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François Amigorena : « Accueillir un G7 au mois d’août à Biarritz, en pleine saison estivale, est une aberration totale »

François Amigorena, adjoint démissionnaire en 2018 de la Mairie de Biarritz, est aujourd’hui élu d’opposition. A quelques heures de la tenue du G7, François Amigorena a accordé un entretien à Putsch où il critique fermement l’organisation de ce G7 à Biarritz à cette période de l’année et plus largement la plus-value pour sa ville. L’élu parle de  » poudre aux yeux » et craint les conséquences désastreuses pour le commerce, le tourisme et les possibles affrontements à venir.

propos recueillis par

Vous êtes élu dans l’opposition et vous dénoncez fortement l’organisation du G7 à Biarritz. Aurait-il été plus simple de l’organiser à une autre période ?
Bien sûr ! Accueillir un G7 au mois d’août à Biarritz, en pleine saison estivale, est une aberration totale.
En temps normal, à cette période de l’année, la population de Biarritz monte à 100 000 personnes.
Les contraintes massives que l’organisation de ce sommet impose ont d’ores et déjà chassé la majeure partie de nos vacanciers et ce ne sont pas les quelques milliers de journalistes et membres des délégations accueillis sur 4 jours qui compenseront le manque à gagner pour notre économie locale.

D’autre part, tous les experts en sécurité s’accordent à dire que cette conjonction lieu/date est une hérésie.
« Un G7 à Biarritz, à ces dates-là, c’est une énorme connerie », déclarait ainsi Philippe Capon, secrétaire général de l’UNSA-Police, au magazine L’Express.
Le policier déplorait également « le choix d’un site enclavé, proche de la frontière espagnole », avec une population doublée sous l’effet de la fréquentation estivale et « qui coche toutes les cases pour qu’on soit mis en difficulté ».
Il rejoignait en cela un haut gradé de la gendarmerie française qui confiait au Journal du Dimanche : «à part ceux qui ont pris cette décision, tout le monde s’accorde à dire que c’est une absurdité ».

 

« Un G7 à Biarritz, à ces dates-là, c’est une énorme connerie », déclarait ainsi Philippe Capon, secrétaire général de l’UNSA-Police, au magazine L’Express.

 

Le maire de Biarritz a déclaré que le G7 était une vitrine exceptionnelle pour la ville. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est en très grande partie de la poudre aux yeux. Qui se souvient des 3 villes dans lesquelles ont été organisés les derniers G7 ?
Très malheureusement, la seule ville dont la plupart se souviennent est Gènes, où les émeutes autour du G8 en 2001 avaient fait un mort et plus de 500 blessés …
Ce n’est pas le type de publicité que je souhaite pour ma ville, ni pour aucune autre.
Par ailleurs, un étudiant en 1ère année de marketing pourrait expliquer la différence fondamentale qui existe entre notoriété quantitative et notoriété qualitative. Et Biarritz bénéficie déjà d’une solide notoriété qualitative …

Les commerçants sont vent debout contre le G7. Certains craignent de devoir fermer définitivement leur commerce. Comprenez-vous leur colère?
Evidemment, car elle est plus que légitime ! L’économie de Biarritz et du Pays Basque est essentiellement touristique, avec plus de 9.000 emplois directement liés à ce secteur d’activité.
Il est hélas probable que les acteurs économiques les plus fragiles ne se remettront pas de la perte de chiffre d’affaires qu’ils auront subi au mois d’août 2019 et que les autres enregistreront une diminution sensible de leur rentabilité, les empêchant ainsi d’investir et d’embaucher comme ils auraient normalement pu le faire.
De la même manière, de très nombreux travailleurs saisonniers ont vu leur contrat de travail écourté et se terminer le vendredi 16 ou le jeudi 22 août, c’est également une perte sèche de revenus pour eux !

 

« De très nombreux travailleurs saisonniers ont vu leur contrat de travail écourté et se terminer le vendredi 16 ou le jeudi 22 août, c’est également une perte sèche de revenus pour eux ! »

 

Quel regard portez-vous sur le dispositif de sécurité et notamment le déploiement de l’armée ?
Le dispositif de police et de gendarmerie déployé sur Biarritz et sur la Côte Basque est colossal et il est effectivement complété par un dispositif militaire qui comprend par exemple des avions Rafale, des hélicoptères Fennec avec tireurs d’élite, une frégate de lutte anti-sous-marine, une batterie de missiles sol-air Crotale, des radars tactiques et des commandos marine.
Cela démontre à mon sens l’inanité du choix de Biarritz à ce moment de l’année pour accueillir un sommet international.
D’autres lieux, plus isolés, donc plus faciles à sécuriser, n’auraient pas nécessité une telle débauche de moyens de protection.

