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Le châtiment des élites : un thriller littéraire dans une République corrompue

Par Élodie Trouvé – bscnews.fr/ Au ministère de l’Intérieur, la tête décapitée d’un président de région fraichement livrée par coursier roule sur le sol… C’est la cent douzième exécution parmi les élites corrompues de la nation. Dans les plus hautes sphères de l’état, c’est l’affolement. Une cellule d’investigation spéciale déconnectée de la hiérarchie policière est mise en place. A sa tête, Pierre Brocca, un commissaire anarchiste est chargé de mener l’enquête avec ses manières peu conventionnelles…

propos recueillis par

Ingénieur, chef d’entreprise, vous venez de publier « Le châtiment des Elites », un titre énigmatique aux consonances guerrières. Quel est exactement le sujet de votre ouvrage ? Ce roman est parti d’un constat personnel : toutes les grandes fortunes s’appuient au départ sur une action criminelle. Spoliations, meurtres, escroqueries, il n’existe pas de nouvelle fortune, et moins encore d’ancienne fortune, qui ne soit basée à l’origine sur une action criminelle. Ce constat m’a fait froid dans le dos, j’ai creusé la question et j’ai souhaité écrire un livre là-dessus. En travaillant sur le sujet, cela s’est télescopé avec les réseaux d’influence et les cercles de pouvoir occultes, comme la franc-maçonnerie et les mouvements extrémistes par exemple. Je souhaitais comprendre comment la manipulation et le complot d’état posent les pierres d’un édifice dont le grand architecte reste dans l’ombre. Qu’est-ce que tout cela cache ? Pourquoi une société secrète est-elle secrète ? Quel est le but recherché ? C’est ce genre de questionnements et de confrontations qui m’intéressaient. J’ai ensuite tissé une histoire pour aborder à travers mes personnages, la manière dont quelqu’un de complètement destructuré, ayant perdu tous ses repères et sa foi en une justice sociale tel que Pierre Brocca, le commissaire libertin et anarchiste qui mène l’enquête dans mon livre, peut-il agir. Et surtout, que pouvons nous faire face à ce fléau de corruption généralisée pour que ça change. 

Ce constat était personnel ?
Oui. Je vis au Quatar, je suis chef d’entreprise à la base, et président de l’Union des français à l’étranger, et à ce titre je reçois beaucoup de ministres de tout bord. La façon dont ce monde diplomatique tourne, dont la géopolitique est abordée, ressemble à une espèce de croisade, surtout ici, dans le Moyen-Orient. Le printemps arabe est venu donné raison à quelques pistes que je développe dans « Le châtiment des Elites ». L’affaire DSK également, puisqu’effectivement, dès que l’on se croit au dessus des lois, les comportements suivent et on s’imagine intouchable. Le roman a été écrit en 2009, et j’ai été très surpris d’être à ce point rattrapé ces derniers mois par l’actualité.

Personnellement, vous avez été confronté à ce genre de chose, la corruption notamment ?
Oui, assez souvent, en tant que chef d’entreprise, car c’est une pratique courante dans le monde des affaires, surtout à l’internationale. J’ai parcouru le monde, fait l’Afrique, l’Asie, je suis au Moyen-Orient actuellement, et c’est clair que cette corruption est généralisée. Le monde des affaires, la politique et la justice, dans une République telle que la France, ne marchent pas souvent de pair…

Est-ce dangereux pour vous professionnellement d’écrire un tel livre, de prendre ces positions ?
Non. J’ai choisi d’avoir une petite entreprise, de ne pas devenir très riche et de ne pas faire partie de ces élites que je dénonce. A partir de là, ma petite société de service qui travaille pour des grands groupes arrive à s’en sortir. Quant à mes amis dans les cercles politiques, ils connaissent parfaitement ma position. 

