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Blast: une épopée sombre où le sordide flirte avec une poésie étonnante

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Par Julie Cadilhac bscnews.fr/ Dans ce second volume de Blast, Polza Manzini poursuit son récit en garde de vue sous l’oeil méfiant mais de plus en plus troublé de ses geôliers.

Carole Oudinot vient de succomber à ses blessures à l’hôpital et Mancini reste le seul témoin qui puisse expliquer ce qui s’est réellement passé. Mais de quoi parle-t-on? Voilà tout l’art de Manu Larcenet qui nous tient en haleine et paraît décidé à maintenir le suspense jusqu’au bout du cinquième tome! On ne sait pas vraiment où tout cet interrogatoire policier nous mène et l’on est déstabilisé devant ce personnage génial dans sa monstrueuse (in?)humanité, cet homme aussi écoeurant que fascinant, aussi fou que brillant. De confidences délirantes sur sa quête du Blast, l’état de grâce absolue où il renoue avec la pureté de l’enfance et le mystère sacré de la nature, en dépositions effrayantes au sujet de Saint-Jacky avec lequel Polza a passé un hiver, on s’agrippe à cette fiction trouble et on ne risque pas de lâcher le volume avant de l’avoir littéralement dévoré; Blast est une épopée sombre dans laquelle le sordide flirte étonnamment avec la poésie. Manu Larcenet a une écriture puissante, hypnotique, qui saisit l’estomac et l’âme en croquant le portrait saisissant d’un être inclassable, un écorché vif sur lequel personne n’a de prise. Dans une langue surréaliste et un graphisme à la colorimétrie limitée, l’auteur explore les souffrances d’un être maudit au physique difforme et dont la folie semble être la seule échappatoire satisfaisante. A moins que Polza ne soit pas fou? Comment évaluer cela?  Une bande dessinée qui, non seulement vous plonge dans une «transe» de lecture stupéfiante mais qui nous fait réfléchir aussi sur la condition humaine et les conséquences des blessures quotidiennes de l’amour-propre. Sans estime de soi, peut-on vivre raisonnablement? On applaudira également la virtuosité du scénario et le jeu d’ellipses et de retours en arrière récurrents qui donne à la narration un souffle formidable. Un INCONTOURNABLE assurément!

« Je mens toujours. Je dis que je ne me souviens de rien, que je suis né du matin. Mais il me suffit de fermer les yeux…chaque taloche, chaque balafre, chaque regard. Je me souviens de chacun de vos mots. Je me souviens comment vous me les avez plantés dans le corps. Le temps n’y fait rien. Je me souviens de tout. « 

Titre de la série: Blast
Auteur: Manu Larcenet
Editeur: Dargaud
Prix: 22,90 euros.

 

Blast tome 2

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