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Gaston Bellemare : le bilan anorexique de visibilité du livre québécois

Par Aline Apostolska – BSCNEWS.FR / Littérature française et Littérature québécoise : dialogue de sourds ou partenariat à développer ? À vous d’apporter vos conclusions au travers de cette interview, longue et très renseignée, d’un acteur important, et pluriel du monde littéraire et éditorial québécois, Gaston Bellemare qui a répondu à nos questions, parfois difficiles, […]

propos recueillis par

Par Aline Apostolska – BSCNEWS.FR / Littérature française et Littérature québécoise : dialogue de sourds ou partenariat à développer ? À vous d’apporter vos conclusions au travers de cette interview, longue et très renseignée, d’un acteur important, et pluriel du monde littéraire et éditorial québécois, Gaston Bellemare qui a répondu à nos questions, parfois difficiles, sans langue de bois.

Nous nous croisons depuis plusieurs années à diverses occasions et à divers titres de la vie littéraire québécoise et canadienne dont vous êtes depuis longtemps, un membre édifiant, actif et incontournable. Fondateur du Festival International de Poésie de Trois-Rivières, de réputation mondiale depuis près de trente ans, co-fondateur et éditeur de la maison Écrits des Forges, poésie internationale, pendant 37 ans, organisateur d’évènements de poésie, autour de revues et de spectacles, président de l’ANEL (Association nationale des éditeurs de livres), membre du Conseil d’administration de BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) et membre de la Commission du Droit du Prêt Public où nous siégeons ensemble. Grand voyageur au long court car toutes ces casquettes se font aussi au gré de voyages dans le monde entier pour rencontrer auteurs, éditeurs et institutions gouvernementales. En somme, défenseur de la littérature et des auteurs, vous avez maintenant pris votre nouveau bâton de pèlerin pour dénoncer la loi C-32 que le gouvernement conservateur fédéral actuel voudrait faire passer au Canada. De vous on dit sans blaguer que vous « savez tout sur tout concernant les livres au Canada comme ailleurs »… Ma première question est non pas « trouvez-vous le temps de dormir » avec tout ça, mais est-ce cet intérêt engagé est le résultat d’une vocation de jeunesse ? Comment avez-vous débuté dans le monde des livres, par quelle porte et avec quelle vision ?

Très jeune, par la porte de la lecture de Terraqué et de d’autres poèmes de Guillevic dont je suis devenu un des éditeurs, plusieurs années plus tard. Celle de Ode au Saint-Laurent (1963) du poète Gatien Lapointe avec qui, en compagnie de 3 autres personnes, nous avons fondé Écrits des Forges, en 1971 et celle de l’Homme rapaillé de Gaston Miron (1970), 2 titres que je relis encore. Sans oublier la création du Ministère de la culture du Québec, au début des années 60, qui a dynamisé ma volonté d’œuvrer dans le monde culturel.

Dans notre société nord-américaine nettement aveuglée par le verbe avoir – avoir toujours plus – j’ai toujours ressenti profondément le besoin – comme le peuple québécois entêté d’exister – d’être, et d’être profondément d’abord, sachant que ce sont les émotions et non les avoirs qui rendent les humains heureux ou moins heureux. J’ai donc choisi ce verbe pour définir et bonifier mon existence. Or être est justement le verbe clé des poètes et de la poésie. Il questionne sans cesse, via la voix des poètes, les trois seuls mots importants de ce monde : la vie, l’amour, la mort. La poésie et moi : même territoire intérieur.

