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Jean Bellorini

Jean Bellorini: metteur en scène d’une adaptation mémorable des Misérables

Interview de Jean bellorini, metteur en scène de la superbe adaptation des Misérables de Victor Hugo/ Propos recueillis par Julie Cadilhac- PUTSCH.MEDIA/ Crédit-photo: Pierre Dolzani/ Ce titre, tempête sous un crâne, met en exergue le moment du débat intérieur de Jean Valjean : la pièce tend-elle toute entière à montrer la difficulté qu’il y a […]

propos recueillis par

Interview de Jean bellorini, metteur en scène de la superbe adaptation des Misérables de Victor Hugo/ Propos recueillis par Julie Cadilhac- PUTSCH.MEDIA/ Crédit-photo: Pierre Dolzani/
Ce titre, tempête sous un crâne, met en exergue le moment du débat intérieur de Jean Valjean : la pièce tend-elle toute entière à montrer la difficulté qu’il y a à être un honnête homme?
Ce titre est évidemment en lien avec ce chapitre – ce débat d’un homme de conscience – mais c’est aussi pour dire que le parcours d’un homme sur terre, c’est souvent une grande tempête dans son coeur, son crâne et son corps.
La compagnie Air de Lune a pour ambition de s’emparer de grands textes, et, sans les dénaturer avec une relecture originale, de montrer combien ils franchissent les époques avec une extraordinaire contemporanéité: quels points communs avec notre vécu contemporain avez-vous souhaité immédiatement mettre en valeur?
L’humanité, la misère humaine qui est malheureusement contemporaine ( des Fantine, on en trouve à chaque coin de rue), la justice – enfin la tentative de justice sociale… bref, toutes ces grandes questions humaines.
Pourquoi avez-vous choisi précisément ce texte d’Hugo? Pourquoi pas un de ses recueils de poèmes par exemple?

Je pense que l’on va d’abord au théâtre pour entendre des histoires et ça fait du bien aussi de se le rappeler.
Quelle vision du texte avez-vous privilégié: l’hymne à l’amour sous toutes ses formes possibles, le plaidoyer social (où l’on accuse la misère, l’indifférence et un système répressif sans pitié), un appel à l’humanité ( pour qu’elle oeuvre pour
Tempête sous un crâne des temps meilleurs)?
Si je résume un peu le montage, la première partie c’est Jean Valjean, sa sortie du bagne et sa renaissance dans la société et on s’arrête au moment où Fantine met au monde Cosette…c’est Jean Valjean le fil rouge tandis que c’est Javert qui domine la seconde partie et on a travaillé à partir de cette question:  » comment réussit-on à vivre quand on a des obsessions? » et on finit le spectacle par le suicide de Javert.
Les misérables d’hier parlent aux pauvres d’aujourd’hui…cette pièce a-t-elle déjà été jouée dans la rue?

Dans ce spectacle, il y a un rapport frontal, direct, le plus immédiat possible avec le public…donc, dans l’esprit, oui, ce spectacle pourrait être joué dans la rue. Après cela représente des contraintes techniques trop importantes pour que ce soit réalisable. Dans le spectacle, deux personnages attendent sur scène et puis ils se rendent compte qu’ils sont regardés par une assistance et ils se racontent une histoire: ce sont des personnages d’aujourd’hui. Et puis, par la parole, la profusion de mots, dans cette logorrhée lyrique et envolée de Victor Hugo, ils deviennent ces personnages d’Hugo. A la base, les comédiens n’incarnent pas un rôle, il n’y a pas eu de distribution préalable. Ils jouent tous tous les rôles.
Vous dîtes qu’il n’y a pas eu de réécriture: vous utilisez donc un narrateur?