Pierre Péan vient de sortir « La République des mallettes. Enquête sur la principauté française de non droit ». Pourquoi avez-vous choisi de votre côté une forme romancée plutôt que la dénonciation sous la forme d’une enquête journalistique ou d’un essai ? Pensez vous que cela soit aussi efficace ?
J’ai toujours écrit, mais c’est la première fois que je me suis donné une vraie ambition d’auteur, publiable. J’ai répondu à un concours littéraire sur le site des Nouveaux Auteurs et j’ai obtenu l’une des meilleures moyennes concernant des thrillers évalués par le système d’un comité de lecteurs. Il fallait écrire un thriller. J’ai envoyé mon manuscrit et obtenu la deuxième meilleure note. J’ai donc signé un contrat d’édition, et ma deuxième carrière a commencé, à cinquante ans, ce qui est formidable ! Et surtout pour moi une nouvelle façon de dialoguer avec les gens. Le virus est prit, puisque je viens de terminer l’écriture de mon sixième roman, au grand dam de mon éditeur qui m’a demandé de lever le pied au niveau production, car il ne peut pas suivre… Sur le plan littéraire, j’ai choisi d’aborder les chapitres de ces quatre histoires qui se croisent avec des styles différents. Un style documentaire et un style narratif, naviguant entre la confession et l’humour, à travers le parcours de mon personnage principal, ce commissaire anarchiste auquel je tiens tout particulièrement. Je suis persuadé qu’au final, c’est l’anarchie qui sauvera la République. Lorsqu’on ne peut plus s’appuyer sur des codes ou des procédures et des lois, il faut bien que se soient l’instinct et l’humain qui reprennent le dessus. Brocca est un solitaire aux méthodes non conventionnelles : pour faire avancer son enquête, il distribue des instructions vagues et déstructurées à son équipe… Se sont les bouteilles vides, les discussions avec les rats, l’amour de la littérature et des mots qui le guident dans des directions inattendues. Plus que des preuves rationnelles ou scientifiques, c’est sa connaissance des « Mohicans de Paris » d’Alexandre Dumas et les lumières d’un historien expert du Moyen Age et des Mérovingiens qui vont lui offrir la piste la plus sérieuse pour résoudre son enquête.

Pour un thriller, il y a une vraie qualité d’écriture, presque classique. On sent de votre part une attention toute particulière accordée aux mots, au style, avec un vrai plaisir de la langue.
Oui, c’est ce qui prend un peu mes lecteurs au dépourvu ! Car avec un thriller, on s’attend à quelque chose de très rythmé, rapide, à des phrases courtes. Mais, j’aime la langue, les mots, j’aime jouer avec eux, les sentir en bouche avant de les jeter sur papier. En marge de l’importance de l’histoire, du récit, de l’intrigue, la qualité littéraire du texte était primordiale pour moi. Ainsi que la psychologie de mes personnages qui est quelque chose d’essentiel. Je les adore tous, qu’ils soient gentils ou méchants. Ils ont tous une part de pureté quelque part, même dans l’excès. Je me sens proche d’eux, il arrive même qu’ils me réveillent la nuit parce qu’ils considèrent que je les ai maltraité, ou que je les ai oublié !

Ils vous échappent parfois?
Absolument ! Ils m’appellent, ils me tancent, mais quand l’histoire est finie, je les sens apaisés, ce qui me permet de passer à autre chose. Par exemple Brocca, qui est mon personnage fétiche, puisque récurrent dans quatre de mes romans, je l’ai laissé se reposer pour créer un autre personnage, mais je sens qu’il m’appelle à nouveau pour de nouvelles aventures et revenir au devant de la scène…  Ce qui m’intéressait tout particulièrement dans ce livre ci, c’était aussi d’explorer la psychologie des personnalités multiples. J’ai connu quelqu’un atteint de schizophrénie, ne reconnaissant pas les gens d’une semaine à l’autre, avec des vies complètement dissociées. Dans « Le châtiment des élites », j’ai voulu mettre face à face deux personnages à personnalités multiples, qui vont s’aimer et se haïr.

Comment arrivez-vous à concilier votre activité de chef d’entreprise, votre vie associative et celle d’auteur ?
Mon emploi du temps est tiré au cordeau : j’écris tous les matins, après mon café, déclencheur chez moi du réveil pour commencer, mais aussi de tout un tas d’idées. Parfois gai, parfois cafardeux, j’écris et me laisse porter par ces humeurs variables, fluctuantes. Si avant de commencer un livre, j’ai le plan en tête, je monte les chapitres comme les pièces d’un puzzle, autant de ruisseaux qui se rejoignent. Je tresse mon récit, et arrive au final à donner une cohérence à l’ensemble !

A l’aune de cette réflexion induite par l’écriture du « châtiment des Elites », et pour jeter votre éclairage sur l’actualité et toutes les « affaires » qui sortent dans la presse en cette période pré-électorale, pensez-vous vraiment que seule l’anarchie puisse sauver la République lorsque cette dernière est en danger ?
Oui. Lorsque la République et la démocratie sont mises en danger par des individus qui les nient, il faut d’autres individus qui ne respectent pas les règles mais qui ont des principes, pour rééquilibrer les forces en présence et être capable de sauver ces institutions bien mises à mal par des gens qui savent jouer sur tous les ressorts législatifs et juridiques.

