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Un livre sur les SDF qui hantera longtemps votre esprit

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Par Mélina Hoffmann – BSCNEWS.FR / « Tout continue et recommence sans cesse, différent et pourtant à l’exact identique. Mendier. Dormir. Se laver. La date des journaux. Déféquer. Bouffer. Boire. Dormir. Rester propre. Penser à Claire. Ne pas crever. (…) Hier ressemble à aujourd’hui, et demain à hier. Avenir et passé s’effondrent et agonisent dans un présent sans fin. »

Philippe Lafosse est cadre dans une entreprise. A 27 ans, il est le papa d’une petite Claire de six ans et demi, sa princesse comme il l’appelle souvent. Une existence normale, « banale » oserait-on dire… Jusqu’au jour où sa femme, dont il est divorcé depuis trois mois, le met à la porte. Dans le même temps, son CDD n’est pas renouvelé.
Du jour au lendemain sans toit ni travail, Philippe n’a plus que ses petites économies dans lesquelles il puise pour se loger et subvenir à ses besoins primaires. Mais lorsque son compte arrive à sec et que le seul ami à qui il ose demander de l’aide la lui refuse, c’est la descente aux enfers pour Philippe qui n’a alors plus d’autre choix que de dormir dans la rue et mendier, non plus pour vivre, mais pour tenter de survivre. En quelques jours à peine, Philippe est devenu un SDF, de ceux dont on croise la route tous les jours, le plus souvent dans une tragique indifférence. Il découvre le monde de la rue, son inconfort, ses dangers, ses règles, ses hivers rudes, son désespoir, sa solitude.
« – Excusez-moi madame, il me manque un euro pour pouvoir manger… Excusez-moi monsieur…
Regards aveugles, mouvements de tête négatifs, haussements de sourcils, soupirs agacés, bougonnements, mains levées comme un mur invisible ou une barrière infranchissable. »

Et puis, un soir, au détour d’une rue sombre, une rencontre inattendue va mettre un peu de poésie dans sa triste existence et l’aider à trouver l’espoir et le courage de s’en sortir…
Bouleversant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire ce roman – au titre et à la couverture aussi poétiques qu’énigmatiques – qu’il est impossible de lire sans avoir au moins les larmes aux yeux ! Harold Cobert nous dresse ici le portrait poignant d’un homme qui, en quelques jours à peine, voit sa vie basculer d’une façon qu’il n’aurait jamais pu envisager. Un récit dur, brutal, parsemé de touches de tendresse et de poésie. D’optimisme aussi.
On enchaîne les courts chapitres qui se succèdent sans plus pouvoir s’arrêter, la gorge nouée, le coeur serré.
La plume d’Harold Cobert est d’une incroyable efficacité, sobre, sans fioriture, échappant habilement au voyeurisme tout en étant précise et réaliste. Car au-delà de l’aspect romanesque, il est bien question dans cet ouvrage d’une triste réalité, celle d’hommes et de femmes bien trop nombreux face auxquels nous avons adopté le réflexe de baisser les yeux. Des être humains dans une profonde et inacceptable détresse, que la rue dépouille lentement de leur humanité.
On peut espérer de ce récit qu’il nous aide à changer notre regard sur cette misère humaine, en nous rappelant que derrière chacun de ces SDF dont nous croisons quotidiennement la route, il y a avant tout un homme ou une femme, respectable, avec son histoire, ses douleurs personnelles. Et alors, si nous ne pouvons leur faire don de quelques pièces, peut-être oserons-nous au moins leur offrir un regard, un sourire, car il n’est pas seulement question d’argent, c’est aussi de l’humanité et de la considération qu’ils mendient. De l’espoir.
A-t-on vraiment le droit de leur refuser ça ?…
Un livre qui, une fois refermé, hantera encore longtemps votre esprit.
Un hiver avec Baudelaire
Harold Cobert
Le Livre de Poche

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