Le Québec en 40 ans a effectué une véritable révolution culturelle, notamment dans le développement et la diversité de sa littérature. Comment l’analysez-vous et que diriez-vous de cette évolution aujourd’hui ? Est-elle toujours en croissance pertinente, en quantité, et en qualité ?
La diversité et le développement de la littérature d’un pays suivent la production et le cheminement en création de ses auteurs tant connus, reconnus que débutants. Le Québec et sa littérature sont le reflet très exact de ses auteurs. Plusieurs ont cette faim insatiable d’explorer et tenter de dire toujours plus minutieusement leurs vécus réels ou imaginaires de la condition humaine et l’indicible de la vie. Leur écriture fait voir également cette croissance intérieure. D’autres, réécrivent le même niveau d’émotions dans un nouveau livre. Plusieurs, par contre, cessent d’écrire. Il y a au Québec, comme dans tous les ailleurs, des lecteurs de divers niveaux de qualité pour chaque livre. Oui, notre littérature et notre industrie de l’édition sont en croissance qualitative et quantitative. Mais avons-nous une population suffisante de lecteurs et de critiques et la visibilité médiatique requises pour engendrer la reconnaissance internationale de nos écrivains ? Quelques-uns de nos écrivains bénéficient déjà de cette reconnaissance. Combien d’écrivains – et depuis combien d’années — sont actifs en France, en Belgique, au Danemark, en Norvège ou en Finlande ? Quel pourcentage d’entre eux a atteint cette reconnaissance internationale ? Il faut combien d’écrivains dans un pays pour qu’un seul atteigne ce niveau ? C’est un par combien et sur combien d’année ? Notre édition et notre littérature sont âgées de plus ou moins 50 ans. Soyons patients et mûrissons encore.

Quels en sont aujourd’hui les freins et les problèmes identifiés et quelles perspectives de solution verriez-vous ?
Le principal frein au développement de notre littérature est le bilan anorexique de visibilité du livre de littérature québécoise. Visibilité dans les médias importants, sauf Le Devoir, Vous m’en lirez tant, le dimanche après-midi, à la radio de Radio-Canada, quelques reprises et émissions originales présentées par le Canal Savoir et une ou deux des trois pages du Cahier Week-end du Journal de Montréal, reprises dans les autres journaux de Quebecor Média. L’année où Montréal fut la Capitale Mondiale du livre, la visibilité au livre québécois donnée généreusement par ce groupe s’est traduite par une augmentation des ventes de 60 M $. Une anorexie de visibilité dans les médias n’engendre pas un surpoids de visibilité dans le système de diffusion et de distribution. Le Ministère de la Culture du Québec, la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles), le CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec), le Conseil des Arts du Canada (CAC), les auteurs et les éditeurs québécois veulent une littérature québécoise forte et lue. Mais nous comprenons, même si c’est au dépends de nos auteurs et de notre marché de l’édition, que la diffusion et la distribution se doivent d’être rentables. C’est pourquoi, la littérature de France et étrangère traduite en France « accompagnent » lourdement la littérature québécoise dans la caisse des diffuseurs et des librairies. Le Québec édite annuellement entre 5 000 et 6 000 nouveautés. La France en exporte ici, de 35 000 à 45 000. Il y a donc mathématiquement en librairies 1 nouveau titre québécois pour 7 à 9 nouveaux titres de France.

Mais quel pays sait mieux vendre sa culture que la France ? Aucun. La France – population de 60 millions de personnes — reçoit annuellement 90 millions de touristes en axant sa publicité sur sa culture. Les 33 millions de citoyens canadiens n’accueillent que 11 millions de touristes. Ici, la publicité n’est pas axée sur la culture canadienne mais bien sur les grands espaces. Les inhabités, nécessairement. Difficile de faire connaissance avec notre culture. La France est millénaire. Le Canada a 145 ans. Manque d’expertise flagrant : le Canada ne réalise pas que dans les villes – de Trois-Rivières à Toronto, Montréal et Vancouver – c’est la culture qui remplace la nature.

