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À la Une du New York Times : un document effrayant

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Par Nicolas Vidal – bscnews.fr / Il fallait faire preuve d’une détermination à toute épreuve pour espérer voir ce reportage brillantissime et éloquent sur le devenir du New York Times et plus généralement de la presse écrite. Car ce documentaire est à l’information ce que le langage est à la pensée, une essence.

Son audience et sa visibilité sont à l’image de son propos : terrifiant. Seulement cinq salles françaises l’ont diffusé pour lesquelles nous saluons bien bas cette initiative et cet acte de résistance (Reflet Medicis & MK2 Beaubourg – Paris / Majestic – Lille /  CGR Olympia – La Rochelle ). Et l’on peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé du non-choix des autres. Elles ont en tout cas, et dans une certaine mesure, failli.

C’est un cruel constat de voir un reportage d’une telle importance et d’une telle justesse de ton passer totalement inaperçu et qui ne pourra pas même compter sur une «audience confidentielle» malgré ses sélections au Festival de Sundance et de Deauville.
Andrew Rossi, le réalisateur, s’est immergé caméra au poing dans les coulisses du New York Times, l’un des journaux les plus sérieux et les plus respectés de la planète. Très vite, nous faisons la connaissance de trois personnages clés de la vie du journal qui incarnent chacun à leur manière trois facettes d’un New York Times qui tente tant bien que mal de faire face la crise de la presse écrite.
David Carr, chroniqueur média au «Times», est une personnalité atypique qui dénote de celles de ses collègues par un franc-parler qu’il s’autorise et qu’il utilise pour s’exprimer de manière souvent abrupte mais pertinente. C’est un ancien toxicomane, devenu aujourd’hui journaliste brillant, pince-sans-rire, féroce mais «juste» tel que le décrit Bill Keller, directeur de la rédaction du New York Times qui doit perpétuer avec son équipe la réputation ancestrale de rigueur et de sérieux du journal, après les affaires qui ont secoué le Times comme celle de Jayson Blair en 2008. Son jugement, son recul et son sens de l’anticipation font de lui un personnage respecté et important dans l’organigramme du Times. On fait également la connaissance de Brian Stelter qui est spécialiste de la télévision et des nouveaux médias. C’est un ancien blogueur et un homme du web, aujourd’hui journaliste de premier au plan au journal qui maîtrise Twitter, les réseaux sociaux et les nouveaux modes de pénétration élargis de l’information. Il incarne à lui seul la modernisation du New York Times.
Andrew Rossi réfléchit sur l’ampleur et la complexité de la crise qui frappe la presse écrite n’épargnant pas une institution comme le New York Times, malgré ses 1120 000 abonnés.
Alors que 2 800 journaux américains ont été déclarés en faillite depuis le début des années 2000, le New York Times surnommé «le Grey Lady» tente de faire face à l’adversité en se développant sur le numérique. En choisissant de suivre ces trois personnalités iconoclastes et passionnantes, le réalisateur met en exergue la réflexion sur la cause de cet effondrement du secteur mais  également l’évocation en coulisse de la disparition probable de la presse écrite au profit d’Internet.
Andrew Rossi a également donné la parole à Katrina Vanden Heuvel, rédactrice en chef du Nation,  Jeff Jarvis, auteur de « Would Google Do ?», Gay Talese reporter illustre du New York Times et David Remmick, rédacteur en chef du New Yorker.
Alors que le New York Times décide de rendre une grande partie de son site payant (www.nytimes.com), que Ruppert Murdoch déclare tout de go que l’avenir de la presse écrite passera forcément par l’iPad et que Julia Assange redéfinit totalement la notion de journalisme, le documentaire s’interroge sur les différentes pistes qui pourraient sauver la presse en donnant la parole aux principaux intéressés. En fait, personne ne sait réellement qui est l’ennemi à combattre : internet, la blogosphère, le désintérêt, l’effondrement des canaux d’informations, la frénésie twitter … ?
Andrew Rossi a su parfaitement saisir les principales principales interrogations auxquelles la presse écrite aura à répondre dans les prochains mois pour subsister, se moderniser et reprendre sa place. Comment survivre tout en gardant une ligne éditoriale ? Comment ne pas disparaître lorsqu’on est profondément convaincu que l’éthique d’un journaliste est la garantie fondamentale pour une nation démocratique ? Internet est-il un concurrent sérieux ou n’est-ce pas plutôt le lectorat qui fait défaut au profit de la télévision et des loisirs ?
C’est tout l’enjeu de ce reportage incontournable qu’il est urgent de voir et de faire connaître par le bouche à oreille dans les meilleurs délais avant qu’il ne soit trop tard.
Pour le New York Times et pour les autres avant que la disparition de la presse écrite ne fasse la Une .

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