles et c’est une joie de partager un moment de complicité avec cet être ni tout à fait réel ni tout à fait imaginaire.

Pour interpréter un monologue de cette envergure, il faut une comédienne d’exception. Après seulement quatre jours de représentation, Catherine Frot est déjà parfaite. Sa Winnie est un personnage monté sur ressort, d’une pêche communicative et d’un dynamisme épatant malgré la terre qui entoure son tronc et l’englue dans le sol. Elle aimerait s’envoler, ne plus sentir le poids des lois de la gravité, s’autoriser une escapade loin de ce désert qui gagne du terrain autour d’elle. Avant que les mots ne perdent définitivement leur sens, avant -oui!- que ses derniers compagnons précieux eux-mêmes ne prennent congé, elle les fait tournoyer, virevolter, valser autour d’elle en histoires folles. Elle sait que lorsque Willie l’aura abandonnée à son dernier souffle de vie, lorsque Brownie, le pistolet qui pourrait délivrer, ne sera même plus accessible à ses doigts de même que son si merveilleux sac plein de trésors, il lui restera encore quelques temps le souffle extraordinaire des mots. Catherine Frot, formidablement dirigée par Marc Paquien, est terriblement touchante : drôle dans sa misérable humanité, tendre avec son Willie en même temps que délicieusement loufoque, nostalgique autant qu’épicurienne, elle nous donne une leçon de courage, de dignité; elle distille une énergie communicative et nous invite sous l’égide du grand Samuel Beckett à oublier les pisse-froid, les rabat-joie qui disent  » A quoi ça rime…? » sans n’avoir jamais su à coup sûr ce que rimer veut dire…

« Dans une étendue désertique d’herbe brûlée se dresse un petit mamelon aux pentes douces dans lequel Winnie est enterrée, d’abord jusqu’au-dessus de la taille. Winnie se souvient qu’en la voyant, un passant s’était demandé :  » À quoi ça rime ? … fourrée jusqu’aux nénés dans le pissenlit… ça signifie quoi ? ” ( Samuel Beckett, Ô les beaux jours – Editions de Minuit)

Ô les Beaux Jours de Beckett

Mise en scène: Marc Paquien

Avec Catherine Frot et Pierre Banderet

Décor: Gérard Didier
Lumière Dominique Bruguière
Costumes Claire Risterucci
Maquillages Cécile Kretschmar

Création Janvier 2012

Dates de représentation:

Du 10 au 13 janvier 2012 à la Scène Nationale de Sète ( 34)

Du 20 janvier au 29 mars au Théâtre de la Madeleine ( Paris)

Du 13 au 15 avril 2012 au CDN de Nice

Le 17 avril 2012 au Théâtre de l’Olivier à Istres

Les 20 et 21 avril 2012 au Théâtre de Grasse

Du 26 au 28 avril 2012 au Théâtre de Namur

Du 2 au 4 mai 2012 au Théâtre de Villefontaine

Les 10 et 11 mai 2012 au NTA à Angers

Les 14,15 et 16 mai au Théâtre de Nîmes ( 30)

Le 19 mai 2012 au Théâtre de Carcassonne

Le 26 mai 2012 au Théâtre du Crochetan à Monthey ( Suisse)

Du 30 mai au 9 juin 2012 au Théâtre des Célestins ( Lyon)

Les 11 et 12 juin 2012 au Théâtre de Villefranche sur Saône

Les 15 et 16 juin 2012 au CNCDC de Châteauvallon

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