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François Cluzet – L’interview pour « Un Dernier pour la route »

Vous êtes-vous senti une responsabilité particulière à incarner quelqu’un de contemporain, comme Hervé Chabalier ? Hervé Chabalier m’a touché. Je l’ai trouvé sensible et fin. J’ai lu son livre, qui m’a bouleversé, et c’est en grande partie pour ça que j’ai accepté de faire le film. J’ai ressenti la responsabilité de ne pas le décevoir. […]

propos recueillis par

Vous êtes-vous senti une responsabilité particulière à incarner quelqu’un de contemporain, comme Hervé Chabalier ?

Hervé Chabalier m’a touché. Je l’ai trouvé sensible et fin. J’ai lu son livre, qui m’a
bouleversé, et c’est en grande partie pour ça que j’ai accepté de faire le film. J’ai ressenti la responsabilité de ne pas le décevoir. Nous, les acteurs, nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne mais s’il n’est pas solide, elle ne tient pas. J’ai joué des personnages historiques, connus tel que John Lennon, Camille Desmoulins … des personnages vivants ou plus. Hervé Chabalier est contemporain, vivant, il a fait des choses étonnantes, il s’est trompé, a fait du mal, s’est fait du mal. Son livre m’a bouleversé, j’ai eu à cœur de faire le meilleur.

C’est l’équilibre que cherchent tous les personnages du film ?

Exactement. Les personnages du film luttent contre une maladie, celle de l’addiction. Ils ne peuvent plus se passer de l’alcool, de médicaments ou de drogues. Ils luttent contre cet acharnement physiologique. Le corps demande, vous buvez, buvez, buvez et le jour où vous dites « j’ai assez bu », le corps dis « non ! tu n’as pas assez bu » ! Alors la tête a beau dire « si j’ai assez bu », le corps dis « non » ! C’est alors le corps qui gouverne. C’est la même chose pour les acteurs, c’est le corps qui gouverne. Un acteur qui joue avec sa tête à tout faux, on joue avec le corps et après sort de la tête ce qui doit sortir.

Comment qualifieriez-vous Philippe Godeau ?

C’est un metteur en scène généreux, qui nous a accueillis d’une manière très attentive, qui se préoccupe beaucoup des acteurs, de l’équipe. C’est un metteur en scène bienveillant.

La dépendance, quelle qu’elle soit, touche presque chacun d’entre nous. Est-ce important selon vous de le montrer sous la forme d’une fiction ? Est-ce que vous pensez que ça a plus de force qu’un documentaire ?

Disons que ce qui est intéressant pour moi c’est d’arriver à faire un film qui reste un
divertissement sur un sujet grave et profond. Le problème des films dramatiques, c’est qu’il faut qu’ils soient digestes. On ne peut pas parler des violences conjugales au cinéma sans divertir, c’est très délicat. Le sujet est tellement grave. Je pense que le film sur les violences conjugales n’est pas fait. On pourrait penser aussi qu’un film sur une addiction à l’alcool ou à la polytoxicomanie, l’anorexie, la pharmacodépendance n’est pas fait. Grâce à Hervé Chabalier nous avons eu un témoignage. Ensuite, le metteur en scène et la scénariste ont souhaité donner, dans la fiction cette fois, une dramaturgie à cette histoire. On parle d’un sujet profond, grave, mais à nous d’y mettre de la vie, de l’authenticité et aussi un peu de légèreté. Pourquoi peut-on rire aux enterrements ?
Pourquoi peut-on être grave en étant heureux ? Heureux dans une tragédie, ou léger ? C’est la richesse de la vie, la complexité, tout n’est jamais noir ou blanc.

Crédit photo Nathalie Eno

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