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Les carnets de bord de l’adoption de Coco Tassel

Voilà un récit touchant parce qu’il aborde le monde de l’adoption avec optimisme. S’y faufilent des notes écrites à la main, des croquis et des illustrations souvent naïves, histoire de faire déjà pénétrer sur le papier du carnet la donnée enfantine avant qu’elle n’arrive sur celui du papier peint des murs. L’univers poétique des dessins […]

propos recueillis par

Voilà un récit touchant parce qu’il aborde le monde de l’adoption avec optimisme. S’y faufilent des notes écrites à la main, des croquis et des illustrations souvent naïves, histoire de faire déjà pénétrer sur le papier du carnet la donnée enfantine avant qu’elle n’arrive sur celui du papier peint des murs. L’univers poétique des dessins est un pied de nez à la morosité, au découragement. J’adopte est un objet que l’on a envie de ne pas garder trop loin de soi, comme un grigri, comme un livre de recettes magique et d’expérience.
J’adopte ou comment parler d’adoption avec de la couleur et un brin d’ironie, donne un souffle frais à l’image étouffante que l’on imagine de ce cheminement vers l’enfant non-biologique : démarches administratives pesantes, refus des agréments, échecs perturbants , sous-entendus insidieux des « autres » sur les difficultés
d’accommodation des enfants dans leur nouvelle famille, coût de cette course à la parenté.
Ce livre clame haut et fort devant les rabat-joie et les frileux que l’adoption, c’est un projet fabuleux… et qui ne manque pas, certes, d’investissement et de stress comme les autres projets… mais à la fin de cette croisade éprouvante, il y a un petit miracle de vie qui vous attend…
Je l’ai lu d’une traite, émue et attentive. Car c’est un récit qui nous concerne tous. Qui parle de désirs biologiques, de courage, de solutions et de différences.
Parce qu’on devrait tous avoir conscience d’être parent avant d’entendre pleurer le nouveau-né. Parce que l’adoption est rigoureuse et sévère, qu’elle responsabilise les concernés… et que c’est une démarche qui ne manquerait pas d’être utile à nombre de parents biologiques.

Ce récit était-il destiné dès le départ à l’édition?
Ce livre s’est imposé comme une évidence. Il est « né » comme une nécessité. S’il est certain qu’il a longuement mûri, je l’ai « mis au monde » en quelques semaines. Et il me fallait développer ce témoignage, à ma manière, avec mes outils et mes moyens d’expressions que je connais bien (dessin, photo, et donc mélange du texte et de l’image).Iil s’est donc « composé » très rapidement, sous forme d’un « livre un peu atypique et tout en couleurs ».

Comment aborde-t-on un sujet délicat ?
Je ne me suis pas posée la question une seule fois. Dès lors que l’on vit quelque chose de difficile et compliqué, il me semble que chacun peut l’exprimer, à sa manière, comme il l’entend. Je pense au film Actrices de Valeria Bruni-Tedeschi qui évoque ce désir d’enfant, avec ses moyens bien à elle, et qui a dû toucher beaucoup de gens.

Quelle est la force de ce livre selon vous ?
Il aborde un sujet, « délicat » comme vous le dites vous-même et touche à l’intime d’une femme et de son désir d’être mère, tout en le dédramatisant. Il prend de la distance, pour s’en sortir peut-être… et ne pas sombrer dans la tristesse absolue, car on vit ce sujet délicat aussi comme un drame. C’est une expérience très douloureuse qui remue beaucoup de choses. Donner de l’énergie a une démarche longue et pleine d’embûches, voilà avant tout l’objet de mon livre.

