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Contes de la télé ordinaire – David Abiker

par

Contes de la télé ordinaire

David Abiker – Editions Michalo

« La télévision a cet art extraordinaire de nous inventer des regrets, des angoisses et des soulagements collectifs. »

Vous ne croiserez ni ogre, ni sorcière dans ces Contes là, seulement quelques présentatrices féériques, hommes politiques illusionnistes et animateurs monstrueux !
A travers une cinquantaine de petites histoires rédigées entre 2005 et 2008, David Abiker décrypte dans ce livre l’univers à la fois fascinant et impitoyable de l’actualité, des images et de la télévision. Attention toutefois aux effets secondaires : vous ne regarderez plus la télévision du même œil !
En effet, il évoque avec un regard critique une sélection de faits divers qui a marqué l’actualité, qu’il s’agisse de la libération de Florence Aubenas, de la mort du Pape, ou des résultats du référendum pour la Constitution européenne (et les interminables pseudo-traductions du « NON » des français). La télévision populaire est également passée au crible : du fameux rideau de Bataille et Fontaine au plateau enflammé de Fogiel, en passant par les candidats formatés des émissions de télé réalité ou encore l’entêtante publicité du 118-218 pour les renseignements, qui résonne encore dans nos oreilles, et qu’il n’hésite pas, au passage, à qualifier de « spot le plus bas de gamme de l’histoire de la réclame télévisée » !
Si l’auteur n’épargne pas les présentateurs télé, les personnalités politiques restent tout de même les principales cibles de sa plume acérée, pour notre plus grand plaisir !

Alors, la télévision, outil de manipulation ? Cet ouvrage tout entier est une réponse affirmative. David Abiker nous y livre des commentaires souvent ironiques, parfois acides, mais qui nous interpellent, tout ce qu’il a pu observer, installé devant son petit écran avec, sur les genoux, des plateaux-repas qui « rendent le JT comestible » !

Avec un humour cinglant et un ton parfois révolté, il analyse les discours télévisés, l’impact des mots choisis volontairement par les orateurs, et les « mots-images » taillés pour la télé : « Le préfixe ʻécoʼ, ça sauve l’industrie de l’ennui et de la pollution. Une éco-industrie est bien plus vertueuse qu’une raffinerie de pétrole au grand baromètre du bien commun. […]ʻcitoyenʼ fonctionne aussi très bien pour assainir les mots qui puent. Essayez Café citoyen, c’est tout de suite mieux que bar-tabac. Entreprise citoyenne, c’est bien plus chouette que multinationale ».
Il dénonce également l’exploitation des images par la télévision, ce voyeurisme forcé auquel nous sommes quotidiennement conviés, comme cette mise en lumière arrangée de l’évacuation de mal-logés parisiens : « Je trouve le plan esthétiquement magnifique, l’occasion de filmer inespérée mais il me reste quelques gouttes d’humanité et je trouve donc que cette image de « rafle, comme si j’y étais » ne sert strictement à rien. Cette image ne sert à rien, elle est illégitime, sans morale, sans nécessité, sans utilité. C’est une image organisée, un coup monté légal, les cameramen et les preneurs de son ont eu le temps de s’installer, d’attendre face à la porte qu’on va défoncer. La seule utilité de ce plan indigne est de nous convaincre que l’Etat ne fait pas rien. L’état ne fait pas rien, il fait pire. »

Il décrit également une réalité, celle de l’évolution de la télévision : les films du mardi soir qui ont peu à peu cédé la place aux émissions de coaching en tout genre, les programmes diffusés à toute heure du jour et de la nuit, les diffusions de séries que l’on attend plus parce que l’image est aujourd’hui à portée de téléchargement, « Les coupures publicitaires qui font monter les décibels » …
Au travers de ce recueil, David Abiker s’interroge sur le devenir d’une télévision qui se révèle de moins en moins indispensable. « Je prends des notes car je veux pouvoir témoigner de la fin, je veux pouvoir raconter aux enfants de mes enfants, à quoi ça ressemblait une publicité. Je veux leur dire qui était Poivre (ndlr. Comprenez Patrick Poivre d’Arvor), cet homme à la parole magique qui disait « Madame Monsieur Bonsoir » à des gens qui n’étaient pas dans la même pièce que lui. »
On partage volontiers ses doutes, mais il est certain que si notre télévision lui inspire de tels ouvrages, elle n’est pas prête de rejoindre le grenier !
Un ouvrage à consommer sans modération, qui incite à la réflexion tout en nous faisant passer un véritable bon moment… loin du petit écran !

Mélina Hoffmann

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