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David Poulain : « Chez les Gilets Jaunes constructifs, nous ne sommes pas pour la démission d’Emmanuel Macron »

Au troisième mois de mobilisation des Gilets Jaunes, plusieurs courants et initiatives politiques ont vu le jour avec plus ou moins de succès. Le gilet jaune David Poulain a fondé de son côté avec d’autres, l’union syndicale des gilets jaunes, appelés « les Constructifs ». Nous avons souhaité en savoir plus sur les revendications, leur position sur le Grand Débat national, sur l’idée de créer un syndicat ainsi que sur les élections européennes et les différentes initiatives qui ont émergé chez les Gilets Jaunes depuis plusieurs semaines. David Poulain, président de cette union syndicale, nous en dit plus.

propos recueillis par

Quel regard portez-vous sur les trois premiers du mouvement des Gilets Jaunes ?
Le Gouvernement ne répondant pas aux revendications sociales et fiscales des GJ, d’autres groupes sont venus s’agréger au mouvement pour porter des messages politiques, écologiques et parfois de haine.

Qu’entendez-vous par constructifs ? Allez-vous par exemple travailler en collaboration sur le grand débat national pour faire remonter des revendications du terrain ?
Nous sommes constructifs car nous voulons des réformes justes. Nous revendiquons un arrêt des hausses des taxes et une meilleure redistribution de l’argent public pour lutter contre la pauvreté grandissante dans notre pays. Nous respectons les institutions de la République et nous sommes contre la démission du Président. Nous défendons toutes les actions pacifiques. A ce propos, nous organisons des cafés débats Gilets Jaunes sur des thèmes biens précis (Retraites, sécurité, emplois, pouvoir d’achat…).

 

« Nous sommes constructifs car nous voulons des réformes justes »

 

Pourquoi donner cette portée syndicale aux Constructifs alors même que le mouvement des Gilets Jaunes a été créé en dépit des syndicats et des partis politiques ?
Une démocratie sans parti et syndicat représentatif est en danger. Nous respectons les institutions et de fait, nous pensons que notre pays a besoin de partis capables de redresser la situation et de syndicats capables de répondre à la crise sociale. Or depuis 40 ans, les syndicats sont devenus conservateurs et anti-capitalistes. Ils opposent systématiquement les salariés et les patrons. En outre, ils sont trop politisés.
Nous proposons une nouvelle façon de faire du syndicalisme. Dans le sens où nous rassemblons tous les travailleurs du privé et du public, qu’ils soient salariés ou non salariés (auto entrepreneur, artisan, commerçant, profession libérale, PME…). Mais aussi les retraités, les handicapés, les jeunes… Par exemple, on sait que de nos jours, les parcours professionnels sont multiples car un travailleur peut débuter sa carrière comme salarié puis créer son activité seul avant de recruter à son tour et enfin redevenir salarié voire fonctionnaire. Toute une carrière dans une même société est devenue rare. En plus, ce même travailleur peut aussi connaitre des périodes de chômage. Les propositions sociales sont trop compliquées et répondent à ses problématiques par secteur et non de manière globale.
Il faut donc un syndicat qui accompagne aussi ces nouveaux parcours tout en défendant les carrières classiques. Notre syndicat défend pour toutes les catégories : la hausse du pouvoir d’achat, l’amélioration des conditions de travail, la dynamisation des entreprises et de la compétitivité, la protection de l’environnement. Les 4 axes sont liés. Ils doivent progresser ensemble.

 

« Depuis 40 ans, les syndicats sont devenus conservateurs et anti-capitalistes. Ils opposent systématiquement les salariés et les patrons. En outre, ils sont trop politisés »

 

Qu’entendez-vous par union ? Souhaitez-vous fédérer au niveau national plusieurs associations, courants et mouvements de Gilets jaunes ?
Nous sommes ouverts à toute union avec d’autres syndicats qui défendent la même philosophie.

 

Quel est aujourd’hui votre regard sur les élections européennes ? Les Gilets Jaunes doivent-ils présenter une liste pour participer à cette prochaine échéance électorale ?
Le mouvement GJ doit rester apolitique. C’est une mobilisation sociale. Pour devenir un parti ou présenter une liste, il lui faudrait une cohérence idéologique, ce qui n’est pas le cas. Au contraire, il rassemble des personnes aux opinions politiques différentes. Par exemple, on y croise des pro-européen et des anti-européen.

