Grok passe 43 000 règlements de l’Union européenne à la moulinette : 89% sont à supprimer
Soixante-sept ans de production normative européenne. Des traités fondateurs aux règlements les plus récents, l’Union européenne a fabriqué, depuis 1958, un corpus de 43 382 textes réglementaires qui s’empilent comme autant de strates géologiques d’une bureaucratie en croissance perpétuelle. Et si on demandait à une IA d’en faire le grand ménage ?
C’est exactement ce qu’a fait le projet BetterEU, disponible sur bettereu.com. Le principe est d’une brutalité réjouissante : soumettre l’intégralité de la réglementation européenne à Grok 4.1, le modèle d’intelligence artificielle développé par xAI, la société d’Elon Musk, avec pour seule instruction de rendre un verdict binaire — KEEP ou DELETE. Garder ou supprimer. Pas de nuance, pas de commission d’experts, pas de groupe de travail qui remettra ses conclusions dans dix-huit mois. Un verdict. Immédiat.
Le résultat, affiché en temps réel sur le site, a de quoi faire pâlir les fonctionnaires du Berlaymont : Grok recommande de supprimer 89% des textes. Quatre règlements sur cinq, jugés inutiles, obsolètes ou franchement contre-productifs par une machine nourrie aux travaux de Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Milton Friedman — les trois parrains intellectuels que les créateurs du projet ont explicitement assignés à l’IA dans son prompt système. La couleur idéologique est assumée, ce qui a le mérite de la transparence.
Le projet est open source — le code, un unique fichier en Clojure, est consultable sur le site — et le prompt donné à Grok pour chaque analyse est lui aussi rendu public. On y apprend que l’IA est invitée à se comporter comme la tête d’une agence fictive dont la mission est de remettre le continent européen sur la voie de la prospérité, de la liberté individuelle et de la grandeur. Romanesque, certes. Mais le fond de la démarche pointe quelque chose de réel : l’accumulation normative européenne est un problème que Bruxelles elle-même a fini par reconnaître.
Car il faut rappeler que la Commission d’Ursula von der Leyen ne dit pas autre chose, en termes plus policés. La Commission s’est fixé l’objectif de réduire de 25% les charges administratives pesant sur les entreprises, et de 35% pour les PME, d’ici la fin de son mandat en 2029. Cet effort de simplification vise à permettre aux entreprises d’économiser plus de 37 milliards d’euros par an. Trente-sept milliards d’euros annuels d’économies potentielles — c’est la Commission elle-même qui le reconnaît. Ce chiffre dit tout de l’ampleur du problème, et rien du tout de la vitesse à laquelle Bruxelles entend le résoudre.
BetterEU, lui, n’attend pas. Le graphique affiché sur le site est en soi un document : les barres représentant le volume de réglementation par année d’adoption s’élèvent depuis les années 1990 en un crescendo impressionnant, avec une densité normative qui explose à mesure qu’on approche des années 2000 et 2010. Soixante-sept ans à accumuler, et une IA qui balaie tout ça en quelques heures pour un coût total affiché — avec une honnêteté presque comique — de 31 dollars.
Est-ce que la méthode est parfaite ? Évidemment non. Un règlement ne se lit pas comme une notice de montage Ikea. L’outil ignore les interdépendances entre textes et les nuances législatives, mais fonctionne comme un audit à grande échelle pour identifier incohérences et doublons.
Mais là n’est pas vraiment la question. Ce que BetterEU fait, avec une efficacité que des décennies de rapports parlementaires n’ont pas réussi à atteindre, c’est rendre visible l’absurdité de l’accumulation. Quarante-trois mille textes en soixante-sept ans, qui mobilisent des bataillons d’avocats, de consultants et de juristes d’entreprise dont l’unique mission est de naviguer dans un labyrinthe que personne, au sens propre, n’est capable d’embrasser en totalité.
Il y a une ironie savoureuse dans le fait que ce soit Grok — l’IA de Musk, actuellement sous le feu des procédures européennes pour d’autres raisons — qui soit chargée de faire le ménage dans la maison de ceux qui l’attaquent. La Commission européenne a ouvert une enquête formelle visant à déterminer si X respectait ses obligations au titre du DSA, notamment en ce qui concerne l’évaluation et l’atténuation des risques systémiques liés au déploiement de Grok. D’un côté, Bruxelles traîne Musk devant ses régulateurs. De l’autre, un développeur utilise l’outil de Musk pour démontrer que la moitié de ce que fabrique Bruxelles ne devrait peut-être pas exister.
La vraie question que pose BetterEU n’est pas de savoir si Grok a raison sur chaque texte individuel. C’est de savoir pourquoi il a fallu attendre qu’un inconnu dépense 31 dollars sur une API pour que quelqu’un, quelque part, daigne poser la question frontalement. Soixante-sept ans, 43 382 règlements, et personne à Bruxelles n’avait jugé utile de faire le bilan. Voilà qui en dit long sur l’institution — et sur ceux qui la dirigent, avec son lot de corruptions, de collusions et de tentations totalitaires sur les peuples européens.