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Véronique De Bure, éditrice aux Editions Stock

 » Un manuscrit intéressant ? C’est une idée originale, un ton et une personnalité. Un auteur au charisme certain et, bien sûr, dont la légitimité et la crédibilité sont parfaites. »

propos recueillis par

Véronique, qu’est ce qui vous a incité à devenir éditrice ?
Tout simplement un stage dans une maison d’édition, alors que je me destinais à devenir interprète !

Quels sont les raisons principales qui vous poussent à refuser un manuscrit?
S’il s’agit d’un roman, s’il n’est pas très au-dessus du lot, par la forme comme par le fond, étant donné l’exigence littéraire de Stock, je refuse. Pour un document, c’est un peu différent. En général, lorsqu’on me propose un manuscrit, il n’est pas bon, mal construit, mal écrit… Bien plus qu’un romancier, un auteur de document doit être guidé, accompagné. Aussi je fonctionne plutôt à l’envers : si je repère quelqu’un qui m’intéresse (dans la presse, à la télévision, à la radio), c’est moi qui fais le premier pas et lui propose un sujet ou, tout simplement, une rencontre d’où pourra sortir un projet. Ce peut être aussi une idée de livre qui me séduit et je vais alors chercher l’auteur qui pourra s’en emparer. Bref, je travaille surtout « à la commande ».

Qu’est ce qui vous séduit avant tout dans un projet littéraire?
Une idée originale, un ton et une personnalité. Un auteur au charisme certain et, bien sûr, dont la légitimité et la crédibilité sont parfaites. Dans le domaine des essais et documents, et plus encore pour un récit personnel, la personnalité de l’auteur est capitale. Il est en effet très difficile aujourd’hui de vendre sans un bon passage à la télévision et à la radio.

Si vous aviez un conseil à donner aux auteurs qui cherchent à publier mais sans succès?
C’est difficile… En général, il s’agit d’auteurs de roman. On ne dira pas la même chose à celui qui est refusé parce qu’il ne sait pas écrire ou n’a aucun sens de la narration, et à celui dont le texte souffre peut-être d’un manque de maturité, ou, comme souvent dans le cas d’un premier roman, est « sur-écrit ». Certains petits trucs à éviter absolument : l’envoi par mail, l’impression recto-verso, les polices de caractère autres que classiques (il n’y a rien de plus illisible qu’un manuscrit écrit en italique !), envoyer une seconde fois un texte qui a été refusé en arguant qu’on l’a retravaillé…

Est-ce facile d’imposer ses coups de coeur et ses idées en comité éditorial lorsqu’on est une femme?
Honnêtement, tout dépend de la maison d’édition pour laquelle vous travaillez. L’affectif et le subjectif tiennent une grande place dans notre métier. J’ai travaillé dans des maisons où je dirais que, oui, le fait d’être une femme me mettait en position de faiblesse pour défendre mes projets. Ce n’est absolument pas le cas chez Stock dont le patron, Jean-Marc Roberts, est extrêmement attentif à chaque projet, très ouvert et fait confiance à ses éditeurs, hommes et femmes.

Pensez-vous que les auteurs de talent puissent-ils être oubliés lorsque leur manuscrit arrive par la poste?
Franchement, je ne le crois pas.

Y a-t-il d’après vous une façon différente d’écrire et d’appréhender une histoire quelle qu’elle soit selon qu’on est une femme ou un homme ?

Oui, bien sûr, et heureusement !

Parlez-nous de la dernière publication au sein de votre maison ?

J’ai publié un document sur les serial killers, Un tueur peut en cacher un autre, sans doute le meilleur dans sa catégorie (l’auteur, d’ailleurs, est une femme !). Malheureusement, je suis un peu déçue du résultat en termes de ventes. Trop d’ouvrages consacrés au même sujet nous ont fait concurrence en raison de l’actualité (procès Fourniret). En outre, l’auteur ayant accumulé beaucoup de retard dans l’écriture, nous sommes sortis quinze jours trop tard. Et quinze jours, ça compte. Pour terminer, je vous dirai juste un mot d’un récit que nous publions à la rentrée littéraire, d’un auteur qui me suit depuis plusieurs années, Jean-Louis Fournier. C’est un texte bouleversant, un livre que je qualifierai de « rare » et qui, j’en suis certaine, sera l’un des événements littéraires de la rentrée 2008.

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