Une pétition pour la perpétuité réelle des violeurs d’enfants relance le débat pénal en France
Tout part d’une accumulation de faits d’une violence extrême, révélés ces dernières semaines par la presse. Une pétition en ligne, portée par l’Institut pour la Justice, appelle désormais à un changement radical de la loi pénale : instaurer la perpétuité réelle pour les violeurs d’enfants. Un mot d’ordre sans détour, assumé, qui s’inscrit dans un contexte judiciaire et sociétal de plus en plus tendu autour des violences sexuelles sur mineurs.
L’élément déclencheur est l’affaire Pierre-Alain Cottineau, révélée notamment par le journal Le Point. Cet homme, habilité à accueillir des enfants placés par les services sociaux, est accusé d’avoir organisé des viols collectifs sur plusieurs mineurs. Parmi les faits rapportés figure le viol filmé d’une petite fille handicapée, présentant un retard cognitif, à la sortie du bain. L’enquête a ensuite mis au jour des accusations encore plus lourdes et effrayantes.
Dans le même temps, une autre affaire refait surface dans la presse régionale. À Lille, un homme est soupçonné d’avoir organisé des soirées durant lesquelles son propre fils, âgé de cinq ans, aurait été violé. Deux dossiers distincts, mais une même sidération. Et une même question qui traverse l’opinion publique : comment de tels crimes peuvent-ils encore être sanctionnés par des peines perçues comme insuffisantes ?
La pétition avance des chiffres qui donnent l’ampleur du phénomène. En France, environ 29 000 personnes sont mises en cause chaque année pour des faits de pédocriminalité, un chiffre en hausse de 56 % en cinq ans. Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, le nombre réel de victimes atteindrait près de 160 000 enfants par an. Des données qui suggèrent un écart massif entre les faits subis et les affaires judiciairement traitées.
Le texte insiste sur un point central : les violences sexuelles sur mineurs ne sont pas seulement des crimes individuels, mais des traumatismes durables aux conséquences sociales lourdes. Les atteintes physiques, psychologiques et cognitives se prolongent bien au-delà de l’enfance. Certaines analyses soulignent également le risque de reproduction des violences à l’âge adulte, non comme une fatalité, mais comme l’un des effets destructeurs de ces crimes.
Sur le plan juridique, la revendication est claire. Aujourd’hui, le Code pénal prévoit une peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle pour le viol sur mineur. Le viol accompagné d’actes de barbarie est passible de la réclusion criminelle à perpétuité, mais une perpétuité dite « simple », qui permet des aménagements de peine. Dans les faits, une sortie de prison après une vingtaine d’années reste possible. Dans le cas de Pierre-Alain Cottineau, cela signifierait une libération potentielle avant l’âge de 55 ans.
C’est précisément ce point que conteste l’initiative portée par Axelle Theillier, présidente de l’Institut pour la Justice. La pétition demande un rehaussement général des peines : la perpétuité pour tout viol sur mineur, et la perpétuité réelle, sans possibilité d’aménagement, pour les viols accompagnés d’actes de barbarie. L’objectif affiché est double : protéger durablement la société et reconnaître la gravité absolue de ces crimes.
Derrière cette mobilisation, une fracture apparaît de plus en plus nettement entre une partie de l’opinion publique et le cadre pénal actuel. Les principes fondamentaux de la justice pénale, présomption d’innocence comprise, ne sont pas remis en cause dans leur principe. Mais la question posée est celle de la réponse de l’État face à des crimes qui détruisent des vies dès l’enfance et dont les auteurs récidivent fréquemment.
La pétition ne propose pas une réforme technique à la marge. Elle exige un basculement assumé de la philosophie pénale sur les violences sexuelles faites aux enfants. Reste à savoir si cette exigence, portée par l’émotion mais aussi par des données chiffrées, trouvera un écho au Parlement. Ou si, une fois encore, l’indignation collective se heurtera au mur des équilibres politiques et juridiques
Le lien pour signer la pétition : https://petition.institutpourlajustice.org/perpetuite-pour-violeurs