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Antoine Wellens – Un jeune metteur en scène à découvrir

Antoine Wellens est un jeune metteur en scène. Pour lui, le théâtre est un monde à part entière fait de sensibilité, d’organisation, de scène et de la folie toute particulière de la création. Entretien avec un metteur en scène d’un morceau d’un seul. par Nicolas Vidal Antoine, comment en êtes-vous arrivé au théâtre ? A […]

propos recueillis par

Antoine Wellens est un jeune metteur en scène. Pour lui, le théâtre est un monde à part entière fait de sensibilité, d’organisation, de scène et de la folie toute particulière de la création.
Entretien avec un metteur en scène d’un morceau d’un seul.

par Nicolas Vidal

Antoine, comment en êtes-vous arrivé au théâtre ?

A 12 ans, mes professeurs m’ont conseillé de faire du théâtre pour me canaliser. Ainsi j’ai commencé à la MJC de la Rochelle. Et j’ai su que j’allais devenir accroc au Théâtre. j’ai découvert une façon de réagencer la vie et une liberté incroyable. Dans la vie, nous avons tous une chose en commun, c’est le jeu. J’ai mis en péril mes études car je ne me suis intéressé qu’au théâtre. D’autres manières de penser sont possibles.
La mise en scène, c’est agencer des rapports. En fait, c’est presque politique. Mettons nous d’accord sur les options, comment allez-nous parler et dialoguer ensemble. C’est un choc esthétique.

Qu’est ce que vous trouvez dans le théâtre et que vous ne trouvez pas dans le roman?

J’ai l’impression que dans le roman, on fonctionne toujours avec les mêmes ressorts quelque soit le style. C’est pour cela que je me suis focalisé sur le théâtre pour sa forme souple. J’ai ignoré ainsi le roman. Même si j’ai lu avec passion Thomas Pynchon ou Elfriede Jelinek, des livres que j’adore. J’aime le fait dans le théâtre qu’il y a une histoire diffusée derrière et qu’on ne flirte pas avec la linéarité. Il y a également la place du metteur en scène qui se permet de travailler sur des textes connus. Ainsi, on assiste à un second calque sur l’histoire qui est renvoyée vers elle-même. Pour moi, il y a de nombreuses perspectives dans le théâtre.

Pour vous, quelle est la place du metteur en scène?

Mon école a été l’université. Pour moi, la place du metteur en scène égale celle du texte égale celle des comédiens. Il y a une égalité des choses et tout doit se correspondre. Personnellement, je mets en scène des choses très dépouillées mais je superpose les états et les histoires sans détourner le texte. A la différence du roman, le théâtre permet les différences des ton de voix. De plus, je donne des indices aux spectateurs pour reconstituer la pièce. La place du metteur en scène est multiple. La mise en scène doit donner l’impression de se construire à même le plateau. Les comédiens s’occupent de travailler leur jeu, le metteur en scène des déplacements et des images. Le texte, quant à lui, s’occupe de raconter l’histoire.

L’oralité n’est-elle pas une arme à double tranchant ? N’y a-t-il pas de risque qu’elle transgresse le texte ?

Ecrire en direction du plateau, c’est écrire en direction de cette oralité. Les didascalies le prouvent. Le droit moral est donné de s’en emparer. Il est vrai que l’oralité apporte un surplus de sens. Ce qui me gêne dans le ton et l’oralité, c’est que le théâtre devient l’imitation du théâtre. Certains acteurs imitent en jouant le jeu du théâtre. Personnellement, j’essaie de chercher au plus près la rapport humain.

Quel est votre rapport avec les comédiens
?

Ce rapport est très compliqué et très conflictuel. Les acteurs sont très préoccupés de leur jeu, de leur état. Moi je suis tout seul en face d’eux. Et ils ont besoin de comprendre. Parfois les travaux ne se rencontrent pas.

Finalement, le metteur en scène est dieu dans une pièce …

J’irais encore plus loin. Le milieu du théâtre ont calqué leur mode de fonctionnement sur la droite capitaliste. Il y a ce schéma où toute la troupe travaille pour le metteur en scène. Alors que les gens du théâtre ont généralement des aspirations de gauche, le travail en lui même est très dur, très dirigiste. On impose finalement une vision aux autres. Cela m’effraie. Notre recherche a été axé sur le comportement du plateau et sur le masque social. Le théâtre est une représentation de l’humain. Et pour le représenter au plus juste, je ne cherche pas à montrer un personnage mais un individu morcelé. Il ne devient finalement que personnage à la fin après être passé par plusieurs représentations.

Quel est votre rapport au public ? Le prenez-vous en compte dans la mise en scène de vos pièces ?

Le metteur en scène doit prendre en compte la présence physique du public. La question qui me semble est comment s’adresse t-on au public?. A mon sens, l’erreur est de manipuler le public ou de lui diffuser des leçons. Il faut laisser le public découvrir la pièce. Je m’adresse au public pour créer un réseau narratif avec de nombreux mouvements. Je souhaite que le public s’approprie une cartographie de l’histoire. Finalement, je lui offre une place mais je ne pense pas à sa place.
Pour le public, le travail n’empêche pas les côtés ludiques, réjouissants et accessible à la pièce.

