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Régis Descott :  » Le polar n’est pas un genre littéraire mineur « 

Propos recueillis par Harold Cobert – bscnews.fr/ À la a fin de votre roman, vous écrivez : « Ce roman est né d’un rêve que j’ai fait il y a environ trois ans : une image avec laquelle je me suis réveillé en pleine nuit et qui très vite m’a semblé receler un potentiel romanesque très fort. » Pouvez-nous nous en dire plus sur cette image et sur ce rêve ?

propos recueillis par

L’image en question représentait un homme avec une tête de rat, rien de plus. Et je n’avais aucune idée de ce qui précédait, mais j’ai très vite été convaincu du potentiel romanesque de cette vision. Que représentait cet être hybride ? Une menace ? Etait-ce moi ? Une personne de ma connaissance représentée sous cette forme par mon inconscient ? Peu importe. Partant de là, je me suis intéressé à la manipulation génétique, seule piste pouvant conduire à ce type de monstre, même si mon roman ne compte aucun homme à tête de rat !

Vos trois thrillers précédents se déroulaient dans l’univers médical, et plus précisément dans celui de la psychiatrie. Les deux premiers se passaient à notre époque, et l’autre, Obscura, au XIXe siècle. Qu’est-ce qui, pour celui-ci, vous attirait dans le genre de l’anticipation ?
Ce n’est pas l’anticipation qui m’attirait en tant que telle. Mais pour rester réaliste, je devais projeter dans quelques années les progrès de la génétique permettant d’aboutir à la création d’êtres hybrides, ce qui, à l’heure actuelle, n’est pas encore concevable.
Cela dit, imaginer une intrigue et le monde dans lequel elle se déroule dans un futur proche est un exercice très stimulant. A ce sujet, il est question dans L’année du rat de catastrophe nucléaire et quelques semaines après sa parution, le roman a été rattrapé par la réalité, avec l’accident de Fukushima. De là à imaginer qu’il s’agit d’un roman prémonitoire…

La fin de votre roman est une fin ouverte. Préparez-vous une suite à L’année du rat ?
La fin est en effet ouverte comme dans la plupart de mes romans car j’aime bien l’idée que les choses ne sont pas figées. L’intrigue est bouclée, mais la vie continue et je laisse au lecteur le soin d’imaginer l’évolution des différents protagonistes.
En ce qui concerne ce roman, au cours de mes travaux de documentation sur le rat, j’ai été frappé par la différence de perception que l’on a de cet animal en Occident, où il est surtout considéré comme un nuisible, et en Orient, où le rongeur bénéficie d’une image souvent très positive (cf. l’astrologie chinoise). Je suis donc parti deux mois en Inde au cours de l’automne dernier avec l’idée d’écrire une suite à L’année du rat. On trouve au Rajasthan un temple dédié au rat, le Temple des rats sacrés qui, selon la légende, abritent les âmes des défunts en attente de réincarnation. Tout un programme donc…

Quelle différence faites-vous entre polar et thriller ?
Comme son nom l’indique en anglais, le thriller est censé provoquer la peur chez le lecteur, ou en tout cas une tension nerveuse liée au suspens. A partir de là, on peut considérer comme thrillers un grand nombre de romans qui n’ont pas forcément grand chose à voir avec une intrigue policière, ce qui est le cas du polar dont le ressort n’est pas la peur mais la mécanique intellectuelle, comme dans les romans d’Agatha Christie, le mystère, l’atmosphère, comme dans ceux de Chandler…

Certains ont tendance à considérer le polar ou le thriller comme un genre littéraire mineur. Qu’en pensez-vous ?
Il s’agit en effet d’un genre, mais quant à le considérer comme un genre littéraire mineur, cela part à mon avis d’une méconnaissance de cette littérature qui compte de très grands chefs-d’œuvre infiniment supérieurs à l’immense majorité des romans de littérature générale paraissant chaque année. Ce jugement de valeur émane souvent de personnes estimant que le principe même de l’intrigue est étranger à la littérature qui n’aurait pas besoin de la « béquille » d’une intrigue policière pour exister. Je laisse la responsabilité de ce type de jugements à ceux qui les émettent.

Y-a-t-il un genre auquel vous aimeriez vous essayer ?
Le roman d’amour ! J’en caresse l’idée depuis des années et je suis enfin passé à l’acte avec un roman sur l’oubli que je suis en train de terminer. Mais au fait, l’amour est-il un genre ?

Que diriez-vous aux lecteurs du BSC News pour leur donner envie de lire votre dernier roman ?
Né d’un rêve, L’année du rat est certainement un livre habité, un livre qui propose une vision du futur, d’un certain futur. Certains l’ont qualifiée de sombre, mais c’est surtout un livre sur l’instinct de survie. Chim’, le personnage principal survit à une rupture sentimentale très douloureuse (l’amour déjà !) et il va devoir survivre à bien d’autres choses. Si l’on se place dans une optique darwinienne, l’homme est un survivant, il est LE survivant, ce qui autorise une vision beaucoup plus optimiste des choses !
Enfin je dirais que c’est un livre dont la conception et l’écriture ont été extrêmement stimulantes et amusantes. Certains lecteurs ont ressenti la même chose en le découvrant.

Aller plus loin : > Lire la chronique du livre
L’année du rat de Régis Descott, éditions JC Lattès, 20€.

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