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Relations épistolaires par Sophie Sendra

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En ce début d’été, vous êtes peut-être en vacances. La plage, la montagne, le rien faire, le repos. Un peu de lecture sans doute.

Un livre ou notre magazine (bien entendu) vous détendent. L’air de rien, vous êtes peut-être en voyage, quelque part et vous avez le sentiment qu’il faudrait envoyer une carte postale, histoire de dire que vous avez pensé à votre famille, à vos amis.

En ce début d’été, vous êtes peut-être en vacances. La plage, la montagne, le rien faire, le repos. Un peu de lecture sans doute.
Un livre ou notre magazine (bien entendu) vous détendent. L’air de rien, vous êtes peut-être en voyage, quelque part et vous avez le sentiment qu’il faudrait envoyer une carte postale, histoire de dire que vous avez pensé à votre famille, à vos amis.
La fameuse petite carte postale de nuit ou de jour, avec vue sur la mer, les monts verdoyants, avec les quatre photos du village etc.

Vécu

Au moment de la (ou les) poster, vous avez l’impression que quelque chose de différent se passe. Ce « quelque chose » c’est le sentiment d’être réellement en vacance car ça n’est pas une facture que vous postez, ni un formulaire, ni un arrêt de travail, mais bel et bien autre chose.
L’expérience de la boîte aux lettres (ou boîte à poster pour nos amis canadiens) est à ce moment là très particulière. De même, lorsque vous ouvrez la vôtre et que vous recevez non pas des enveloppes non désirées (nous tairons la liste, vous êtes au repos) mais la carte de votre enfant qui vous donne des nouvelles de la colonie de vacance : « chèr maman, je vé bien est je m’amuse avec mai copin. Il fai bau et ces coule. Bizou ». Après la joie et l’extase de la première lecture, le « ben, il ‘s’est pas foulé !! » vient aux lèvres et les fautes d’orthographes viennent ponctuer le commentaire.
Quand ça n’est pas le grand qui vous fait part de son séjour : « tou va ok. Plein 2 kops. A +. Biz ».
Joie du texto version carte postale. Allons plus loin que ce vécu…
Qu’en est-il de la relation épistolaire 1 ?

Action

En achetant vos cartes postales prenez un carnet de pages blanches et des enveloppes. Tentez d’écrire une lettre plus longue qu’une carte.
Les relations épistolaires nous intéressent indubitablement puisque les livres consacrés aux écrivains et grands de ce monde qui ont entretenu ces relations se vendent bien 2. Nous aimons savoir et comprendre le genre de relations qu’entretenaient ces personnages souvent « haut en couleur ». Nous aimons nous immiscer dans leur intimité, dans leurs relations amoureuses et
amicales.
Le problème qui se pose est de savoir ce que nous lirons dans 50 ou 60 ans.
Les relations épistolaires se font rares, elles disparaissent.
Vous avez certainement gardé des lettres de vos amis ou de votre famille. Des lettres importantes à vos yeux. Des lettres d’amour(s), des poèmes, des petits mots laissés le matin que quelqu’un vous aura adressé à un moment de votre vie.
Si vous regardez dans cette boîte à secrets et à souvenirs vous vous apercevrez que cela fait longtemps qu’une de ces petites feuilles n’est pas entrée dans ce sanctuaire.
Les cartes postales s’entassent sans doute sur votre réfrigérateur ou se laissent enfermer dans un de vos livres, comme marque page…
Où sont nos lettres, vos lettres ? Ces petits mots délicieux, ces souvenirs ?
En fait, tout est affaire de « boîtes ».

Réaction

Vous avez tenté l’expérience ? Tentatives : « Chers vous, … ». Après un temps… « je suis en vacances et je passe un bon moment de détente… » Vous changez de feuille… « Chers vous, … » Un temps… « je vous écris… » Ben oui, ça se voit… Une autre feuille… « Chers vous, … »
Difficile n’est-ce pas puisque la feuille est grande, immense, infinie et qu’il faut la remplir si on ne veut pas entendre en bruit de fond « ben, il ‘s’est pas foulé !!! ».
Difficile expérience de la lettre, expérience oubliée au profit des courriels et autres cartes postales où le petit carré rassure. Il est étroit et la panne du descriptif des vacances est vite oublié.
Il faut un courage immense pour entreprendre une telle aventure, celle de l’écriture pour se raconter et donner de ses nouvelles.
Que va-t-on lire dans quelques années ? Imprimez-vous vos courriels ? Certes non. Voulez-vous faire le bonheur de vos proches si lointain depuis quelques années, de ces amis que vous estimez et qui se connectent si peu, de votre famille que vous voyez peu et à qui vous téléphonez de temps en temps ? Écrivez une lettre. Une de ces lettres que vous receviez et que vous gardez comme de vieilles reliques. Ils feront de même. Ils conserveront votre lettre comme un trésor.


S’il fallait conclure

« Chers lecteurs, je vais partir en vacances en montagne. Je serai là pour le prochain numéro.
J’ai, tout ce mois, pensé à vous et je voulais vous écrire pour vous remercier de votre gentillesse, celle de me lire tous les mois. J’espère que vous allez bien et que la boîte aux lettres dans laquelle vous posterez vos cartes vous fera sentir en vacances à votre tour. Vous penserez à moi désormais lorsque vous vous approcherez de cet intemporel, de ce triangle des Bermudes qui vous fera sentir différent. Je prendrai mon calepin et je tenterai à mon tour d’écrire une lettre, une vraie et je penserai à vous qui, je l’espère, ferez la même chose. Bien à vous, amitiés, Sophie Sendra ».
Je timbre. Et… c’est dans la boîte.

Sophie Sendra
Docteur en Philosophie
Spécialiste de la Conscience et de la Perception

1 . Du latin épistula, lettre.
2 . Lisez ou relisez : Poèmes et correspondances choisis, 1870-1891, Arthur Rimbaud, Gallimard, 2007 ;
L’épistolaire au féminin, Correspondances de femmes (XVIII-XX° siècle), Diaz Siess, PU de Caen, 2006 ;
Correspondances à trois voix, 1888-1920, André Gide, Pierre Louys, Paul Valéry, Gallimard, 2004 ; Correspondances
Anglaise, Alexis de Tocqueville, Gallimard, 2003 ; Correspondances, Henri Bergson, PUF, 2002 ; Sand
Correspondances, Tome 3, George Sand, Dunod, 1999 ; Une vie de correspondances (1938-1988), Françoise Dolto, Gallimard, 2005.

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