C’est un manuel pratique et esthétique car il associe des informations précises et claires à l’univers poétique de vos graphismes. A qui s’adresse ce récit ?
A toutes les femmes qui ont un désir d’enfants, et qui se trouvent confrontées à la difficulté de répondre à ce désir. Il me semble qu’il y en a beaucoup, et souvent lorsque l’on est dans ce cas, on a le sentiment d’être très seule.
Après, j’espère aussi toucher un grand nombre de personnes qui ont souvent des idées très confuses en ce qui concerne l’adoption aujourd’hui, le parcours, les enjeux, le déroulement des opérations. J’ai voulu faire un témoignage « vif et vrai » comme l’écrit Jean-Marie Colombani dans sa postface, accompagné d’un chapitre plus pratique intitulé « Bienvenue en Adoptie ». Y sont expliqués les pays d’accueils, les conditions, le coût, les délais… des choses essentielles, comme pour préparer un voyage finalement… Et même si vous ne faites pas ce voyage, n’est-il pas intéressant de connaître ces informations, pour se poser à soi-même de nouvelles questions ?

Votre objectif : dédramatiser la démarche de l’adoption? Encourager?
Oui et surtout la montrer sous un nouvel angle, loin des clichés qu’elle peut véhiculer. En montrer un visage vivant, énergique, qui a du mal à se dessiner mais qui ne demande qu’à exister.

C’est un livre que l’on a envie d’offrir. Comme un récit de sagesse et de « au cas où » rassurant. Avez- vous, Coco Tassel, des grigris ou un autre livre de chevet qui vous apaise ?
Je ne suis pas très « grigris » mais il y plutôt une multitude de personnalités m’accompagnent, que je garde à mes côtés. Qui me réchauffent le cœur, qui me rassurent. Et la liste serait longue.

Vos illustrations parsemées de petites phrases gribouillées au stylo apportent une dimension intime et poétique au texte. Diriez-vous que le dessin a un pouvoir de suggestion plus fort que les mots ?
Une image évoque, suggère, raconte une infinie de possibilités, et ce de manière plus évidente peut-être… mais… les mots aussi ! L’image est plus directe peut-être, immédiate, efficace. On va droit au but avec l’image… et l’on peut aussi faire rêver…

Vous illustrez des livres pour enfants, ludiques, avec des pages blanches pour qu’ils s’expriment librement. Est-ce une habitude d’écrire ou de dessiner sur les livres que vous bouquinez ?
Mes livres (que j’appelle aussi « livres-cahiers »), ont pour objectif d’impliquer le lecteur dans l’histoire en le faisant dessiner, (les carnets de voyages pour enfants précisément, ou annoter des impressions (mes cahiers gourmands, ou les « erotics », par exemple) ; dans un roman, s’il m’arrive de souligner une phrase, je ne me permets pas d’y écrire ou de dessiner en plus. Ce n’est pas l’intention, et… il n’y a pas de place… ni de pages pour laisser libre court à tout ça !

« L’adoption, c’est un projet » résonne dans ce récit. Pourquoi?

Est-ce simplement une volonté de dupliquer les mots des autres ou ce refrain est bien significatif de l’état d’esprit de ceux qui adoptent?
C’est tout simplement l’expression utilisée par les responsables à qui vous avez affaire pour pouvoir adopter et obtenir l’agrément. Elle marque le début de mon livre, comme un refrain, et ce refrain accompagnera toute personne qui commence une démarche d’adoption. Et il se trouve que j’aime bien ce mot « projet », alors ça tombe bien !

Ce qui rend ce carnet terriblement touchant, c’est cette acharnée façon de positiver ; Avez-vous refusé de partager les moments de colère ou de sentiment d’injustice ?
Je les ai vécus, ces moments très douloureux, – comme toutes ces femmes qui tentent tout pour faire un enfant, qui n’y parviennent pas après des années d’échecs successifs – Mais prendre conscience que l’on peut devenir mère sans passer par la case « femme enceinte », change tout. Alors quelque chose devient possible, prend une nouvelle dimension, une porte s’ouvre, et l’on peut à nouveau regarder son avenir de femme de manière positive et encourageante, même si les embûches arrivent et arriveront encore.

« L’ironie est la pudeur de l’humanité » dit Voltaire. En quoi cette citation colle à votre démarche d’écriture ?