Comprenez-vous la tenue d’un contre G7 à Hendaye ? Et les revendications des Gilets Jaunes et des autres corps sociaux qui seront présents ?
Jusqu’à plus ample informé, nous sommes en démocratie et il est donc parfaitement normal et sain que toutes les sensibilités politiques s’expriment.
Je souhaite bien évidemment que ces expressions puissent se faire librement et de manière pacifique.

Est-ce pour vous l’affrontement de deux mondes qu’incarne ce G7 ?
Je crois en tout cas que ce format d’événement, au fumet quelque peu « monarchique », est totalement dépassé.
Je ne suis pas, bien au contraire, opposé à l’exercice d’une diplomatie multilatérale, mais l’idée qu’on doive pour cela organiser des événements fastueux qui contraignent lourdement la vie de dizaines de milliers de personnes est définitivement « has-been ».
Un peu de frugalité et un peu de considération pour les populations locales seraient plus que bienvenues !

 

« Je crois en tout cas que ce format d’événement, au fumet quelque peu « monarchique », est totalement dépassé »

 

Craignez-vous également des débordements violents à la périphérie de Biarritz et dans les villes concernées?
J’espère ardemment que ce ne sera pas le cas, mais on ne peut malheureusement avoir aucune certitude à ce stade.

Selon vous, quel va être le coût pour les habitants de Biarritz pour ce G7 ?
Il est impossible de se livrer à un chiffrage précis pour l’instant, car on ne connaît pas encore le budget global de l’événement, ni la répartition des coûts entre l’Etat et les différentes collectivités territoriales concernées.
Mais il n’y a pas de raisons objectives que ce G7 français soit beaucoup plus économe que le G7 canadien l’an dernier, qui a coûté près de 400 millions d’euros …

Quel est votre rôle en tant qu’élu d’opposition sur la tenue de ce G7 ?
J’essaie d’être pragmatique et de jouer, avec les faibles moyens qui sont les miens, un rôle utile pour mes concitoyens de Biarritz et plus largement pour les habitants du Pays Basque.

Dès le mois d’avril dernier, surpris et déçu par la communication officielle autour de l’organisation de ce G7, que je trouvais singulièrement lénifiante et incomplète, j’ai créé la page Facebook « SOS G7 Biarritz » (https://www.facebook.com/SOS.G7.Biarritz).
Cette page compte aujourd’hui plus de 11 000 abonnés et fonctionne comme un média participatif, les internautes locaux me faisant parvenir informations, photos et vidéos, au plus proche du « terrain».
Je les vérifie et je les publie lorsqu’elles sont fiables et intéressantes.
J’essaie également de répondre à toutes les questions pratiques posées en commentaires ou envoyées en message direct à la page.

J’ai ensuite créé le groupe Facebook « Entraide G7 Biarritz » (https://www.facebook.com/groups/entraide.g7.biarritz/), afin de faciliter l’organisation d’une solidarité concrète entre Biarrots.
Il faut en effet comprendre que pendant le G7, 2 zones dites « de protection » (rouge et bleue) seront mises en place sur Biarritz, qui ne seront accessibles qu’aux personnes qui y habitent ou y travaillent et à la stricte condition qu’elles soient munies d’un badge.
De plus, la circulation et le stationnement des véhicules seront totalement interdits dans la zone rouge.
Les restrictions ainsi imposées par ce dispositif de sécurité vont poser de graves problèmes à certaines personnes, en particulier les plus fragiles (personnes âgées, dépendantes, en situation de handicap, etc.).
Les services d’aide à la personne (portage de repas, soins médicaux, etc.) et les habituelles solidarités familiales et amicales seront en effet très perturbées pendant ces 4 jours, compte tenu de la difficulté d’accès et de circulation dans ces 2 zones.
Le principe d’ « Entraide G7 Biarritz » consiste donc à mettre en relation des personnes ayant besoin d’aide pendant le G7 et des personnes souhaitant leur proposer leur aide.
Il comprend aujourd’hui plus de 200 membres, tous habitant ou travaillant dans les zones rouge et bleue.

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