Enfin, la France soutient financièrement l’édition nationale avec comme critère de base, la francité de l’éditeur. Le Canada soutient l’édition nationale avec comme critère de base, la canadianité de l’auteur. Voilà pourquoi un pays officiellement bilingue ne soutient pas les éditeurs qui aimeraient, comme les éditeurs français vivant dans un pays unilingue, être soutenus financièrement pour traduire les grands auteurs d’autres pays. Cette traduction des grands auteurs permet de traduire leurs processus de création. Et ce sont les auteurs-traducteurs de France qui en bénéficient.

Est-ce que notamment, selon vous, la littérature québécoise est suffisamment défendue parmi la littérature francophone au Québec, littérature francophone voulant dire de fait la littérature française ?
La France est, dans l’histoire du monde occidental, un des grands pays de littérature qui s’appuie sur plus de mille ans d’histoire et de création. Les Québécois francophones, jusqu’à tout récemment, compte tenu du si peu de livres québécois, ont toujours lu la littérature française en la faisant, par défaut, leur littérature nationale. Elle fait encore partie de tous les niveaux d’enseignement collégial et universitaire de même que de la formation des enseignants et des professeurs (aux trois cycles universitaires). Pour ces derniers, il est donc logique que les professeurs, les libraires, les diffuseurs, les écrivains et les lecteurs qu’ils ont formés continuent de la fréquenter et d’en faire la promotion. Au Québec, les prix littéraires et les palmarès de vente se déclinent toujours en double nationalité : — sauf pour la poésie, qui elle est nationale — Prix du meilleur roman québécois et du meilleur roman étranger (comprendre de France). Ainsi pour l’essai. Le Devoir comme Livre d’ici font hebdomadairement état des ventes de livres québécois et de livres étrangers (comprendre encore de France). Les prix littéraires français (Grand Prix de l’Académie Française, Prix Femina, Prix Goncourt, Prix Interallié, Prix Médicis, Prix Renaudot, Goncourt des lycéens, etc.) font souvent partie des manchettes tant lors des bulletins de nouvelles télé, radio que dans les rares pages littéraires des quotidiens et revues spécialisées. Les livres lauréats nichent longuement dans les vitrines des librairies, les quotidiens, les revues et les piles savamment orchestrées avec parfois un pourcentage plus élevé de remise, près des caisses. Très très peu de prix littéraires canadiens et québécois reçoivent cette visibilité et ce soutien à la mise en marché.

La littérature québécoise n’a pas le soutien financier ni la visibilité de notoriété équivalents à ceux de la littérature de France tant en France qu’au Québec et tant dans les médias, aux heures de grande écoute, que dans les quotidiens, les revues spécialisées et tous les niveaux d’enseignement. La littérature québécoise, même si elle a beaucoup progressé depuis les 40 dernières années, a encore une trop grande dépendance de comparaison et de filiation avec celle de France. De fait, il n’existe qu’une seule revue qui ne parle que des livres québécois : Lettres québécoises. Sa continuité et celles de toutes les petites revues culturelles québécoises viennent d’être mises en danger par le ministre du Patrimoine canadien qui a décidé de ne soutenir financièrement que les revues se vendant à plus de 6 000 exemplaires. Donc, celles qui n’en ont pas besoin. Où publiera la relève sans revue ?

Un jour, que j’espère plus proche que lointain, cet « accompagnement à la caisse » diminuera graduellement et la littérature de France sera normalement au Québec une littérature étrangère comme celle des États-Unis, de la Suisse, de la Norvège et celle du Québec prendra la place qui lui revient : celle de littérature nationale. Le livre québécois a gagné 40 parts de marché au cours des 40 dernières années. Nous faisons 45 % du chiffre des ventes de livres au Québec et 51% des ventes pancanadiennes de tous les éditeurs inscrits aux programmes de soutien du ministère du Patrimoine canadien. Mais la France nous aime jusqu’à nous rendre la vie difficile parfois avec 55% du chiffre des ventes au Québec et entre 7 et 9 nouveautés contre une, annuellement, dans nos librairies.