Le terme « ironie » est alors à prendre d’une certaine manière. Car mon récit n’est pas vraiment ironique, le ton peut-être ? Je dirais que je prends plutôt de la distance, pour parler d’une histoire qui relève de l’intime et qui rejoint ainsi une cause universelle.

« La nuit est aussi un soleil ». Comment ressentez-vous cette phrase de Nietzsche que vous citez ?

Cette phrase est très visuelle je trouve. Après chaque phase noire, plus ou moins longue, rejaillit la lumière. Le noir existe avec la lumière, par contraste. Ils vont de pair et ne peuvent fonctionner l’un sans l’autre. Comme la pluie et le beau temps. Un peu plus prosaïquement ce pourrait être : « après la pluie le beau temps ».

Pourquoi ne pas avoir attendu la fin de la procédure d’adoption pour publier ce carnet ? Est-ce par superstition ? Par souci de ne pas faire trop long ? Par pudeur pour respecter votre intimité ?

Tout simplement parce que c’était une urgence. Je voulais que ce livre sorte vite, comme il s’est fait. C’est un peu mon bébé d’ailleurs. Et s’il est difficile de prévoir la venue d’un enfant, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, la sortie d’un livre est elle au moins quelque chose que l’on peut programmer !

Adopter reste une démarche extrêmement difficile aujourd’hui. Que faudrait-il changer selon vous, dans l’absolu?
Si l’on cherche dans « l’absolu » quelque chose à changer, alors il me semble que l’on n’arriverait à rien. L’adoption s’inscrit avant tout dans une réalité. Avec laquelle il faut construire, et avancer…

Jean-Marie Colombani explique la nécessité de la création d’un haut-commissaire qui prendrait en charge la question de l’adoption. Y-a -t-il des chances que ce vœu aboutisse ?

Depuis quelques mois déjà, (juin 2009, mon livre partait chez l’imprimeur) le gouvernement à nommé un « ambassadeur » à la tête de l’Autorité Centrale de l’Adoption. Il semblerait que ce rôle ait donc vu le jour. Après, le programme doit suivre, mais la question de l’adoption est à la fois nationale et internationale, alors vous pouvez imaginer le travail…

Comment l’enfant peut-il s’intégrer à une nouvelle société dont il ne connaît ni les normes ni les valeurs et qu’une grande partie de la socialisation primaire a eu lieu ( puisque vous dîtes qu’il n’est pas toujours facile d’obtenir un nourrisson)? Avez-vous imaginé un projet futur de carnet de bord lorsque votre enfant sera dans votre foyer?
Chaque enfant à une capacité d’intégration que l’on ne peut mesurer et chaque enfant grandit en découvrant au quotidien son cadre de vie et ses valeurs. Je dis ça sans avoir d’enfant encore, me direz-vous. Mais je crois que c’est vrai. J’aime cette idée.
Quant à savoir si j’écrirai une suite à ce récit, il sera temps de voir plus tard, si le besoin ou la nécessité s’en ressent… mais d’abord vivons avec notre enfant, et surtout, qu’il arrive…

Créer est une échappatoire salvatrice. Lire en est une autre. Que lisez -vous en ce moment Coco Tassel ?
3 livres en même temps ! Epoques, histoires, écritures différentes… mais de 3 femmes : Le journal d’un écrivain de Virginia Woolf, 3 femmes puissantes de Marie Ndiaye que je viens juste de finir, et enfin L’envoûtement de Lily Dahl de Siri Hustvedt. Oui ce sont de belles échappées…

Propos recueillis par Julie Cadilhac

RETROUVEZ COCO TASSEL

– Retrouvez J’adopte-journal avant sa sortie dans toutes les librairies le 8 octobre sur le site : www.paja-editions.com
– COCO TASSEL sera l’invitée d’aufeminin.com le 1er octobre à 16h pour un « chat » sur leur site. Que celles et ceux qui souhaitent dialoguer avec Coco Tassel soient les bienvenus !

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