Qu’est ce qui vous enchante comme compliments venant du public après une pièce ?

Ce qui me fait plaisir, c’est que certaines personnes refassent la pièce, chacun dans sa vision et chacune dans sa part de vérité. Tout cela vient des différents calques posé pendant la pièce. Ce qui importe, c’est que le public ait vécu l’histoire.

C’est ainsi que vous percevez les fondements du théâtre ?

Il faut savoir accidenter la représentation au plus près du système vivant. Il faut qu’on voit le travail de l’acteur qui prend et jette les masque dans ce rapport fatigant au jeu. Le comédien doit jouer de soi-même et de ses propres masques. Cela ouvre tout le théâtre. L’idée est jusqu’où le comédien est-il prêt à se jouer de lui-même ? Mais Je nevois pas cela comme une performance sportive.
On doit préserver l’innocence théâtrale. Car c’est grâce à elle qu’on trouve des nouveautés intéressantes.

Est-ce que vous avez modifié une pièce suite à l’avis du public?

Tout le temps ! Il y a beaucoup d’informations dans notre système de jeu. Le public se met à projeter différentes séquences pendant le déroulement de la pièce. Cela ouvre de nouvelles suites d’événements logiques. Il faut être assez clair dans les jonctions et dans les références. Il y a une construction narrative très forte.

Dans quel état d’esprit êtes-vous pendant la représentation de la pièce ?

Très mal, cela ne m’intéresse pas ( rires). La pièce est un montage des plus beaux moments de répétitions. Je ne vois plus mes moments même si je suis rassuré parce que voit le public. Mais il faut la représentation pour faire connaître le texte et permettre aux acteurs de jouer.
Ce qui me surprend, c’est la travail des nuances sur scènes de mes acteurs. Ils s’adressent au public en toute simplicité. Pour l’anecdote, je déteste aller au théâtre et regarder les acteurs regarder dans le vide. il faut que les acteurs s’adressent directement aux spectateurs.

Donc le public a une part importante dans la pièce ?

Libre à lui de se donner cette place. Il faut être respectueux du ressenti du public. Je sais bien qu’il est de bon ton de dire que le spectateur fait l’oeuvre. Mais je crois qu’il faut rationaliser sa place. Le travail de narration est très important. En aval, on a déjà trié et choisi ce que la pièce contiendrait.

Avant la mise en scène, parlez-nous du metteur en scène en écriture?

C’est un travail de dramaturgie avant tout et les éléments du texte qui font sens. C’est aussi une recherche approfondie autour du texte. Je découpe aussi les phrases car elles sont toutes des énigmes. Elles ont de nombreuses déclinaisons.
Je fais également beaucoup de schémas en rapport avec les rôles et les textes. Ensuite je travaille sur trois niveaux : l’être humain en tant qu’acteur, le comédien pour celui qui se déplace, qui fait bouger les décors et qui raconte l’histoire et le personnage qui incarne l’action. On passe sans cesse de l’un à l’autre. Rien n’est donné clé en main.

Est-ces niveaux s’affrontent ou bien au contraire se complètent?

Tout cela se complète. Cela n’enlève rien au sens de la pièce. On passe de la vie réelle du plateau à la fiction. Le spectateur reçoit la portée dramatique et se confronte aux problèmes de représentation. A mon sens, la théâtre est bien placé pour dénoncer cela. Il y a d’autres manières de paraître et accepter le fait de ne pas être entier. Je ne suis énervé lorsque j’entends « qu’il faut être 100 % soi-même». Oui mais qui est Je alors ? Ce n’est pas Je est un autre, c’est plutôt Je sont des autres ! Je n’est pas le point de départ. C’est plutôt les autres qui me font penser que je suis Je. Et dans le théâtre, chaque acteur a des multiples connexion avec lui-même mais aussi avec les autres acteurs présents sur le plateau.

Le théâtre est finalement le chantier de la comédie humaine ? L’interactivité va bien au-delà du jeu de scène ?

Cela ramène à l’ambiguïté de chacun. Il faut montrer l’acteur qui s’épuise et qui, de ce fait, permet à l’histoire d’avancer.

Qu’est ce vous apporte le théâtre ?

Le théâtre est ma vie réelle et le reste n’est presque qu’une fonction. J’observe comme les choses bougent et les gens se comportent. L’art et le monde se font face et se reflètent indéfiniment. J’y éprouve une liberté totale et on peut s’y amuser. Dans la vie réelle, on ne peut s’amuser avec le monde sans prendre le risque de mettre son intégrité en péril. Le théâtre nous plonge au coeur d’une société qu’on reconstruit. Et grâce au théâtre, on peut tout changer.

Propos recueillis par Nicolas Vidal

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