 

Il ressort beaucoup l’idée de Frexit chez les Gilets Jaunes. De votre côté, faites-vous un parallèle avec la politique de l’Union européenne et la précarisation dénoncée par certains Gilets Jaunes ou est-ce selon vous hors de propos ?
Le Frexit n’est pas une revendication sociale. En revanche, l’euro trop fort détruit la compétitivité française depuis des années. En pénalisant les exportations, il implique de facto une pression sur les salaires et favorisent les importations qui mettent encore plus de pression sur les sociétés qui produisent en France.

 

« Le Frexit n’est pas une revendication sociale. En revanche, l’euro trop fort détruit la compétitivité française depuis des années »

 

De votre côté, au sein des constructifs êtes-vous favorable à une Europe fédérale ou à une Europe des Nations ? Et pourquoi ?
Pour créer une Europe Fédérale, il faut une nation européenne. Or on est Français ou Allemand avant d’être européen. Donc un fédéralisme accéléré ferait de nous une nouvelle URSS. La nation américaine existait avant les USA. Ce fut notamment le leitmotiv de l’indépendance de 1783 ou du rattachement du Texas quelques années plus tard. Forcer les européens à se fédérer sans nation européenne impliquera l’éclatement de l’Europe. Nous voulons donc une Europe confédérale qui propose une organisation à l’Europe des Nations. La confédération implique un socle commun tout en pouvant agir localement. Un pays pourra renforcer ses normes à l’égard des non européens à condition que cela n’impacte pas les autres pays de la confédération. Par exemple, une loi confédérale peut proposer un socle commun concernant l’accueil de migrants ce qui n’empêche pas un des pays d’être plus strict uniquement sur son territoire. C’est une Europe à la carte, unie dans la souplesse. Nous souhaitons aussi la sortie de l’Otan pour créer un vraie défense européenne et que la langue officielle de cette Confédération soit le français et l’allemand. Le but est de créer une identité européenne et un vrai concurrent des USA et de la Chine, à tous les niveaux.

 

« Pour créer une Europe Fédérale, il faut une nation européenne. Or on est Français ou Allemand avant d’être européen. Donc un fédéralisme accéléré ferait de nous une nouvelle URSS. »

 

Qui compose l’association des Constructifs ? Quels sont les profils qui vous structurent ?
Nous avons de tout : chefs d’entreprises, handicapés, chômeurs, salariés en CDI, ou en contrat précaire, fonctionnaire… Le bureau est composé d’un pompier, d’une ancienne policière, d’une nounou, d’un chauffeur poids lourd, d’une salarié du BTP, d’une retraitée, d’un chef d’entreprise, d’une assistante de vie et d’un cadre d’entreprise.

 

Est-il important pour de vous fédérer pour porter des revendications et réfléchir à vous structurer ? Faut-il continuer à manifester ?
Oui nous poursuivrons les manifestations tant que le Gouvernement ne répondra pas à nos revendications sur le pouvoir d’achat. Et se fédérer nous permet d’être plus fort.

 

Avez-vous des échanges avec d’autres « leaders » des Gilets Jaunes : Eric Drouet, Maxime Nicolle, Ingrid Levavasseur ou Christophe Chalençon ? Quel regard portez-vous sur l’éphémère liste RIC pour les européennes ?
Oui plusieurs leaders nous soutiennent (Cauchy, Barnaba, de Corte, Brunet, Moureaud…). Un RIC encadré par des garde-fous peut créer un contre poids démocratique intéressant.

 

« Nous avons participé au Grand Débat national puis nous avons décidé de nous retirer car les vraies questions y sont peu abordées »

Enfin, qu’attendez vous du Grand Débat national et selon vous que doit faire le gouvernement pour satisfaire les gilets Jaunes ?
Nous avons participé au Grand Débat national puis nous avons décidé de nous retirer car les vraies questions y sont peu abordées : on parle plus de fiscalité que de pouvoir d’achat, l’euro trop fort est estimé hors sujet … Enfin, le grand débat est plus un grand meeting de propagande du Président qu’un lieu d’échange.

 

www.giletsjaunesconstructifs.fr

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