Si la littérature francophone envahit les librairies, bibliothèques et médias québécois, la littérature québécoise et francophone canadienne ne peut toujours pas trouver une place en France. Il faut une co-édition ou deux contrats territoriaux distincts (un pour le Québec avec un éditeur québécois et pour la France avec un autre éditeur) pour que les auteurs d’ici soient présents dans les librairies françaises. Pourquoi cette situation n’évolue-t-elle donc pas ? Comme éditeur et comme spécialiste comment l’analysez-vous et que suggérez-vous ?
En France, la littérature québécoise qu’on appelle canadienne – comme notre passeport — occupe normalement l’espace qui est normalement dévolue aux littératures étrangères. Même les diffuseurs qui sont de propriété française totale ou partielle et qui opèrent tant au Québec qu’en France ou d’autres qui ont des accords de diffusion réciproque avec des diffuseurs de propriété québécoise ne font pas plus que le travail requis pour la garder dans son statut normal de littérature étrangère.

Pour devenir un auteur connu ou reconnu en France, il existe trois façons : a) celle de Anne Hébert : s’y installer et y vivre et être perçue comme « française » ou b) s’adresser directement au public français dans le maximum de petits salons (oui, hors Paris) du livre et événements culturels ou c) conclure des accords de coédition avec des éditeurs français (ex. :Leméac/ Acte sud ou encore Écrits des Forges avec une vingtaine d’éditeurs de plus de 15 pays). En coédition, l’auteur québécois est « francisé » par son appartenance à l’éditeur de ce pays alors que l’auteur français, belge ou mexicain est « québécisé » par l’éditeur québécois.

Le cas particulier de la poésie vous est tout spécialement bien connu. Plusieurs questions sur ce point. Comment la poésie québécoise s’est-elle développée au point de connaître un beau rayonnement aujourd’hui, en belle partie grâce à vous et au Festival de Trois-Rivières. Mais le public suit, pourquoi à votre avis ? Comment fait-on pour faire tourner une maison d’édition qui publie uniquement de la poésie, est-ce surtout par des subventions ?
Depuis les premiers voyages de Jacques Cartier, en 1534, et autres tels Champlain et suivants, nous estimons que nous sommes un peuple parlant français en Amérique. Et la poésie a toujours été au plus près – et très souvent en prenant les devants et le leadership – de la définition et du développement de ce que nous sommes devenus, 400 ans après la création de la ville de Québec. Nous avons notre génération de « poètes du pays ». Et ces poètes ont chanté et chantent encore l’émotion profonde de ce que nous sommes et de ce que nous voulons devenir sur la place publique depuis plus de 50 ans. Si Gaston Miron n’est plus là pour nous réciter un poème de L’Homme rapaillé, Carré St-Louis, rue St-Denis, 12 chanteurs et Chloé Sainte-Marie le chantent tous les jours.

Comment la poésie a-t-elle réussi un si fort développement dans la petite ville de Trois-Rivières ?
Dès 1971, et toujours depuis cette année-là, nous avons fait notre mise en marché à partir de l’équation suivante qui est devenue fort rentable : poésie = Trois-Rivières et Trois-Rivières = poésie. Nous avons établi des listes de clients potentiels et avons communiqué régulièrement avec eux. Nous avons développé des stratégies gagnantes alliant les façons b) et c) précédentes. Nous avons fréquenté assidûment tous les salons du livre du Québec, plusieurs de France, de Belgique, de Suisse et ceux de l’Amérique latine, dès le début des années 90. Nous nous sommes toujours adressés directement au public de ces pays et publiant d’abord un poète important de ces pays dans des coéditions bilingues, en y organisant des récitals internationaux de poésie, etc. Et toujours en enrichissant notre carnet d’adresses des coordonnées de ces nouveaux clients. Et c’est cette relation complice et affective éditeur-clients qui a fait que nous vendions – je ne dirige plus la maison, depuis 2008 – plus de livres au Mexique qu’au Québec. Un éditeur de poésie qui s’en remet uniquement au soutien financier gouvernemental meurt à court terme. Développer son lectorat et lui faire savoir régulièrement que nous l’aimons : la clé. Et, lorsque nous avons lancé le Festival International de la Poésie en 1985, toute notre démarche était axée sur le public, sur l’établissement d’une relation durable, affective et irréversible entre le public, les poètes et la poésie.

