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Costa le Rouge: qui pour lever le poing?

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Par Julie Cadilhacbscnews.fr/ Costa est un garçonnet enthousiaste et plein d’entrain qui boit comme du petit lait les récits de la création excentriques qu’invente son grand-père. D’après Papé, d’une Eve grenouille à un camarade avec sa faucille est née une humanité sortie du néant. Et puis, le miracle de la création s’est entachée en vieillissant de concessions, de trouillardise et d’égoïsme. Ce monde ne fait plus rêver  Papé et ce n’est qu’avec son petit-fils qu’il retrouve l’exaltation des temps où l’on avait encore la force, le courage, l’envie de lever le poing pour faire progresser l’humanité. Le père de Costa est le reflet de ce monde moderne qui l’exaspère, plein de compromissions et qui excuse son silence et sa passivité par le contexte économique et le sens des réalités.

Costa le Rouge est une pièce moderne qui parle de la confrontation du rêve et de la réalité, le choc brutal lors de leur collision et les dommages collatéraux.  Si les dix premières minutes ( en y ôtant la scène d’exposition- superbe!) inquiètent – avec un texte sans grand intérêt ( qui se bonifie au cours des répliques!) et une plongée brutale dans un univers enfantin trop marqué- la suite mérite d’être largement patientée.  Jean-Claude Fall est à applaudir dans son interprétation du grand-père usé, tant par les désillusions que par le crabe qui lui ronge les viscères. Chacune de ses répliques est d’une justesse émouvante, aucun geste de trop et en l’écoutant l’on se prend à penser aux siens, aux adieux douloureux et à cette authenticité en voie d’extinction au fur et à mesure que l’on prend congé des anciens. Nicolas Vallet, en gosse Spiderman, est attachant et réussit assez bien le challenge compliqué de maintenir le pacte théâtral de vraisemblance. La mise en scène de Julien Bouffier, accompagnée de l’ univers sonore prenant d’Eric Guennou, est d’un grand intérêt: l’utilisation d’abord d’un écran-boîte donne au spectateur l’impression immédiate de pénétrer dans une intimité, même si la superposition du jeu des comédiens et de la vidéo crée une distanciation avec la réalité immédiate. En effet cette histoire est aussi ( et surtout) un conte. De cette volonté de mêler sans cesse le réel et l’imaginaire, Julien Bouffier a imaginé un décor mouvant dont les rotations récurrentes ont l’irrémédiable poids du temps qui passe. La musique contribue à ce souci d’être en suspension dans une histoire qui n’a à la fois rien et tout de concret. La boîte, devant un lit de fortune, sert de passage d’un monde à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une conversation à une autre et ce système fantaisiste et enfantin d’ancrage du décor et du temps force le spectateur à lâcher-prise, à se laisser prendre par l’émotion tissée dans cette tragédie familiale.  » Et si l’on recommençait tout depuis la première goutte? » dit le grand-père et l’on se sent pousser des ailes, on y croit, on espère. On se souviendra aussi de la scène bouleversante où l’aïeul prend congé sans s’autoriser le temps d’un dernier café. Les derniers mots pudiques et tendres d’un père avec son fils, une complicité retrouvée, un adieu qui arrache le coeur sans verser dans le mélodrame. Mais alors, après le grand-père, personne ne prendra donc la relève de l’espoir? Si! Costa est l’avenir, Costa est la réponse, Costa, Costa, Costa!

 

Crédits-photo: Marc Ginot

Titre: Costa le Rouge

Compagnie Adesso e Sempre

D’après Costa le Rouge de Sylvain Lerey

Mise en scène: Julien Bouffier

Avec Rachid Akbal, Nicolas Vallet, Jean-Claude Fall

Au Théâtre Jean Vilar ( Montpellier) du 15 au 18 novembre 2011

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