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Rencontre avec Eugène Green

Eugène Green vient ce mois-ci nous parler de son art et de son cinéma. Qui n’a jamais entendu parler de la Barbarie et de la Nouvelle York doit immédiatement se plonger dans ce monde.

Du Green dans le texte et dans l’écran !

propos recueillis par

Eugène, vous êtes new-yorkais de souche depuis expatrié en France? pourquoi avoir rejoint la France?

Je n’aime pas trop partir de cette définition, puisque « de souche » veut dire enraciné quelque part, et « expatrié » signifie exilé de sa « patrie » sur un sol étranger. Je suis né ailleurs, quelque part. Il paraît que ce lieu s’appelle la Nouvelle York. Ce n’est pas, en tout cas, ma « patrie ». J’ai une certaine faculté pour m’attacher à des lieux différents et pour m’y adapter, mais je suis chez moi en France, et si j’ai une « patrie », c’est la langue française. C’est d’ailleurs peut-être là la réponse à votre seconde question : je me suis établi en France parce que je m’y sens bien, mais surtout parce que j’étais à la recherche d’une langue (les Barbares n’en ayant pas), et quand j’ai découvert la langue française, j’ai eu l’impression d’y avoir déjà vécu.


Réalisateur, scénariste, metteur en scène, écrivain, dialoguiste, acteur! Vous avez une carrière importante. Qu’est ce qui vous a poussé à plonger dans le monde artistique?

Depuis ma petite enfance – même si je ne pouvais alors l’exprimer de cette façon – je suis convaincu de l’irréalité du monde, tel qu’il apparaît en surface, et de l’existence d’une réalité cachée. Cela rend tragique la condition de l’homme, obligé de jouer une fiction, et privé d’une connaissance directe de ce qui est réel. L’expression artistique s’est imposée naturellement à moi comme moyen de vivre ce paradoxe, de trouver le sens caché du monde, et de le partager avec les autres.


Où puisez-vous votre inspiration, Eugène?

Comme toute création humaine part de la vie vécue de l’artiste, même pour quelqu’un comme moi qui déteste tout ce qui relève de la confession et de l’autofiction, on peut dire que l’inspiration vient des choses connues, qu’elles soient extraordinaires ou des plus banales. Mais en même temps, je crois fortement à la notion de la grâce, qui, pour un artiste, s’apparente à la mania que Platon attribue au poète possédé par une puissance divine. C’est peut-être la grâce qui nous révèle la réalité cachée dans notre expérience vécue, réalité que nous rendons apparente dans la création artistique.

Si vous aviez un conseil à donner à de jeunes réalisateurs, quelles seraient pour vous les qualités requises pour réussir dans le cinéma?

Là il faut préciser ce qu’on veut dire par « réussir » dans le cinéma. S’il s’agit de trouver facilement des financements, de tourner régulièrement, et de faire beaucoup d’entrées, il faut suivre les recettes des produits audiovisuels barbares : un scénario bien ficelé et correspondant à un « genre » précis, des vedettes, et une leçon morale qui aidera les spectateurs à distinguer le Bien du Mal. En revanche, si on veut « réussir » artistiquement, il faut s’armer de beaucoup de patience et de courage, et suivre le conseil que Polonius donne à Laertes : To thine own self be true – sois fidèle à toi-même.

Apparemment, votre prochain film est en route. Quel en sera le thème?

J’ai trois projets de film en cours, et, comme je n’ai pas tourné de long-métrage depuis quatre ans, j’espère les enchaîner très rapidement. L’un, c’est une méditation sur l’état de la civilisation européenne à travers la culture des Basques, un autre, c’est une évocation, au moyen d’une fiction contemporaine, de la figure de Nicolas de Staël, et celui que je dois réaliser en premier est un film majoritairement portugais, et dans cette langue. Comme ailleurs dans mes films, un lieu – ici la ville de Lisbonne – fait croiser les destins de plusieurs personnes, autour du personnage central d’une jeune actrice, et on peut dire que c’est une méditation sur le rôle de la spiritualité et de l’amour dans le monde actuel.

Tout cela est très grave, parce que vous m’avez posé des questions sérieuses. En fait, je préfère être drôle.

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