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La lesbienne invisible : un one-woman-show merveilleux

La lesbienne invisible : un one-woman-show merveilleux

Par Stéphanie Hochet – bscnews.fr / Premier one-woman-show d’une jeune femme nommée Océanerosemarie, La lesbienne invisible raconte la prise de conscience puis le coming out d’une jeune femme qui ressemble tellement à une hétéro avec son rouge à lèvre et ses jupes que son entourage a du mal à croire qu’elle en est homosexuelle. Elle est ce qu’on appelle aux États-Unis une lipstick lesbianJeune trentenaire aux cheveux blonds vénitiens, Océanerosemarie est aussi la chanteuse du groupe Oshen. Artiste complète, elle rompt avec le côté intimiste de ses chansons pour aborder ce thème qu’à une autre époque on aurait qualifié de douloureux problème et qu’elle traite avec un humour irrésistible : des premiers signes de sa différence aux aveux à une camarade de classe dont elle est amoureuse, aux remarques et interrogations des hétérosexuel(le)s surpris de sa

propos recueillis par

féminité, à la drague en boite, toutes les situations sont évoquées avec un ton alerte et farceur – la comédienne ne fera pas l’économie d’une imitation de Mylène Farmer, l’icône gay…
Le charme particulier de ce spectacle c’est qu’en abordant l’air de rien des sujets aussi prépondérants que l’image des femmes et la sexualité marginale, La lesbienne invisible n’exclut personne. Et Océanerosemarie nous fait passer une soirée merveilleuse.

Il n’y avait pas de spectacle à votre connaissance dans lequel on trouve le mot lesbienne. Pourquoi vouliez-vous faire figurer ce mot ?
Justement pour que les gens s’habituent à le voir, lire, dire ! C’est encore un mot tabou qui met parfois les gens mal à l’aise alors que, objectivement, il n’y a aucune raison…

Quelles répercussions cela a-t-il eu auprès des médias ? (Vous avez évoqué le refus de Fréquence Gaie à faire votre promotion.)
Le réseau gay et lesbien « assumé » a été super et a relayé le spectacle tout de suite (Yagg, Têtu, la 10e muse etc…) mais, avec surprise, j’ai découvert qu’il n’existait aucune « solidarité lesbienne » hors de ce circuit, à savoir que certaines journalistes homo ont même évité de parler du spectacle de peur d’être elles mêmes « catégorisées » (la grande phobie de la « catégorisation », je vois pas trop en quoi ça consiste exactement mais ça a l’air de faire très peur et très mal ouh ouh !) ce qui prouve, là encore, qu’il subsiste beaucoup d’angoisse -et donc beaucoup de choses à faire- autour du coming out chez les femmes homosexuelles sur leur lieu de travail et dans les médias en particulier.

On pourrait donner comme sous-titre à votre spectacle : les lesbiennes ou le malentendu. La protagoniste de La lesbienne invisible est féminine, elle parle librement de ses pratiques sexuelles, parmi lesquelles la pénétration. C’est important de démonter quelques préjugés ?
C’est la démarche initiale de mon spectacle ! Un genre de « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les lesbiennes sans jamais oser le demander », ou, « les lesbiennes expliquées aux hétéros », même si biensûr le projet était aussi de faire une proposition identifiante et réaliste pour les lesbiennes, par une lesbienne, parce que les personnages de lesbiennes dans la fiction sont souvent -mal- écrits par des hétéros.

Cette façon légère d’aborder une image dégradée des femmes qui ne sont pas dans la norme, cela vous relie-t-il au féminisme ?
A partir du moment où une 1. femme 2. seule en scène 3.lesbienne 4.qui parle librement et avec bonne humeur de sa sexualité, monte sur un plateau et déblatère pendant 1h20, c’est objectivement une démarche féministe ! Et elle est revendiquée. Le féminisme en France a 40 ans de retard par rapport à d’autres pays d’Europe. Il est temps de le revaloriser !

A propos de féminisme, êtes-vous sensible aux nouveaux groupes comme osez-le féminisme et à ses influences dans la politique ?
Oui c’est important que ça existe, que les choses bougent.

Quel est le regard de votre entourage (famille etc.) sur le spectacle ?
Ils sont tous fans et venus plusieurs fois chacun ! J’ai la chance d’avoir grandi dans une famille ouverte et intelligente, ce qui a contribué à me donner le courage d’aller au bout de ma démarche sans rougir.

Vous avez fait des études de lettres. La littérature est-elle pour vous une source d’inspiration ?
Pas directement pour les personnages puisque je m’inspire plutôt de situations vécues, mais pour la forme, oui bien entendu. J’aime les longues phrases avec plein de mots dedans qui font que quand on les réécoute on peut entendre un autre jeu de mot, sens ou sous entendu. J’aime quand il y a beaucoup de couches, d’épaisseur, sans doute parce que j’ai aimé étudier la langue française et la littérature, et découvrir des portes dérobées, des mondes cachés derrière les figures de style, les ellipses, et parfois même les tournures grammaticales qui en disent plus long que ce qu’on pourrait croire !…

Vous parvenez à vous diversifier en tant qu’artiste (chanteuse pour Oshen et comédienne). Comment parvenez-vous à concilier ces activités ?
Et chroniqueuse sur le Mouv et scénariste 😉 j’ai été obligée de laisser ma carrière de chanteuse de côté pour l’instant, parce que « La lesbienne Invisible » me prend tout mon temps en ce moment, mais ce n’est pas définitif, j’y reviendrai. J’altèrne, et je cumule quand je peux !

L’expérience dans la chanson enrichit-elle votre expérience de comédienne ?
Oui j’ai tout appris sur scène. Le rythme d’un spectacle, le rapport au public… Même si je n’ai pas été commédienne pendant dix ans de tournée en tant que chanteuse, j’ai quand même appris à raconter des histoires en live, à être en scène. Grâce à Murielle Magellan, en particulier, ma metteure en scène actuelle qui me coachait déjà en tant que chanteuse dans Oshen (depuis 2003).

Un mot sur vos projets. Vous avez déjà une idée d’un prochain spectacle ?
Un film pour le cinéma à partir du personnage d’Océanerosemarie.
Une pièce de théâtre musicale avec deux comédiennes. Une histoire d’amour entre une hétéro et une lesbienne.
En écriture …

Au Festival d’Avignon 2012 du 7 au 28 juillet à 21h30 au PARIS . Durée: 1h20

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