Ils sont tous narrateurs de cette histoire. C’est un groupe de gens d’aujourd’hui qui se rend compte que cette histoire est tellement vibrante, qu’elle résonne tellement encore de nos jours qu’ils se mettent à faire cette histoire. Et oui, c’est vrai que souvent les spectateurs, à la fin des représentations, disent que tel comédien incarne plutôt tel personnage … pourtant ils incarnent tous Jean Valjean et ils disent tous, à un moment, « Jean Valjean dit que… ».
Vous représentez donc les combats de l’âme de Jean Valjean entre le bien et le mal ou de Javert entre son respect de la loi sociale et son respect de la loi morale par le biais d’un narrateur…

Plutôt que narrateur, j’emploierais le terme « acteur -poète ». Pour moi, le théâtre naît de la rencontre entre l’imaginaire de l’acteur et l’imaginaire du spectateur. Quand ces deux imaginaires se rencontrent, tout d’un coup, il y a acceptation de théâtre, contrairement au cinéma où l’on a besoin de voir ce qu’on nous dit. Au théâtre, le comédien est chargé d’un univers… c’est de la poésie, ça nous touche.
Victor HugoVictor Hugo, qui pratiquait tous les genres, a-t-il une écriture hybride (à la fois poétique, romanesque et dramatique) passionnante à mettre en scène?
On ne peut pas étiqueter son écriture et c’est ce que j’aime. On a d’ailleurs mis deux ou trois poèmes mis en musique dans le spectacle, des extraits des Contemplations notamment.
C’est un projet qui semble très ambitieux: représenter sur scène la quintessence d’une oeuvre à la fois réaliste et épique, aux enjeux historiques, sociaux, philosophiques…est-ce pour cela que le verbe seul habille la scène?

Bien évidemment. C’est dans les contraintes qu’on trouve les plus belles libertés. Lorsqu’un personnage à la fin de la pièce évoque le suicide de Javert, il est chargé de Jean Valjean, de Cosette et d’autres personnages qu’il a défendus précédemment et cela crée une complexité, une humanité très importantes contrairement à ce que provoquerait une répartition du genre  » le méchant c’est Javert »,  » le gentil c’est Valjean »… ces mélanges, à l’intérieur d’un même comédien, sont justes je pense.
Si vos comédiens n’embrassent pas le rôle d’un de ces personnages romantiques…comment avez-vous donc travaillé ce texte? par des jeux d’improvisation? par des relectures collectives?
On travaillait par morceaux mais je me souviens que j’ai souvent dit  » pensons-le comme une chanson »…. comme si l’on interprétait une chanson.
Ce torrent de mots est-il confortable assis dans un strapontin? Comment rompre avec une musicalité et une rythmique romanesque qui peut-être lassante pour le spectateur car moins adapté au plateau?

La force de cette langue est d’être complètement musicale. On a coupé des passages évidemment. Mais ce qui est fascinant dans le théâtre, c’est la difficulté , tout d’un coup, d’exprimer exactement ce que l’on a dans le coeur. Pourquoi Victor Hugo écrit 50 pages sur un détail, c’est ce que l’on peut appeler le drame de l’animal parlant …au théâtre, la parole naît de ce drame-là. Il y a un tel décalage entre ce qu’il y a à l’intérieur de nous, la manière dont on l’exprime, la manière dont l’interlocuteur l’interprète… la parole chez l’acteur naît de ce fossé immense: cette volonté de toucher et que ça corresponde à une vérité….et il n’est donc jamais satisfait de ce qu’il exprime, c’est infini comme démarche. La grandeur de cette oeuvre hugolienne vient aussi du fait que l’on n’arrive jamais à exprimer exactement ce que l’on souhaiterait et c’est donc aussi pour cela que ce spectacle dure trois heures et demie.Dans cette adaptation, je voulais évidemment raconter le fil narratif de la façon la plus claire et la plus simple possible mais ne pas non plus en faire un digeste pour éditions d’enfant. Il y a des moments que l’on pourrait raccourcir mais en même temps cela dénaturerait cette force lyrique, cet équilibre entre le sens et les sens.
Au Printemps des Comédiens les 17 et 18 juin 2011 à 22h A Sortie Ouest, Béziers les 13,14 et 15 octobre 2011 Au Théâtre de la Croix Rousse ( Lyon) du 31/01 au 5/02 2011
Au Théâtre du Nord ( Lille, Tourcoing) du 8 au 16 février 2012

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