(Vidéo) Alexandre Jardin: « Ce député a prononcé une phrase de facho et de stalinien »

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Vendredi 15 février au matin, Alexandre Jardin publie une vidéo de 1 minute 47 sur le réseau X. Le romancier et essayiste y raconte une scène vécue quelques heures plus tôt dans les coulisses d’un plateau de télévision. Selon son récit, il y aurait croisé « un des piliers de la macronie », député en exercice, à qui il aurait lancé : « C’est très grave ce que vous faites. Vous faites un coup d’État administratif. » La séquence a rapidement circulé. À 8h40, la publication dépassait déjà les 100 000 vues.

Au cœur de son indignation : un mécanisme qu’il qualifie de « coup d’État administratif » et qui, selon lui, ferait passer l’équivalent de 300 milliards d’euros de dépenses ou d’engagements sans vote parlementaire explicite, avec un impact direct sur la facture d’électricité des Français. Alexandre Jardin rapporte la réponse du député : « La démocratie, ça marche quand il y a une majorité. Là, il fallait bien qu’on avance. » Phrase courte, brutale, assumée. C’est elle qui concentre l’essentiel de la controverse.

Dans le récit de l’écrivain, cette justification traduirait une sortie de la culture démocratique classique, fondée sur la représentation et le vote. Il décrit un pouvoir qui, faute de majorité claire, s’autoriserait à gouverner par des mécanismes techniques, administratifs ou réglementaires pour contourner l’obstacle parlementaire.

Il faut rappeler ici un point essentiel : en droit français, toute dépense budgétaire structurelle est encadrée par la loi de finances, votée par le Parlement, conformément à l’article 34 de la Constitution. Le gouvernement dispose cependant d’outils constitutionnels — article 49 alinéa 3, ordonnances de l’article 38, décrets d’avance — qui permettent d’agir dans un cadre légal mais en réduisant la délibération parlementaire classique. Ces outils sont constitutionnels. Leur usage répété est politique et abîme profondément la démocratie et l’idée même de contrat social.

Depuis 2022, l’exécutif gouverne sans majorité absolue à l’Assemblée nationale. Le recours fréquent au 49.3 sur les textes budgétaires a déjà nourri un débat intense sur l’équilibre des pouvoirs. Selon les données publiées par l’Assemblée nationale, l’article 49.3 a été déclenché à de multiples reprises pour faire adopter des projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale. À chaque fois, la légalité est incontestable. La légitimité politique, elle, reste discutée. L’autre élément central de la vidéo concerne la facture d’électricité. Alexandre Jardin affirme que le mécanisme en question « va doubler votre facture ». Les tarifs réglementés de vente de l’électricité sont fixés par arrêté ministériel, sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie, autorité administrative indépendante. Ils dépendent notamment des coûts d’approvisionnement, des mécanismes européens du marché de l’électricité et des choix budgétaires nationaux (bouclier tarifaire, amortisseur, etc.).

Entre 2021 et 2023, les hausses de prix ont été partiellement contenues par un bouclier tarifaire financé par l’État. Selon les chiffres du ministère de l’Économie, ce dispositif a représenté plusieurs dizaines de milliards d’euros. La question qui se pose aujourd’hui est celle de la sortie progressive de ces mécanismes de protection et de leur compensation budgétaire, qui ont participé à l’explosion de la dette qui avoisine à ce jour 3500 milliards d’euros. Le débat soulevé par Alexandre Jardin est donc plus profond que l’anecdote. Il interroge la frontière entre légalité constitutionnelle et consentement démocratique. Il pose aussi la question de la culture politique d’une majorité relative confrontée à un Parlement fragmenté.

Parler de « coup d’État » relève du registre politique, pas juridique. Mais le succès rapide de la vidéo montre que le sentiment d’une dépossession démocratique progresse dans une partie de l’opinion.

La vraie question n’est peut-être pas celle d’un basculement formel hors du cadre constitutionnel. Elle est celle-ci : jusqu’où un régime peut-il user de ses instruments légaux sans éroder la confiance qui fonde sa légitimité ? L’épisode raconté par Alexandre Jardin agit comme un révélateur. Dans un pays gouverné sans majorité absolue, chaque décision prise sans vote explicite devient un test. Non pas de la légalité. Mais de l’acceptation démocratique.

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