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Une leçon de pessimisme : du pain et des jeux

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Par Nicolas Vidal – BSCNEWS.FR / C’est le genre d’ouvrage qu’il est bon de lire et de conserver précieusement comme une lampe qui saura nous éclairer lorsque nous serons tentés de nous égarer dans le dangereux et sombre empire de l’ignorance. «Psychologie des foules» de Gustave Le Bon est la fois passionnant, édifiant et terrifiant. L’auteur, né au coeur du 19e siècle, était anthropologue et médecin. C’est à nos confrères du Monde et des Éditions Flammarion que nous devons la réédition d’une collection d’ouvrages considérés comme « scandaleux et visionnaires». Des ouvrages qui « ont transformé les consciences, suscité des controverses, fondé des disciplines, et déclenché des révolutions.»
En effet, c’est une grande chance de pouvoir lire ce texte qui peut et devrait « changer notre vision du monde».
Gustave Le Bon livre ici une analyse détaillée de ce que l’on appelle la foule. Il y a d’une part, et bien sûr, l’effet de nombre, mais l’auteur définit ici la constitution et le fonctionnement de masse.
La foule est la négation de la pensée dite consciente selon Gustave Le Bon qui s’empresse de dresser une hiérarchisation des foules et de leurs caractéristiques.
Il est question notamment du fonctionnement et du comportement de la foule dont le sociologue dit que « quelles que soient les idées suggérées aux foules, elles ne peuvent devenir dominantes qu’à la condition de revêtir une forme très simple et d’être représentées dans leur esprit sous l’aspect d’images ». Lorsque l’auteur traite du raisonnement de celles-ci et expose très clairement que les foules sont dénuées de tout esprit critique. Ainsi, il est très facile de faire le parallèle avec Machiavel tant la dialectique semble minutieuse tout autant que cruelle. Il revient sur la très célèbre rhétorique du pain et des jeux, pérenne depuis la plèbe romaine et plus utilisée que jamais.
Plus loin, on voit poindre la conception «du merveilleux et du légendaire » que Gustave Le Bon considère comme «les vrais supports d’une civilisation ». Il explique avec un ton effroyable l’identité et le fonctionnement de la foule qui résonne en nous avec une inquiétante modernité.
Force est de constater qu’il aborde dans cet ouvrage une kyrielle de thèmes qui obnubilent nos hommes politiques et vampirisent les programmes des présidentielles françaises depuis une vingtaine d’années.
Il traite dans un troisième temps des opinions et de la croyance des foules. À cette occasion, il s’appuie sur un exposé édifiant du panurgisme et de la réaction sociale plus que de la réflexion personnelle « Avec des modèles, on guide les foules, non pas avec des arguments ».
Il met en exergue l’idée que certains parviennent à appréhender les foules et deviennent ainsi des leaders et des chefs. Ceux-là n’ont aucun mal par la suite pour manipuler à loisir ces foules notamment par leur prestige acquis « le propre du prestige est d’empêcher de voir les choses telles qu’elles sont et de paralyser nos jugements. Les foules toujours, les individus le plus souvent, ont besoin d’opinions toutes faites. »

S’il n’est pas question pour cette rentrée (aussi littéraire soit-elle) de vous miner le moral, je ne saurais trop vous recommander de vous procurer cet ouvrage. Ce livre est une formidable leçon de pessimisme presque autant qu’un traité de politique sociale.
Gustave Le Bon dresse un constat effrayant de l’humain en tant qu’entité vivante et en décortique les travers les plus inavouables et les plus primitifs.

> Lisez « Psychologie des foules » de Gustave Le Bon

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