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Mohamed Anouar el-Sadate : « Il faut traiter avec les Iraniens s’ils respectent la souveraineté populaire, leurs voisins et s’ils n’exportent pas la révolution islamique »

Mohamed Anouar el-Sadate, neveu du président égyptien assassiné en 1981 a été député et reste l’un des observateurs privilégiés des équilibres géopolitiques dans son pays et dans le Moyen-Orient. Putsch l’a rencontré lors de sa participation au lancement du conseil arabe pour l’intégration régionale qui a eu lieu à l’Assemblée Nationale le 11 février. Il nous a livré son point de vue sur le conflit israélo-palestinien, les frères musulmans et l’Iran.

propos recueillis par

Qu’avez vous pensé de l’ « Accord du Siècle », prévoyant la création d’un Etat Palestinien à côté d’Israël, présenté par le président USA, Donald Trump ?

Cela n’a pas été une surprise. Nous n’en sommes pas satisfaits. Nous pensions que les Etats-Unis auraient offert davantage aux Palestiniens. Mais il semble qu’il ne s’agit pas d’une solution de deux États. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un Etat et demi, vous savez, alors j’espère qu’ils réviseront cela. J’espère également que les Palestiniens , avec le reste des pays arabes, essaieront de passer en revue les détails et voir s’il y a des signes positifs, par lesquels nous pourrions essayer d’avancer.

Selon vous, le plan marque-t-il tout de même un point de départ ?

Je pense qu’il vaut mieux commencer par des négociations et, ensuite, voir si on peut avancer. Dans le cas contraire, les Palestiniens peuvent toujours stopper les négociations. C’est une possibilité. Dans le passé, ils ont rejeté, et ils ont fini par  tout perdre. Alors peut-être doivent-ils reconsidérer leur position.

 

« Les Frères Musulmans ont pris le pouvoir au parlement égyptien et ils ont élu un président de la république. Mais il n’a pas duré longtemps, car honnêtement, il n’était pas bon »

 

Quel regard portez vous sur l’Iran ?

Honnêtement, l’Iran est l’un des principaux acteurs du Moyen-Orient, et c’est un grand pays. Nous devons être en quelque sorte prudents. Il faut traiter avec les Iraniens, s’ils sont disposés à respecter la souveraineté du peuple, les voisins et s’ils n’exportent pas la révolution islamique. Je pense que nous devrions  essayer de trouver un moyen de parvenir à un accord. Cela pour éviter tout confrontation non seulement avec Israël, mais aussi avec le reste des pays du Golfe. Il faut éviter des escalades de tension, cela ne sert rien et cela n’aide personne. Ni Israël, ni les pays du Golfe, ni les Iraniens eux-mêmes. Il est donc peut-être temps que quelqu’un propose une initiative pour essayer d’éviter toute confrontation future.

 

Pensez-vous que les craintes occidentales vis-à-vis des Frères Musulmans soient justifiées ?

C’est une question assez compliquée. Les Frères Musulmans sont une très vieille organisation. Au fil du temps, ils se sont tournés vers la politique. Je crois comprendre qu’ils voudraient gouverner et diriger certains pays. C’était une grosse erreur, ils auraient dû rester une sorte d’ONG promulgant l’islam modéré. Nous devons leur donner une chance. Mais s’ils ne la saisissent pas, nous devrions dire : « ce n’est pas ce que vous devez faire ou ce n’est pas ce que vous êtes censé faire ». Je comprends donc que les pays occidentaux, tout comme les pays arabes. Ils craignent ce que nous avons vécu, en particulier en Egypte, ces dernières années. Les Frères Musulmans ont pris le pouvoir au parlement égyptien et ils ont élu un président de la république. Mais il n’a pas duré longtemps, car honnêtement, il n’était pas bon. L’Egypte était trop grande pour lui. Il n’avait donc pas vraiment les moyens ou les capacités pour diriger un pays comme le notre. En même temps, je pense que si cette organisation respecte l’état de droit, la constitution et s’abstient de toute violence, il faudrait leur donner la possibilité d’exister car, après tout, ils font partie de la société. Nous ne pouvons pas tous les exclure. Nous ne pouvons pas les arrêter. Il doit y avoir une sorte de réconciliation.

 

« Je pense donc que nous devons les soutenir, nous devons aider Al Hazar dans les relations avec le Vatican »

 

Pensez-vous que la collaboration entre le Vatican et l’Université d’Al Hazar puisse représenter un modèle pour l’occident ?

Oui bien sûr. Pour moi, Al Hazar, est l’une des institutions religieuses les plus respectées non seulement en Egypte, mais dans le monde entier.  C’est une institution qui promeut l’islam modéré. Je pense donc que nous devons les soutenir, nous devons aider dans leurs relations avec le Vatican, mais aussi dans toutes les activités qu’ils mènent pour diffuser un message de tolérance et de paix. C’est un approche en quelque sorte moderne,  que nous pourrions reproduire ailleurs.

 

Les chrétiens et les juifs  ont-ils toujours une place en Égypte?

Les chrétiens ont toujours été là, même s’il y en a eu de temps en temps, certains incidents. Ils ont les mêmes droits que les autres citoyens. Ils font partie du pays. Mais pour les Juifs, c’était peut-être différent, surtout dans les années 50. Et ça commence à la fin des années 40, 50 et 60, jusqu’à ce que nous ayons la paix.  Beaucoup de gens viennent visiter l’Egypte et parmi eux il y a des juifs israéliens, américains ou d’ailleurs. L’Egypte est ouverte pour eux, nous avons la paix. Il  faudra un peu de temps pour revenir au passé mais je suis confiant. Je ne suis pas vraiment inquiet à ce sujet. Mais, sans doute, une clarification dans les tensions entre Israël et Palestine, aidera à avancer.



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(crédit photo à la une : Mohamed Anouar el-Sadate – copyright : M. Ghisalberti/Putsch)

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