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#EntenduALaRédac : une enquête accablante sur le sexisme et le harcèlement dans les médias

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Cette enquête en ligne, dont les résultats ont été rendus public ce jeudi 7 mars, a été réalisée par les collectifs de journalistes #NousToutes, Prenons la Une et Paye Ton Journal. Elle révèle l’ampleur du sexisme et du harcèlement qui gangrènent le monde des médias : plus de 3000 faits de violences sexistes et sexuelles dans les rédactions et les écoles de journalisme ont été rapportés.

Lancée sur les réseaux sociaux fin février, cette enquête participative avait pour objectif de mesurer l’étendue des violences sexistes et sexuelles au travail, dans les médias, à la suite des révélations fracassantes de la Ligue LOL. « Au moment des révélations […], quelques journalistes ont expliqué qu’il s’agissait de comportements d’une petite minorité, active dans les médias ‘progressistes’. Nous avons voulu vérifier. La #LigueduLol est-elle un cas isolé? », précise d’emblée le communiqué de presse.

Pendant 10 jours, ce sont 1837 personnes qui ont répondu aux questions en ligne, dont 1566 journalistes et 271 étudiant.e.s. en école de journalisme. La majorité des répondant.e.s sont des femmes (80%), de moins de 40 ans. « Ce n’est pas une enquête représentative, elle a été diffusée sur les réseaux sociaux » a précisé Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole de Prenons la Une à nos confrères de franceinfo.

De nombreux cas de violences sexistes et sexuelles dans plus de 200 rédactions

270 rédactions sont citées dans cette enquête, comprenant la presse nationale, locale et régionale, tout support confondu (tv, radio, web). Près de 200 rédactions et une trentaine d’écoles sont concernées par des témoignages de propos à connotation sexuelle ou d’agression sexuelle. 

Sur le total des répondant.e.s, 67% d’entre eux déclarent avoir été victimes de propos sexistes, 49% de propos à connotation sexuelle et 13% d’agression sexuelle. Au total, 199 répondant.e.s se disent avoir été victimes directes d’agression sexuelle (dont 11 hommes). Deux viols ont été rapportés par l’enquête.

Des violences plus fortes vis-à-vis des femmes racisées et des homosexuels

Des tendances édifiantes se dessinent parmi les témoignages. Les personnes victimes de discriminations multiples sont particulièrement touchées : quand 49% des répondant.e.s estiment être victimes de propos à connotation sexuelle, le pourcentage s’élève à 64% pour les femmes racisées. Les homosexuels sont surreprésentés parmi les hommes victimes de harcèlement sexuel (1 cas sur 3).

Des différences de traitement apparaissent aussi selon le type de média ou de contrat. Les journalistes TV, par exemple, sont davantage concernés par ces violences. En matière de harcèlement sexuel, 32% des personnes interrogées travaillent pour un pure player contre près de 50% pour celles et ceux qui travaillent à la télévision. Enfin, l’enquête révèle que les pigistes sont plus exposés face au sexisme et aux violences : 22% d’entre eux déclarent être « souvent » confrontés à des propos à connotation sexuelle contre 14% des salariés en CDD et CDI.

Des directions impuissantes face à ce fléau 

Cette étude démontre que les systèmes d’alerte en interne sont défaillants puisque la remontée d’information ne se fait pas efficacement au sein des rédactions : dans 83% des cas de violences, la direction et les RH n’ont pas été informées. Et lorsqu’elles le sont, elles ne prennent aucune mesure pour éradiquer le problème dans 66% des cas. Qui plus est, le traitement est différencié selon le sexe de la victime : en matière de harcèlement sexuel, la rédaction a réagi dans 57% des cas, pour les hommes, et seulement dans 24% des cas, pour les femmes. 

Plus de la moitié des personnes interrogées (55%) estime que les questions de sexisme ou de harcèlement sexuel sont encore des sujets tabous puisqu’elles sont rarement voire jamais abordées dans leur milieu de travail. 

Autre fait accablant : parmi les étudiant.e.s en école de journalisme, 10% d’entre eux déclarent avoir subi une agression sexuelle dans le cadre de leurs études ou de leur stage.

Une ligne téléphonique (0 800 05 95 95) est mise en place pour les victimes de violences sexuelles, ouverte du lundi au vendredi, de 10h à 19h.

L’intégralité de l’enquête et les témoignages récoltés sont à retrouver ici


Rédactions citées dans l’enquête sur les violences sexistes et sexuelles que subissent les journalistes dans le cadre de leur travail (Sources : Enquête #EntenduALaRédac)

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