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Pour la vie: le récit de ceux qui ne voulurent pas être séparés par la mort

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Par Julie CadilhacPUTSCH.MEDIA/ Comment éviter que la Faucheuse ne sépare deux êtres qui se sont aimés pendant plus de cinquante ans? Voilà l’inquiétude d’Edith et Fernand, un couple d’octogénaires qui ne peuvent se résoudre à supporter la solitude que laisserait la disparition de l’Autre tant aimé. Alors, ensemble, ils décident un jour de se jeter sous un train. Aux autres de la maison de retraite des Coquelicots, ils laissent un message positif: «  Ne soyez pas tristes. Nous, nous sommes heureux d’être unis pour toujours. » A partir d’un fait divers bien réel, Jacky Goupil et Claudio Stassi narrent l’amour exceptionnel de deux êtres d’une grande simplicité. On y apprécie un scénario qui utilise savamment l’ellipse, un texte percutant et riche de références culturelles, et un trait qui dessine avec beaucoup d’émotion le quotidien d’une pension de retraite. L’histoire de Fernand et d’Edith , c’est aussi l’occasion de revivre l’Histoire, des années 50 jusqu’à aujourd’hui. Plaisir de s’asseoir à leur table, quelque part dans l’Ain, de les écouter nous raconter la cocotte-minute révolutionnaire qu’ils ont reçue le jour de leur mariage, leur participation à la cause de l’Abbé Pierre en invitant à leur table un sans-abri, leur admiration pour Edith Piaf et pour Brassens, leur consternation à la mort du Général de Gaulle et leur enthousiasme lors de l’élection de François Mitterrand…bref, le temps de cent-vingt pages, Fernand et Edith deviennent des grands-parents de substitution, de vieux amis pleins d’expérience et de tendresse, des êtres aux mains ridées que l’on a envie de serrer très fort et de rassurer. Pour la vie n’est absolument pas une histoire triste même si la mort y pèse comme un couvercle. On y trinque, on y rit, on y danse et on se rappelle que les souvenirs sont des compagnons qu’il faut transmettre ou écouter parce qu’ils sont précieux. A la pension des coquelicots, on croise d’ailleurs une Mademoiselle Jeanne qui a perdu son Gaston gaffeur et qui ne peut s’empêcher de continuer à aimer les êtres maladroits. Certes,on baigne dans une atmosphère empreinte de nostalgie mais qui donne davantage envie de fredonner de vieux refrains que de pleurer sur un présent qui désespère.
Pour la vie est l’occasion charmante, aussi ,de découvrir une adaptation de La mort des Amants de Charles Baudelaire façon Fernand et Edith. N’en disons pas plus…emparez-vous de cette tranche de vie poignante. Cela vous donnera peut-être l’idée de profiter, si vous avez encore la chance d’en avoir, de ces aïeux formidables qui disparaissent toujours trop vite en emportant avec eux des trésors que l’on a gâchés faute d’attention et de temps à partager…
Titre: Pour la vie Auteurs: Stassi/ Goupil Editions: Casterman Parution: le 13/04/11 136 pages Prix: 14 euros

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