Le Festival de Trois-Rivières se déroule chaque début octobre et c’est un événement très intense et intensif, qui présente une centaine de poètes venus des cinq continents pour des lectures et autres évènements grand-public, dans les lieux publics, notamment dans des restaurants, bars, cafés, galeries d’art, musées, maisons de la culture, etc. C’est un moment phare qui a connu une spectaculaire croissance, aussi improbable qu’inattendue quand on sait que T-R est une petite ville dont la vocation a longtemps été la fabrication du papier. Comment l’avez-vous transformée en une des capitales de la poésie francophone avec des partenaires partout dans le monde ? Nommez quelques pays partenaires récurrents.

Quand nous jetons un coup d’œil aux 26 premières années du FIP, nous en tirons des constats importants qui en font un succès, année après année :

Trois-Rivières est devenue la ville reconnue de la poésie au quotidien, non seulement par les poètes, mais surtout par le public du Canada et d’Europe qui assiste au FIP et cet autre public qui vient, en cours d’année, lire les 300 extraits de poèmes accrochés aux murs de notre ville ou les 100 de poètes de 42 pays écrits en français et en 21 autres langues, au Parc Portuaire, les 100 dans les autobus de la ville ou encore nous déposer un poème dans la Boîte à poèmes, Place du poète Alphonse-Piché, près de l’Hôtel-de-ville, après avoir emprunté la Promenade de la poésie.
Nous avons développé un mode original, efficace et accepté de communication et de cohabitation entre poètes et public dans les cafés, bars et restaurants de notre ville : pendant 3 minutes d’un silence complet : un poète, un micro, un public. Puis nous redonnons la parole au public pour le double du temps. Cette stratégie de communication établie, dès le premier festival, s’est avérée la clé de l’écoute silencieuse du public, la réussite de la relation d’affection poète-public-poète et l’augmentation constante de la participation du public au FIP.
Nous avons fait la preuve qu’il vaut mieux amener les poètes dans des lieux que le public aime fréquenter, à des heures qui lui conviennent plutôt que d’essayer d’amener le public dans des lieux qu’il ne fréquente pas quotidiennement.
Noua avons fait de ce festival, un festival axé sur le public, sur la relation poète à public et non sur les relations poète à poète devant un public ou sans public comme vécu à plusieurs reprises à travers le monde.
Nous avons, de ce fait, donné un vrai public à la poésie et aux poètes de ce monde, un public qui crée, chez tous les poètes, cette sensation très forte et très valorisante qu’à Trois-Rivières, ils se sentent et se savent poètes : conséquence directe du haut niveau de qualité du public qui les écoute. Si les applaudissements constituent, pour les comédiens, le signe visible de la satisfaction du public, le silence est celui qui annonce au poète que le public reçoit, sent et aime son poème. Cette magie, cette complicité entre poètes et public constitue l’élément le plus fort de la notoriété du FIP.
Le courant qui passe entre le public et les poètes est nettement perceptible lors des lectures. Il reste encore suffisamment d’électricité née de ce rapport pour que nous la sentions chez le public même dans les rues du centre ville.
Nous avons fait de ce festival un lieu où naît et grandit d’inestimables amitiés entre poètes. Celles-ci constituent un grand cadeau de notre festival à la poésie du monde. Le très haut niveau de satisfaction des poètes et du public constitue la plus belle paie de notre organisation.
Comme le public nous dit et redit toute l’année que le FIP le rend heureux et qu’il a hâte à la prochaine édition, nous estimons que ce festival crée du bonheur durable. Le client-type a participé à au moins 5 éditions.
Ce festival est aussi –- plusieurs poètes en témoignent dans leurs évaluations du FIP – un lieu qui les stimule au plan de l’écriture. Rares sont ceux et celles qui quittent Trois-Rivières sans avoir déjà écrits quelques-uns des poèmes qui constitueront l’épine de leur prochain recueil.
Nous avons fait du FIP le lieu, au Québec, d’où émerge la poésie québécoise à travers le monde :
jamais les poètes québécois n’ont été autant invités dans de nombreux festivals à l’étranger,
jamais les poètes québécois n’ont été autant traduits, édités, coédités et lus à l’étranger,± 15 000 exemplaires de livres de poésie québécoise auront été exportés en 2010. Le FIP a signé des accords de réciprocité avec une douzaine d’événements de poésie, à travers le monde (Argentine, Mexique, France, Bénin, Allemagne, Colombie, etc.).

