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Rémy Basque

Rémy Basque, votre livre vient de sortir aux Editions Apogée. Vous y dévoilez vos plus belles photographies d’oiseaux, fruit de trente années d’observation, de patience et d’émerveillement. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces années de ”cohabitation” ? Pour pratiquer la photographie animalière, il faut avant tout y prendre du plaisir. Dans mon cas la nature […]

propos recueillis par

Rémy Basque, votre livre vient de sortir aux Editions Apogée. Vous y dévoilez vos plus belles photographies d’oiseaux, fruit de trente années d’observation, de patience et d’émerveillement. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces années de ”cohabitation” ?
Pour pratiquer la photographie animalière, il faut avant tout y prendre du plaisir. Dans mon cas la nature m’a énormément donné et ces 30 années sont jalonnées de milliers de souvenirs. La cohabitation intime avec les oiseaux est une histoire sensuelle où tous les sens sont en éveil. Dormir dans son affût et se réveiller au petit matin comme un voyeur invisible qui entrebâille le monde secret des oiseaux, voilà un peu l’esprit, penser oiseaux quelques instant… et essayer d’immortaliser toutes ses sensations. Trente années à chercher la lumière, l’attitude, le décor, l’arrière-plan, à essayer de réaliser des photos qui racontent une histoire… Voilà ce que j’ai cherché à mettre dans ce livre.

Espagne, Pays-Bas, Bulgarie, Californie… Vous êtes allé à la rencontre d’oiseaux du monde entier, à la recherche d’instants rares à immortaliser. Quel est votre meilleur souvenir ? Votre plus grande satisfaction ?

Mes meilleurs souvenirs sont justement dans le livre. Ils sont très nombreux, et ils ont évolué avec l’expérience du photographe. Au début, le cœur palpite à l’arrivée d’une mésange, ensuite, peu à peu on met la barre plus haut mais on a toujours la montée d’adrénaline lorsque caché dans un affût après des heures d’attente on se dit soudain « Le voilà !» J’ai des souvenirs inoubliables, surtout avec le balbuzard pêcheur, je raconte cela dans le livre…

Au fil des photographies, vous n’hésitez pas à prêter la parole à vos sujets ! Des dialogues drôles, très à-propos, parfois un brin caustiques, qui donnent beaucoup de légèreté et de fraîcheur à votre ouvrage. Comment vous est venue cette inspiration ?

La nature m’a beaucoup donné de plaisir et très vite j’ai souhaité lui renvoyer l’ascenseur. Pour ce faire, pendant près de 30 ans, je me suis occupé bénévolement d’une réserve naturelle. J’ai défendu bec et ongles de nombreux dossiers qui me tenaient à cœur mais après toutes ces années, j’ai compris que la plupart des décideurs se moquent pas mal de l’environnement. Comme dit un oiseau dans le livre «Avant les élections, les politiques, ils en ont plein la bouche de l’environnement, après les élections ils en ont rapidement plein le cul, normal, simple chronologie de la digestion ! » Voilà un exemple de dialogue, cela m’a permis de vider mon sac en quelque sorte. J’ai légendé mes photos à la manière d’un humoriste qui légende son dessin d’actualité dans la presse. Les dialogues sont bien sûr caricaturaux mais le plus souvent appuient là où ça fait mal. On obtient un livre décalé par rapport aux traditionnels ouvrages sur la faune. L’abord est moins sérieux, mais sous le ton de la plaisanterie, se cachent toutes nos contradictions.


Souvent avec ironie, parfois avec violence, vous attirez l’attention sur la protection de l’environnement et sur la manière dont notre société détruit, lentement mais sûrement, notre patrimoine naturel, notre richesse. Quel message aimeriez-vous faire passer aujourd’hui à vos lecteurs et au reste du monde ?

D’un naturel optimiste, j’avoue que sur ce sujet je ne le suis guère. Les hommes sont encore très loin de respecter notre planète et je frémis en voyant par exemple la déforestation et le pillage des océans. La nature est bonne fille, elle panse au mieux nos effractions, mais tout est en équilibre et je crains dans un avenir proche un effondrement de ce château de cartes. Le message à faire passer, je le dis dans le livre, le bonheur est simple, alors « Profitez du coucou qui revient en avril, du gardon qui frétille au bout de votre ligne, du hérisson qui traverse le jardin… » si l’on ne change rien, tous ces petits bonheurs quotidiens vont peu à peu disparaître, la vie alors aura beaucoup moins de saveur.

Vos photographies, aussi bien que vos textes, sont fortement imprégnés de votre passion, le lecteur ne s’y trompera pas et il y a de fortes chances pour qu’il en redemande ! Quels sont vos projets à l’heure actuelle ?

Je serai très satisfait si « Plumes au vent » rencontre le succès. Je continue bien sûr à engranger les photos. Je travaille depuis un an sur les sternes. Parallèlement, j’essaie de voyager. J’arrive des USA avec un travail sur la baleine à bosse alors qu’en mai j’ai passé deux semaines à photographier les oiseaux espagnols. Je referai avec plaisir une suite à « Plumes au vent ». J’aime bien ce concept, cette idée de mélanger mes meilleurs photos avec des textes d’anecdotes et de saupoudrer le tout avec des légendes humoristico-urticantes.

Propos recueillis par Mélina Hoffmann

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