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Sortez vos petits mouchoirs!

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Par Julie CadilhacPUTSCH.MEDIA / Soit…Les petits mouchoirs est un film qui agace par bien des points sur sa confection. Aller voir une bande de potes comédiens ( après la troupe du Splendid et les compères BacriJaoui etc….) qui se payent du bon temps sur le bassin d’Arcachon et en profitent pour tourner un film lucratif est un principe agaçant pour le commun des mortels qui se demande toujours qui paierait 9 euros en moyenne ( vive le cinéma qui met la culture à portée de porte-monnaie!) pour le voir s’ébattre pieds dans l’eau avec ses mômes. Ensuite l’idée de suivre le mouvement, se laisser tenter par un film sur-médiatisé par les grands journaux et chaînes télévisées ( et Guillaume Canet par ci et Marion Cotillard par là et François Cluzet etc…) est souvent synonyme de déception cinématographique au sortir de la séance.

Eh bien, pas du tout…Guillaume Canet prouve une fois de plus qu’il a beaucoup de talent. On se souvient de son excellente adaptation d’un polar, Ne le dis à personne, avec Kristin Scott Thomas et François Cluzet, et on retrouve avec plaisir dans cette peinture humaine tout l’art de l’image mobile de cet acteur-réalisateur.

C’est vrai,les acteurs choisis ne poussent pas au départ à l’idenfication: des artistes choyés dans un monde friqué qui semblent s’imaginer que tout un chacun a les moyens de se payer une villa luxueuse pour un mois ainsi qu’un beau bateau ronflant. Jean Dujardin, Marion Cottillard, Benoît Magimel, Gilles Lelouche, Laurent Laffitte, Valérie Bonneton, François Cluzet, Pascale Arbillot, Anne Marivin, Mathieu Chédid...finissent pourtant par avoir le profil de nos potes du quotidien. Ce portrait grinçant d’une bande d’amis nombriliste est en effet saisissant et lorsque le film s’achève, au lever de la pénombre de la salle, on constate chez nombre de spectateurs des yeux rougis et des mines émues tellement , oui, on s’identifie à eux. Durant deux heures, un vent d’océan balaye nos visages, les rires des potes, le vin trinqueur, la nostalgie d’un avant facile et d’un aujourd’hui à supporter, l’acharnement à fermer les yeux sur les problèmes de l’autre pour éviter de parler des siens, les gosses rayons de soleil de couples fatigués et usés par la guerre du quotidien, le refus de s’engager des célibataires, le ciel, le soleil, la mer…et puis, en fond terrible, cet été-là, un ami, au loin dans une chambre d’hôpital, défiguré et souffrant après un violent accident en scooter, que l’on souhaite imaginer se requinquant parce qu’on n’a ni l’envie ni la force d’annuler ses vacances pour rester à son chevet. Alors oui, forcément, ça finit mal et ça fait mal…à ces personnages trop vrais, à nous qui sortons remués par nos réalités personnelles.

Voilà la force de cette comédie dramatique: elle est juste. On y reconnaît l’amie désoeuvrée qui pleure sur la plage pendant le jooging parce que son mari la délaisse, l’insupportable lourdaud du texto dont le sujet unique de conversation est soi-même, l’originale sans mec, jolie et fragile, que jalousent toutes les nanas de la bande, le joli coeur, le jet setter maudit, le pote qui reçoit et invite mais reproche systématiquement ses généreuses propositions, l’amant bohème, le rassembleur plus âgé etc..
Seule la fin est un brin dérangeante…d’abord parce qu’elle s’étire en longueur et devient complaisante en tachant de racheter un comportement égoïste et immature. C’est trop, tous ces discours, lors de la cérémonie funèbre et si l’on se laisse prendre à cette détresse collective, elle est cependant trop insistante et finalement égoïste…on a presque l’impression qu’à nouveau les amis sont en vedette, qu’on ne voit qu’eux, là où le chagrin seul devrait rêgner. Les regrets et pardons manquent de naturel s’ils ne sont pas faits à voix basse. Il semble que se repentir soit une opération individuelle et intérieure. Il y a là trop de lyrisme.

On en retiendra une comédie dramatique globalement fort bien menée où l’on ne peut qu’applaudir la direction d’acteurs et l’art du scénario de Guillaume Canet.On rit et on sort ses mouchoirs…la vie y a pris tous ses droits et quelques heures après que l’émotion s’est estompée, on se dit, aussi, qu’on irait bien faire un tour au bassin d’Arcachon l’été prochain, tiens!

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