Pensez-vous que se soit propre à notre époque ou que cela a toujours été, ces affaires de mœurs, de rétro-commissions, de corruption, ce délitement des valeurs en général des élites, avec un nombre impressionnant « d’affaires » mises aujourd’hui à la connaissance du public?
Nous sommes en période électorale, donc il est certain que c’est un terrain propice aux règlements de compte, à la délation, afin de se mettre en difficultés les uns les autres. Mais cela a toujours existé. La différence aujourd’hui est que les politiques, dont la mission est de représenter le peuple, se posent désormais en « vedette » dans l’actualité, en oubliant tout bonnement d’appliquer les moratoires sur lesquels ils ont été élus. C’est ça qui est vraiment dramatique.

Le plus dérangeant, au-delà de la question des subventionnements occultes des parties politiques par des entreprises privées en échange de marchés publics qui ne date pas d’hier, est ce sentiment qu’actuellement, il s’agit également pour les représentants de l’état d’amasser des fortunes personnelles, et de servir leurs intérêts propres en s’arrogeant des privilèges dans le cadre de leurs fonctions et la plus grande illégalité. Aujourd’hui, n’entre-t-on pas en politique pour faire carrière et amasser de l’argent ?
Absolument. Un des intérêts du « Châtiment des élites » est de revenir aux origines de cette dérive, en remontant à la création de la fortune originelle qui découle de la création du prieuré de Sion et des Templiers. Cette fortune amassée par l’ordre des Templiers a permis de financer les ports de la Méditerranée. Ces ports sont devenus une grande puissance économique, mais également très dépendants de leurs bailleurs de fond. Ce qui généra des guerres, un combat de pouvoir entre l’Eglise, les royautés et ces banquiers qu’étaient les Templiers. Ce pourquoi on les pourchassa et les excommunia. « Le châtiment des Elites » aborde cette question de l’instauration du « nouvel ordre mondial », dont les grandes lignes furent tracées sur les routes de Palestine, par Godefroy de Bouillon. Une manière de dire que toutes les guerres ont la même racine finalement, se sont des guerres hégémoniques, de pouvoir, liées aux territoires et à l’argent.

A l’époque des Templiers, il y a avait déjà des gens pour s’élever contre cette concentration du pouvoir et de l’argent, dénonçant le fait que l’on puisse à la fois être moine et soldat…
Complètement. Toute la difficulté aujourd’hui pour un homme politique est de pouvoir établir son pouvoir dans un cadre législatif. Ce qui à mon sens est impossible. Le politique, même lorsqu’à la base il a des principes, se retrouve très vite obligé de biaiser avec les lois. La dérive étant entamée, la virginité politique est perdue, puis c’est l’escalade.

Pour autant, faut-il revenir à l’application de la loi du Talion ? Et l’exécution pure et simple des élites de la nation comme dans votre livre, dans lequel les exploiteurs sont exécutés par une organisation justicière, le MESI, Mouvement pour Équité Sociale Internationale?
Non, bien entendu, mais je suis convaincu que lorsque le comportement de certains génère des souffrances telles que décrites dans mon livre, puisque tout au long de l’enquête apparaissent des personnages qui subissent la plus grande injustice sociale et l’abus de pouvoir d’une classe dominante sans état d’âme, la punition doit exister.

Est-ce que le fait de vivre au Quatar à une influence sur votre jugement ? Est-ce que la justice telle qu’elle s’applique dans ce pays où vous vivez depuis cinq ans fonctionne mieux ?
Je ne crois pas. Pour avoir vécu en Afrique, en Asie du sud est, où la justice s’applique également à travers une punition systématique et physique, je me retrouve plutôt dans l’approche du Commissaire Brocca, mon héros : il n’existe pas de système parfait, il n’existe que des hommes imparfaits.  Quel que soit le système mis en place, on se retrouve avec des dérives, notamment en terme de justice. Qui sont les juges, qui sont les victimes, les coupables ? Qui a raison, qui a tord ?

Mais heureusement, il existe encore des gens qui ont des principes et essaient de se battre !
Toute la difficulté étant de se battre dans des codes et des lois établis qui sont parfois devenus obsolètes dans ce monde en mutation et mouvement continuels. Finalement, peut-être qu’à l’image de ce que sous entend le titre de mon roman, une justice de l’ombre serait plus appropriée, la meilleure des solutions pour lutter contre les pouvoirs occultes et obscurs qui, tirant les leviers sans être vus, sont bien plus au pouvoir, à l’abri, derrière les politiques exposés eux en pleine lumière ! A travers ce livre et l’aventure de mon commissaire atypique, la question à au moins le mérite d’être posée !

« Le châtiments des élites» de Giampero Marongiu – Editions les Nouveaux Auteurs

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