C’est donc le public venu écouter amoureusement les poètes qui a fait de cette ville, la Capitale de la poésie et fait un succès du FIP. Et c’est pour connaître ou retrouver ce public que chaque année des dizaines et des dizaines de poètes nous écrivent pour nous demander de les inviter ou de les réinviter afin de ressentir ce grand frisson, cette électricité, cette magie qui habite cette ville, pendant 10 jours.

Tant qu’il y aura cette grande complicité entre poètes et public, nous en garderons intact les ingrédients qui en assurent le succès. Peu importe que quelques personnes aimeraient en faire un lieu de discussions savantes sur la poésie ou encore un lieu où toute personne qui passe dans la ville pourrait lire un poème. Encore une fois, la diversité des poètes, des lieux d’activités, des menus, des prix, des menus, des cafés, bars et restaurants ainsi que celle de l’horaire des lectures sont à la base de la réussite du FIP, en complément de la mise en commun avec les nôtres des budgets, des compétences et des responsabilités de nos partenaires.

Voilà un vrai manifeste, certains pourraient croire en faire un mode d’emploi !… Revenons notamment vos liens étroits avec le Mexique et la littérature sud-américaine sont privilégiés, pourquoi et comment ?
Il existe des correspondances très intimes et très naturelles entre les poésies, les poètes et les peuples des nouveaux pays qui ont gardé leurs vieilles langues européennes pour s’enraciner sur de nouveaux espaces possédant de vieux ancêtres autochtones. Depuis, nous sommes toujours des êtres latins en devenir et subissons le dynamisme d’une langue qui doit s’adapter à de nouvelles terres et migrations, nouveaux climats, nouveaux passés, nouvelles solitudes, etc. Les Mexicains ont intitulé Latinos del norte, une anthologie de la poésie québécoise.

Pour vous la littérature québécoise se définit par quels critères clés ? Est-elle d’abord une littérature américaine ou d’abord une littérature francophone, en quoi est-elle canadienne c’est-à-dire appartenant au Canada spécifiquement ?
Notre littérature et notre langue française reflètent notre vision anthropologique d’être, et de demeurer, des latins dans une nord-américanité assumée en constante évolution.

Vous êtes très engagé sur la question du droit d’auteur. La Loi C-32 que Stephen Harper et son gouvernement fédéral conservateur voudraient faire passer apparaît scandaleuse. Pouvez-vous la résumer et expliquer ce qu’elle a à la fois de régressif et de révoltant. Passera-t-elle à votre avis ?

