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Boardwalk Empire :une nouvelle oeuvre majeure de la télévision

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Par Alexandre Cerri – BSCNEWS.FR et Times Square.fr / A quelques semaines de la fin de sa première saison, Boardwalk Empire, la nouvelle création de HBO signée Terence Winter et produite par Martin Scorsese ou bien encore Mark Wahlberg s’avère être une pure merveille. De ces séries qui baignent dans la perfection, le soucis du détail et que l’on déguste avec délectation. Riche, puissante et intelligente, focus sur la meilleure série de la rentrée voire plus…

On nous vend depuis plus d’un an Boardwalk Empire, la série annoncée comme le nouveau Soprano ou bien encore le concurrent le plus dangereux pour un Mad Men. Après trois épisodes de diffusés, une saison 2 déjà signée, des critiques dithyrambiques et une audience à succès, force est de constater que l’évènement prévu a été transformé.

Finalement, si l’on devait comparer Boardwalk Empire nous dirions qu’il tient avant tout d’un Deadwood (pour la narration, les personnages et l’unité de lieu) mixé à Mad Men (pour la reconstitution d’époque et sa narration ) qui rencontreraient Les Incorruptibles et Once Upon A Time In America pour son univers « gangsta » à l’ancienne. Baignant dans un univers cinématographique travaillé, la série rend plus que jamais hommage au slogan de HBO « Ce n’est pas de la télévision c’est HBO ». Si quelqu’un prend le programme en cours le pari qu’il affirme être dans un film est à prendre.

Boardwalk Empire (« L’empire de la promenade côtière » si nous devions traduire bêtement) raconte l’histoire sombre et violente du développement d’Atlantic City dans les années 20, lors de l’émergence des premiers casinos dans un climat de Prohibition, qui donnera naissance à la Pégre. Nucky Thompson, le trésorier du parti Républicain -qui dirige la ville- est en réalité celui qui tire toutes les ficelles et qui joue sur plus d’un tableau à la fois pour arriver à ses fins. Argent sale et corruption sont au rendez-vous, en passant par Chicago et New York…

De ce pitch de départ, Terence Winter dresse donc un fil rouge passionnant qui suit le destin d’un homme mais incorpore cette idée dans la grande Histoire, celle de la naissance des Etats-Unis que nous connaissons… de ses fondements. De plus, Winter en profite pour développer des sous intrigues passionnantes via une galerie de personnages connus (Lucky Luciano, Al Capone…) comme inconnus qui finalement permettent à Boardwalk Empire de prendre vie, de s’animer, de passionner et de vibrer.

Au gré d’une reconstitution flamboyante allant des décors aux costumes en passant par la musique sans parler de certaines expressions, nous évoluons à tâtons dans cette immense jungle de la pègre où la corruption a le monopole. Rythme lent, développement méticuleux de toutes les intrigues (choc des cultures, richesse, pauvreté, racisme, course au pouvoir, mariage, divorce, pouvoir d’achat, corruption, émergence des partis politiques accentués…) Boardwalk Empire est une série qui prend son temps non sans dynamiter son fond de rebondissements. Qu’il s’attache à décrire la vie de l’époque, les divers démêlés politiques comme judiciaires de ses personnages ainsi que leurs états d’âmes (la condition des femmes, les tourments), Terence Winter ne perd jamais le fil et blinde sa série d’une richesse insolente.

Mais, la force de Boardwalk Empire est sans aucun doute dans ses personnages et donc de ses acteurs. En tête de lice, Nucky Thompson interprété par Steve Buscemi. A l’instar de Ian McShane dans Deadwood, Buscemi captive et s’impose en maître sur le show sans éclipser ses partenaires. Avec sa mine déconfite, ses airs ahuris, son sens du phrasé, ses mimiques, sa gestuelle, sa dégaine désarticulée et recroquevillée, Buscemi est monumental. Qu’il soit mis sous les projecteurs dès le générique (fabuleux habillage visuel, thématique et musical) n’est pas une coïncidence. Boardwalk Empire est avant tout l’histoire de sa vie. La vie d’un personnage complexe, torturé et avant tout affreusement seul et triste. C’est d’ailleurs ce sentiment de clown triste qui ressort principalement de la série. Un type quasi banal pouvant s’avérer terriblement retors et sans pitié mais qui au fond de lui est plus fragile que du verre, seul au sommet de son empire et de ses magouilles. A l’instar de Noodles dans Once Upon A Time In America, Nucky ne peut finalement trouver son salut qu’auprès d’une femme : Margaret. Mais long est le chemin de la rédemption si elle s’avère un tant soit peu possible.

Autour de lui gravitent une galerie de seconds rôles tous plus passionnants les uns que les autres sans qu’aucun ne soit laissé au hasard. De Michael Pitt en voyou galérien et maladroit qui ne demande qu’à exister mais rongé par ses difficultés d’aimer à Michael Shannon impérial en agent fédéral impassible et tendance illuminé frustré cachant un mal être insidieux ou bien encore Kelly MacDonald veuve esseulée, Paz de la Huerta en pute nunuche mais attachante, véritable objet de fascination par défaut pour Nucky… tous se côtoient dans ce ballet d’âmes errantes sur Boardwalk à la recherche d’une échappée salvatrice qu’elle soit amoureuse, financière ou amicale.

La présence de tout l’univers de la mafia avec la naissance du clan des Indomptés (Luciano, Rohstein, Siegel, Lansky) se dessine en filigrane rendant ainsi l’écho « clin d’oeil » historique encore plus savoureux.

Passé un pilote absolument prodigieux signé Scorsese, Boardwalk Empire continue de manière plus « classique » dans sa réalisation mettant de côté l’audace attendue pour mieux faire monter la pression et l’excitation. Une série d’une richesse fulgurante. Un condensé de ce qui se fait de mieux à la tv. Même si tout ce à quoi nous assistons depuis le démarrage demeure lent et chiadé, ce ne sont que les prémices d’une grande fresque qui se dessinent. Il y à fort à parier que la suite de la série soit grandiose étant donné le nombre de pistes engagées.

Un véritable royaume de non-dits, de prouesses, de sous entendus, de faculté à en dire long avec le minimum de symbolique et de dialogues. Un royaume qui fait échos aux sujets les plus universels.

Si nous ignorons encore le nombre de saisons que nous réservera la série, sachez qu’une deuxième saison a d’ores et déjà été commandée. Gageons que l’époustouflante densité qui s’annonce et se déroule actuellement devrait emmener Boardwalk Empire vers les cimes de grandiose.

Assurément la série de l’année, la claque attendue et de quoi faire une bonne razzia méritée aux prochains Emmys.

Boardwalk Empire : Chaque dimanche à 21h sur HBO. ( En partenariat avec Times Square.fr)

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