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Existe t-il une philosophie féminine ?

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Par Sophie Sendra – bscnews.fr / La philosophie est une activité de réflexions sur les problèmes du monde. En ce mois d’avril 2011, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne sait plus où elle doit jeter son regard.
J’avais pensé parler d’un sujet, puis d’un autre et encore d’un tout autre. En ce début de page blanche, le choix fut difficile. Il faut en faire un et se contenter de regretter la mise à l’écart forcée d’une Idée, d’un thème.
J’ai donc décidé de ne pas choisir, mais de vagabonder au gré de ces sujets qui s’exposèrent à moi durant ce printemps de tous les dangers.

Chercher la Femme

Lorsque l’attention se porte sur moi lors de la journée de la femme, je ne sais pas quoi penser. Certainement parce que je ne « pense » pas le genre humain comme s’il était scindé, morcelé en plusieurs différences, au point qu’il faille les distinguer, les fêter. Cela résonne – ou raisonne – comme s’il était possible qu’il y ait une fête des personnes « brunes », ou la fête des « personnes d’1m70 ». Que nous soyons encore à fêter un « genre » particulier montre à quel point le genre humain dans son ensemble stagne.
D’un autre côté cela permet de rappeler que toutes époques confondues, toutes civilisations confondues, toutes religions confondues, toutes cultures confondues la Femme est toujours en première ligne des discriminations quoi que certains disent, pensent, écrivent ou clament ici ou là.
Cela me mène à me poser une question purement « existentielle », celle de savoir s’il existe une différence littéraire ou philosophique entre les hommes et les femmes ? Peut-être une différence d’approche ? Je vais tenter de répondre à ces questions au travers de plusieurs lectures qui m’ont été données.
Le premier ouvrage s’intitule Roomie de Candice Nicolas (Éditions BSC Publishing, 2010). Pérégrinations d’une jeune colocataire qui expose, sous forme d’un journal intime, les « merveilleuses » aventures que l’on peut connaître lorsqu’on vit en groupe.
A la fin de cette lecture deux impressions sont possibles : soit vous pensiez vous mettre en « coloc’ » et cela peut vous en dissuader, soit vous le vivez et cela peut vous rappeler des épisodes croustillants et drôles d’un vécu qui fait écho. La façon dont cela est narré aurait-il été le même si cela avait été écrit par un jeune homme ? Sans doute pas. Pour la simple et bonne raison que les détails énumérés, les descriptions des personnages, les petits travers et les petites vengeances sont purement féminins (notamment la toute fin de ce récit épique).
A la suite de cette lecture, j’ai découvert un tout autre ouvrage, celui d’une jeune allemande dont L’Express parle en la qualifiant de « Sagan berlinoise ». Axolotl Roadkill de Helene Hegemann (Éditions Le Serpent à Plumes, 2011) n’est pas à mettre entre toutes les mains.
Hasard ou coïncidence, ce dernier est également une sorte de « journal intime » (qui ne prend pas la même forme, mais qui présente également les « pérégrinations » d’une jeune femme). Certes, le talent existe bel et bien. Certes, à 16 ans cette jeune femme expose ici une belle maturité d’écriture, d’analyse de situations parfois pénibles, parfois même difficiles à imaginer pour le lecteur. Certes, certaines descriptions scéniques ont un côté cinématographique par les détails.
Mon regard est sans doute biaisé par mes lectures antérieures, mais j’ai eu parfois l’impression d’avoir un « déjà vu » (plutôt qu’un « déjà lu » qui serait plus problématique). En effet, il existe dans l’ouvrage de Helene Hegemann un côté « masculin » qui me rappelle Les Nuits Fauves de Cyril Collard (Éditions J’ai lu, 1991) ou encore Junky de William Burroughs (Éditions 10/18, 1998). Certaines situations sont similaires, certaines descriptions ne semblent pouvoir être vécues que par un homme (drogue, sexe brutal etc.). On a du mal à imaginer une jeune fille. Sans doute est-ce parce qu’il y a une accusation de plagiat et que l’auteur-blogeur serait en réalité un certain Airen. Tant est si bien que ma question de départ ne peut être que troublée par ces lectures. Une genre « féminin » en littérature ? Sans doute. Mais peut-être faut-il encore lire pour en avoir un exemple probant.

Trouver la Femme

En philosophie, la femme est peu présente. J’ai attendu le début des années 90 pour découvrir la première femme-professeur à l’Université. Étrangeté qui me rappelait qu’effectivement il n’y avait pas de femme en face de moi depuis le début de mon cursus. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que c’était un milieu d’hommes. Difficile prise de conscience de découvrir que la philosophie est considérée comme une matière masculine. Heureusement, cela a changé depuis et on découvre ou redécouvre des Hannah Arendt, des Simone Weil, des Sylviane Agacinski, des Élisabeth Badinter.
En ces temps troublés, il faut sans doute regarder le monde différemment. Du point de vue de la femme peut-être, cela changerait un peu. Sujet masculin, auteure féminine, philosophie transversale : un seul nom Avital Ronell. Philosophe américaine, professeur à l’Université de New York, représentante de la « French Theory », de la déconstruction et de la rhétorique dans sa signification la plus profonde.
Une réelle bouffée d’air dans un monde philosophique trop académique par ses sujets, ses thèmes. Lignes de front (Éditions Stock, 2010) est l’analyse de la mécanique de la guerre (du Golfe), de ses origines possibles, lecture au combien d’actualité étant donné les événements qui se déroulent au Moyen Orient.
Stupidity (Éditions Points, 2008) est également pleinement du temps présent puisqu’il expose les différentes définitions de la bêtise au travers de la question Politique. Il faudrait sans doute commander à l’auteure un ouvrage intitulé pour la circonstance « Suppléments », puisqu’on constate qu’économiquement ça n’est pas la sécurité des populations qui prévaut, mais l’implantation de « machines » infernales dont on a oublié un seul élément : un bouton marche-arrêt. Pathétique de bêtise.
En quelques mots, Avital Ronell : une Philosophie Majuscule qui rafraichit l’idée que l’on s’en fait habituellement.

S’il fallait conclure

Je n’ai toujours pas pu répondre à mes interrogations. Existe-t-il une littérature féminine ? Une philosophie féminine ? Il existe très certainement une façon particulière d’envisager l’écriture, les thèmes, le traitement des sujets, mais il ne faudrait pas que les femmes se mettent à copier des écritures masculines qui ne sont pas les leurs afin de vouloir défendre une certaine idée de l’égalité.
C’est dans les grandes différences entre les individus que l’on reconnaît sa propre humanité. On confond souvent l’égalité en Droits et la différence.
Les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes et les hommes doivent accepter d’être en fait tous les mêmes !
Non, je plaisante, ils sont justes un peu différents….
Crédit Photo Hélène Hegemann © Céline Nieszawer

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