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Sàndor Màrai : Le roman d’une descente aux enfers magistrale

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr / « Je ne sens aucun goût dans la bouche, je n’éprouve aucun désir. Je crois que c’est déjà une forme de mort. Ca peut encore durer longtemps. Quelquefois, l’espace d’un instant, la vie semble se ranimer mais ensuite plus dure est la chute. Je n’aurais jamais pensé que la mort était une chose aussi bénigne. Ni qu’elle durait aussi longtemps. »

Ce roman nous plonge dans la vie austère d’un homme de 54 ans, professeur de latin dans une classe de terminale. Nous sommes dans une petite ville de la province hongroise dans les années 1910. Enfermé dans sa solitude depuis plus de quinze ans, ne communiquant que de façon très rudimentaire avec ses semblables, cet homme raconte chaque jour, dans son journal intime, les évènements de sa journée, s’interrogeant sur ce qu’il ressent, se remémorant son passé, son enfance, évoquant ses angoisses, sa tristesse lancinante, son manque de confiance en l’avenir…
Il découvre un jour que l’un de ses meilleurs élèves est confronté à de grosses difficultés personnelles et décide, dans un élan de compassion, d’aider ce jeune homme, aussi brillant que pauvre. Mais rapidement, l’empathie va céder la place à une profonde aversion, un mépris qu’il ne s’explique pas, au point de ne plus supporter sa présence et de vouloir l’anéantir. Une haine qui va le ronger en même temps qu’une passion dévorante va peu à peu s’emparer de lui ; un premier amour inattendu, intense et ravageur, qui va précipiter l’homme dans une véritable psychose…
Le style très épuré de Sándor Márai nous plonge dans une ambiance assez glaciale, parfois même dérangeante. L’auteur dresse avec beaucoup de précision le portrait psychologique d’un homme totalement névrosé, détruit par la solitude, et soumis à des émotions violentes qu’il ne parvient pas à contrôler. Un homme pour lequel il est difficile de ressentir de la sympathie ou de l’empathie tant il semble résigné, esclave d’une solitude à laquelle il s’est condamné au fil des années.
« Ceux qui sont en bonne santé le sentent et nous fuient. Ces choses-là surgissent sans même qu’on s’en rende compte. La maladie, le doute ou la solitude. Et cette pudeur. (…) Peut-être, si j’arrivais à me justifier, me pardonneraient-ils, les membres de cette autre société : les gens beaux, jeunes, en bonne santé ? Finalement, ils sont les seuls à avoir raison. Il y a en nous quelque chose d’infectieux. Ce n’est ni le larynx, ni le doute : c’est la solitude qui est contagieuse. Les personnes belles et saines s’en défendent, à leur manière. Vous voyez ? C’est là que réside le plus grand secret : la façon dont quelqu’un s’abîme et reste seul. Il parle dans le vide, on n’entend pas sa voix. On ne le comprend pas. Il prend les mêmes chemins que les autres… mais il n’arrive nulle part. Il marche toujours en rond, toujours autour de lui-même. »
Une descente aux enfers magistralement décrite par la plume de Sándor Márai qui signait ici son premier roman.

Le Premier Amour
Sándor Márai
Editions Le Livre de Poche

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