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Les éditions des Braques : entre partage des cultures et modernité

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Interview de Vincent Farges, illustrateur pour les éditions des Braques/ Propos recueillis par Julie CadilhacPUTSCH.MEDIA/ Votre romance avec le dessin a commencé très tôt? J’ai des souvenirs de couleurs qui remontent à la maternelle. Puis j’ai passé toute ma scolarité à gribouiller sur des coins de feuilles. Ça amusait la galerie mais avec le recul il n’y a pas grand-chose à en retenir. Créer est devenu un processus vital lorsque j’ai retrouvé, après quelques années en arts plastiques, la spontanéité et l’insouciance de mes dessins d’enfant…
Comment avez-vous été ensuite adopté par les Editions des Braques? Illustrateur et créateur de films d’animation: ces deux activités réunies ont fait de vous un bon candidat à l’adoption? Depuis 6 ans maintenant, je fais partie du studio graphique de Tralalere, ils sont à Paris et moi dans la région d’Agen mais ça fonctionne bien… Nous avions travaillé sur l’adaptation de contes traditionnels sous la forme de films d’animation. Sur ce projet, j’étais à la fois graphiste, animateur et réalisateur, c’est un mode un peu autarcique mais qui me procure une grande liberté. Et puis Tralalere a co-fondé les Editions des Braques avec Victorie Music et Productions Mary-Josée (2 producteurs de musique jeune public) et a choisi d’éditer ces films d’animation en sortant des livres-DVD. Moi j’avais toujours rêvé de jouer dans la cour des livres illustrés, ils le savaient, alors ils m’ont proposé de travailler sur les livres. Graphiquement, ce sont deux modes de narration différents qui nécessitent de retravailler le découpage du texte et de refaire certains dessins. J’ai repris mes crayons, mes feutres, mes pinceaux, mes tissus… et je me suis lancé !
A chaque livre s’ajoute un DVD avec le film d’animation du conte et la possibilité d’écouter le conte en français et dans la langue du pays évoqué. L’objectif des livres auxquels vous avez contribué est-il volontairement pédagogique ? Le partage des cultures est-il la clé de voûte des Editions des Braques? Difficile de parler à la place des Éditions des Braques. La pédagogie n’est pas mon fort. Ici d’ailleurs, on peut peut-être plutôt parler de transmission que de pédagogie… Pour ma part j’essaie juste de faire des images du mieux que je peux, et de ne pas m’enfermer dans un style.

Parlons d’abord de La princesse Orgueilleuse… qu’est-ce qui vous a séduit dans ce récit?La princesse orgueilleuse La chute du conte, brute, sans broderie, inattendue… une chute qui ne ressemble pas à celles des contes européens. J’ai aussi été séduit par l’opportunité de dessiner une princesse africaine.
Quelles techniques picturales avez-vous utilisé pour représenter cette jeune femme et son univers? J’aime bien jouer avec les déformations des corps. Le trait qui dessine la princesse est un peu maniéré, et reflète, je l’espère, son caractère capricieux. L’univers qui entoure les personnages est résolument abstrait. J’ai fait des aplats de couleur avec des feutres usés que j’ai « composés » ensuite sur ordinateur.
Connaissez-vous le Mali? Y avez-vous voyagé? Non. Je ne connais aucun pays d’Afrique noire.
Qu’avez-vous voulu surtout montrer de la culture de ce pays dans vos dessins? Avant de commencer l’illustration j’ai beaucoup regardé les masques, les tissus, les sculptures, l’architecture aussi, du pays Dogon au Mali. Mais je n’ai pas cherché à être figuratif, c’était une manière de m’imprégner de l’ambiance visuelle du pays, et je l’ai digéré à ma façon.

Vous êtes-vous inspiré de peintures maliennes? Non, pas vraiment. En revanche je me suis un peu replongé dans Rothko avant de faire les grands aplats de couleurs dont je vous ai parlé.
Avez-vous particulièrement travaillé sur les couleurs? En effet il semble que le vert et le bleu deviennent des couleurs chaudes sous votre pinceau… Il est difficile de décoder l’impression que procurent des associations de couleurs et de matières. Mais oui, j’attache beaucoup d’importance aux couleurs et cela reste assez intuitif. Un petit grain de sable rose électrique sur un fond vert peut changer toute l’impression que vous aviez de ce fond avant le grain de sable.
La fourmi et le roi SalomonVous avez aussi illustré La fourmi et le roi Salomon: avez-vous échangé avec Mamadou Sall avant, pendant ou après la création de vos illustrations? Comment les a-t-il perçus? Je ne me rappelle plus comment cela s’est passé. Je n’ai pas eu de retour direct de Mamadou, mais j’imagine qu’il avait vu les essais graphiques et que cela lui avait plu.
Est-ce la morale de ce conte qui vous a charmé ? Est-ce plutôt la possibilité de travailler avec une autre façon de conter, des rituels et des thèmes propres à une culture d’Afrique de l’Ouest? La formule de clôture du conte « le conte est fini, le premier qui respire ira au paradis » est charmante et je crois que c’est la première chose qui m’a marqué. Quant à l’histoire je l’ai trouvée intelligente.
Quels ingrédients magiques avez-vous rapporté de là-bas pour l’ajouter au dessin…que symbolisent-ils pour vous? C’est un ami qui m’a ramené un peu de matière. Du sable du désert de Mauritanie, des melhfas (des voiles que portent les femmes du Sahara), quelques photos du désert… et un livre de sorcellerie dont je me sers pour que les gens apprécient mon travail !
Qu’est-ce qui vous a marqué en Mauritanie? Avez-vous rencontré un Salomon, croisé quelques fourmis sages qui vous ont inspiré? Je n’ai croisé ni Salomon, ni fourmis, je ne suis d’ailleurs jamais allé en Mauritanie. J’ai eu une heureuse expérience en Argentine avec un renard, mais le petit prince n’est pas le sujet ici ( sourire)
La création du film d’animation est-elle un peu, pour l’illustrateur, l’accès au paradis? J’ai été animateur avant d’être illustrateur. Les deux me donnent du plaisir. Ce que j’aime dans l’animation c’est l’association de couleurs et de formes toujours en devenir. L’image fixe me permet d’avoir un trait plus libéré quand il s’agit de dessiner des personnages.
Pour La fourmi et le roi Salomon et la Princesse Orgueilleuse, vous avez travaillé avec des musiciens…la musique et la voix des instruments d’un pays influencent-elles le dessin ou influencent-elles plutôt les mouvements que l’on confère au dessin dans le film d’animation? Pour La fourmi et le roi Salomon j’ai travaillé avec un ami, Cyril Douai (membre du groupe « The Chase ») qui est de Montpellier. Nous avons commencé à travailler en amont, dans un premier temps, il a fait le thème de la musique, puis j’ai animé le conte et enfin il a peaufiné sa musique à l’image.
Enfin…avez-vous un projet en cours aux Editions des Braques? Pouvez-vous nous en parler un peu ? Je viens de terminer « Les Moitiés », qui est un conte haïtien dit par Mimi Barthélémy.. Ce sera un livre fourni avec un dvd sur lequel il y aura le film d’animation du conte ainsi qu’une interview de Mimi et aussi d’autres surprises . Actuellement je travaille sur les illustrations de « L’Arbre à Musique », une histoire écrite par Jacques Haurogné et Xavier Lacouture autour de chansons de Francis Lemarque. Le texte raconte l’histoire d’un jeune enfant juif qui doit se cacher pendant la guerre et s’invente un endroit magique pour s’évader…

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