Le Gouvernement du Canada, par la voix de son premier ministre Stephen Harper, du ministre Industries Canada, Tony Clement et du ministre de Patrimoine Canada, James Moore, veut réduire à une dimension anorexique les revenus de droits des auteurs, des créateurs, des éditeurs et des producteurs. Il propose une multitude d’exceptions qui ne rémunéreront pas les ayants droit contrairement à la Loi actuelle et aux engagements internationaux du Canada sur ce sujet.
Vous trouverez la liste de ces exceptions sur le site www.cultureequitable.org ainsi que les argumentaires des éditeurs, des auteurs, d’organismes internationaux appuyant les ayants droit canadiens.
Les trois revendications majeures sont les suivantes :
qu’il est inacceptable de priver auteurs, créateurs, éditeurs et producteurs d’une rémunération équitable en échange de l’utilisation de leurs œuvres;
que rien ne justifie qu’une catégorie de travailleurs soit contrainte par une loi à renoncer à être rémunérée pour son travail ;
qu’il est injuste de faire reposer sur les seules épaules des créateurs la défense de leurs droits, en la faisant dépendre d’un recours obligé aux tribunaux ou de la mise en place de mesures de protection technologiques coûteuses.

D’ailleurs le 8 novembre dernier, madame Christine Saint-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec a fustigé ce projet de Loi :
« Je veux vous dire aussi que, en tant que ministre chargée du développement culturel, je resterai à vos côtés pour faire en sorte que vous puissiez vivre de votre art, à une époque où les nouvelles technologies changent complètement la donne… Je suis résolue à favoriser l’accès aux œuvres pour les utilisateurs, mais je partage avec vous la conviction qu’il ne faut pas que cet accès se fasse au détriment de nos créateurs.
Concrètement… certaines dispositions doivent être annulées, ou à tout le moins modifiées. Celles-ci portent sur l’élargissement de la notion d’utilisation équitable à des fins d’éducation, sur la non-actualisation du régime de copie privée en regard des nouveaux supports audionumériques et sur le rôle des fournisseurs de services Internet. Nous faisons ces demandes parce que ces dispositions ont toutes en commun de ne pas offrir pas aux créateurs de garanties suffisantes pour que l’utilisation de leur travail s’accompagne d’une rétribution appropriée. Or, nous croyons que toute œuvre de création mérite sa juste rémunération. »
Même de France, Il vous faut appuyer les créateurs, leurs producteurs, les écrivains et leurs éditeurs en signant la pétition que vous trouverez sur le site www.cultureequitable.org . Maintenant que vous savez qu’il y a plus de livres de France dans nos librairies que de livres québécois, sachez aussi que si ce projet de Loi est adopté, vous pourriez être les grands perdants. Pour enrayer totalement la piraterie, le Gouvernement du Canada a choisi d’éliminer le droit d’auteur.

Enfin, la question de l’heure est donc au questionnement sur les droits d’auteur concernant les œuvres sur internet. Qu’en pensez-vous et que préconisez- vous ?

Tout travail de création a droit à sa juste part de rétribution, peu importe le support technologique qui la diffuse. Mettons les pirates sous verrous. Pas les œuvres.

Vous-même lirez-vous jamais sur IPad ?

Oui, si j’apporte, en avion, avec moi 15 ou 20 livres de littérature, le coût exorbitant du surpoids de bagages me mène directement chez un vendeur d’IPAD. Le livre électronique contient de nombreux avantages si vous vous déplacez souvent, comme moi, ordinateur au dos et valises à faire rouler. Mais les droits sur ces livres électroniques doivent avoir été payés.

Quand vous voyagez (vous voyagez tout le temps en fait !) que lisez-vous : un journal ou une revue, un roman, un livre de poésie, ou bien regardez-vous des films ?
IPOD aux oreilles, j’écoute Haëndel, Mozart, Chloé Sainte-Marie, Miron ou encore des poèmes lus par des poètes étrangers dans des langues que je connais ou ne connais pas. J’adore la musique baroque et celle des langues. Je lis peu en avion et ne regarde jamais les films américains. Je ne change pas…
De notre correspondante à Montréal, Aline Apostolska Crédit Photo Gaston Bellemare – A.Meyer

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