JBG: « La liberté, c’est épuisant. Elle implique responsabilité, risque, conflit, incertitude. L’algorithmisation offre exactement l’inverse »

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Dans cet entretien dense et documenté, JBG démonte les mécanismes d’une mutation silencieuse du pouvoir. Derrière les mots de « régulation » et de « protection », il décrit une reconfiguration profonde du débat démocratique : migration de la censure vers les algorithmes, pression normative du Digital Services Act, montée en puissance des identités numériques et verrouillage progressif des infrastructures publiques.

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Appuyé sur des textes précis — du règlement européen DSA au rapport du Congrès américain The Foreign Censorship Threat – Part II — et convoquant Hannah Arendt ou Naomi Klein,  avance une thèse frontale : le danger contemporain ne réside pas dans l’interdiction visible, mais dans l’architecture technique qui redéfinit, en amont, ce qu’il devient possible de dire, de contester ou même d’exister.

 

Vous évoquez une « convergence inédite entre la technologie, les intérêts économiques et le pouvoir politique ». Concrètement, quels dispositifs illustrent cette convergence, et en quoi modifient-ils déjà les conditions du débat démocratique ?
Oubliez l’image du censeur en uniforme qui barre des passages à l’encre rouge ou noire. La censure moderne ne ressemble pas à la censure. Elle ressemble à un algorithme qui déréférence votre publication, à un système de modération qui réduit votre visibilité de 90 % sans vous en informer, à un formulaire de vérification d’identité qu’il faut remplir avant de pouvoir publier un message de 280 caractères. Elle est invisible, automatisée, et parfaitement légale.
Cette convergence se manifeste à travers deux transformations structurelles.
La première : le pouvoir de réguler la parole publique a quitté les tribunaux pour migrer vers des systèmes techniques opérés par des entreprises privées.
La seconde : des infrastructures d’identité numérique conditionnent progressivement l’accès à l’espace public numérique. Les deux se renforcent mutuellement. Et les deux avancent sous couvert de protection.

« Le pouvoir de réguler la parole publique a quitté les tribunaux pour migrer vers des systèmes techniques opérés par des entreprises privées »

 

Prenons le Digital Services Act, le règlement européen entré en vigueur en 2024. Sur le papier, il n’impose pas la suppression de contenus légaux. En pratique, il …

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