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Quand les écrivains français cherchent à s’exporter

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Quand les écrivains français cherchent à s’exporter aux USA

par Vanessa Gondouin Haustein

Organisé par le service culturel de l’ambassade de France à New York et par Cultures France, chargé de promouvoir la culture française à l’étranger, le premier festival de ‘’New French Writing’’ s’est déroulé à l’Université de New York, du 26 au 28 février dernier. Ce festival a été l’occasion pour les onze écrivains français invités de mettre en lumière le fossé littéraire entre les Etats-Unis et la France et le manque d’intérêt américain pour les écrivains français. « La culture française est morte », c’est ce qu’annonçait le journaliste Donald Morrison, en 2007, à la une du célèbre magazine Time. Les écrivains français ne parviennent plus à s’exporter à l’étranger et cherchent à être traduits par des maisons d’édition américaines. Le service culturel de l’ambassade de France à New York estime à environ trois pour cents le nombre de titres étrangers traduits aux Etats-Unis dont un pour cent consacré à la littérature française. Le roman français en version originale est un objet rare en voie de disparition, souvent bien rangé sur une étagère d’une bibliothèque à l’étage. Quant au roman français traduit en Anglais, les Américains ne s’y intéressent guère. Jean-Marie Le Clézio illustre parfaitement l’exemple du manque de considération des Américains pour le prix Nobel de littérature français. L’œuvre extrêmement riche de Le Clézio est quasiment absente des rayons des librairies américaines. En revanche, l’écrivain Irène Nemirovsky, décédée en 1942, connaît actuellement un énorme succès avec sa ‘’Suite française’’.
Le Festival des nouveaux écrivains français, mis sur pied par le journaliste français Olivier Barrot et le professeur de littérature française à l’université de New York Tom Bishop, a tenté en trois jours de faire découvrir aux Américains quelques auteurs français traduits en Anglais comme Bernard Henri-Levy, Frédéric Beigbeder, Marie Darrieussecq, Marjane Satrapi, Emmanuel Carrère… Vendredi 27 février, 16 heures, le grand amphithéâtre de l’Université de New York à atteint sa capacité maximale de 800 personnes. Plusieurs personnes massées à l’extérieure tentent de capter quelques bribes de la discussion qui oppose BHL au professeur en journalisme américain Mark Danner. Le public est principalement composé de francophones intellectuels, installés depuis longtemps à New York. Les autres rencontres de l’après-midi entre Jean-Philippe Toussaint et Siri Hustvedt, écrivain et femme de Paul Auster, et entre Marjane Satrapi et Chris Ware remportent un certain succès, avec pas moins de 800 personnes. « J’ai l’impression que ce festival est une raison d’espérer que la culture française n’a pas complètement disparu », lance Frédéric Beigbeder devant un auditoire composé principalement de Français. En face-à-face avec l’écrivain et journaliste américain Paul Berman, Beigbeder note avec satisfaction l’intérêt de Berman pour la France, notamment avec son ouvrage sur Mai 68 en France ‘’Cours vite, camarade ! ‘’, à la différence de cette Amérique « de moins en moins curieuse de ce qu’il se passe à l’étranger ».
Fini le temps où, dans les salons américains, on lisait Sartre, Balzac, Camus ou Duras. Désormais, c’est la littérature américaine qui est en train d’envahir le marché français. Impossible de passer à côté de Paul Auster, Philippe Roth, Tom Wolfe ou William T. Vollmann. La culture française et le rayonnement international de la France jusqu’à la première moitié du XXe siècle sont en train de disparaître peu à peu. Les nouveaux auteurs français sont de moins en moins représentés à l’étranger et le marché américain semble être passé complètement à côté des contemporains français comme Daniel Pennac, Amélie Nothomb, Anna Gavalda ou encore Jean-Christophe Grangé.
Frédéric Beigbeder note que « dans le passé, c’était extrêmement Français de montrer sa vision au reste du monde. Aujourd’hui, c’est très américain d’exporter ses valeurs au reste du monde ». « En France, on oublie souvent de contenir tout l’univers en quelques chapitres, alors que les Américains ont une vision beaucoup plus large sur le monde que la nôtre. Nous manquons d’ambition et eux, pendant ce temps, ils écrivent des livres de 900 pages dans lesquels ils contiennent le monde entier », ajoute l’écrivain français.
Traduction, et non adaptation
L’œuvre magistrale et considérable des écrivains français connaît des difficultés de traduction. Les grandes maisons d’édition étrangères privilégient l’adaptation plutôt que la traduction, plus pratique et plus rapide. Ainsi, le roman ‘’99 Francs’’ de Frédéric Beigbeder est devenu ‘’9,9 £’’, un roman dans lequel les personnages évoluent dans le monde de la nuit londonienne, avec des prénoms typiquement Britannique, dénaturant totalement l’écriture première du livre, d’un jeune publiciste dans les soirées branchées parisiennes.
Afin de faire face à cette faille, le service du livre de l’ambassade de France à New York s’attache depuis plusieurs années à développer les écrivains français aux Etats-Unis. Il s’efforce notamment de mettre en avant et de valoriser le travail de traduction. Par le passé, environ 300 titres, toutes langues confondues, étaient traduits par an aux Etats-Unis. Ce chiffre est désormais tombé à 150 par an, toutes langues confondues. En revanche, « le nombre de traductions en France d’ouvrages étrangers et notamment d’ouvrages américains, dépasse les 50 % », note Fabrice Gabriel, attaché du livre à l’ambassade de France. Très actif, le service culturel de l’ambassade organise régulièrement des tournées, des festivals afin de promouvoir les auteurs français à l’étranger. Fabrice Gabriel reconnaît que la faible pénétration des auteurs français sur le marché américain est notamment liée à la difficulté de la traduction, pour se faire l’ambassade insiste auprès des traducteurs américains à se rendre en France pour s’imprégner de la langue et de la culture française. « Le plus difficile avec la littérature française, ce sont les différences culturelles : les allusions, les idées reçues qui sont parfaitement évidentes pour les Français mais inconnues ou incompréhensibles pour les Américains », note Jordan Stump, professeur de Français à l’université du Nebraska et traducteur d’Eric Chevillard, auteur français de ‘’La nébuleuse du crabe’’ et ‘’Au plafond’’. « Comment un Chevillard américain parlerait-il ? », s’interroge le traducteur. Le plus difficile c’est de « trouver une voix américaine capable de dire ce que dit cette voix française, ce qui n’est pas évident du tout. Mais un bon écrivain rend beaucoup plus légère la tâche d’un traducteur », conclut-il.

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